DAKAR, 14 février 2026(JVFE)-Le 39e sommet de l’Union africaine (UA) s’est ouvert le samedi 14 février 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie, dans un contexte marqué par une forte accumulation de crises sécuritaires, politiques et environnementales.
Thème et enjeux principaux
Le thème officiel de l’année 2026 est centré sur l’eau : « Assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs ». Malgré cette priorité thématique, les discussions sont dominées par l’urgence des crises actuelles :
- Instabilité sécuritaire : Les conflits persistants au Soudan, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et la menace terroriste au Sahel et dans le golfe de Guinée figurent en tête de l’agenda.
- Crise de la gouvernance : Le sommet fait face au défi des changements inconstitutionnels de gouvernement (coups d’État) et à la nécessité de réformer l’architecture de paix et de sécurité de l’UA.
- Défis climatiques : Les dirigeants préparent également les prochaines échéances internationales comme la COP30 et la COP32, tout en cherchant des solutions au stress hydrique qui touche plus de 400 millions d’Africains.
Élections et leadership
Ce sommet est également marqué par des enjeux institutionnels majeurs :
- Commission de l’UA : Le processus pour l’élection d’un nouveau président de la Commission de l’UA est au cœur des tractations.
- Réformes financières : Les discussions portent sur le renforcement de l’architecture financière africaine pour soutenir l’Agenda 2063 et réduire la dépendance aux financements extérieurs.
Assurer la disponibilité et la gestion durable de l’eau et de l’assainissement (ODD6) d’ici 2030 nécessite un accès universel et équitable à l’eau potable, des infrastructures sanitaires adéquates et l’hygiène pour tous. Les actions clés incluent la protection des écosystèmes, le traitement des eaux usées, la gestion transfrontalière et l’augmentation des financements.
- Accès Universel : Garantir l’accès à l’eau potable et l’assainissement, en particulier pour les populations vulnérables, les femmes et les filles, tout en éliminant la défécation en plein air.
- Gestion Durable : Réduire la pénurie d’eau, améliorer la qualité de l’eau en réduisant la pollution, et accroître l’efficacité de l’utilisation de l’eau dans l’agriculture et l’industrie.
- Infrastructures et Coopération : Investir dans les installations sanitaires, la restauration des écosystèmes liés à l’eau et renforcer la coopération internationale.
- Priorités en Afrique : Mettre en œuvre le Programme d’investissement dans l’eau en Afrique (AIP) pour combler le déficit d’investissement et assurer la sécurité de l’eau face au changement climatique.
- Actions concrètes : Épurer les eaux, réduire l’usage des pesticides, protéger les captages et promouvoir des douches courtes.
Une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement participent à cette session ordinaire pour tenter de trouver des “solutions africaines” à ces défis croissants.
Sur le conflit dans l’est de la RDC, plusieurs processus sont déjà en cours : accords de Washington, de Doha, préparation d’un dialogue inter-congolais, proposition de cessez-le-feu par le médiateur angolais… Le sommet devrait surtout encourager la poursuite de ces initiatives.
Au Soudan, le conflit s’est internationalisé : les Émirats fournissent des armes, le Tchad et l’Éthiopie les laissent passer. La question de ces ingérences extérieures sera un point délicat. Tout comme la réintégration du Soudan au sein de l’UA, réclamée par certains États, en soutien au gouvernement du général Al-Burhan contre les FSR du général Hemedti. Mais la proposition est loin de faire l’unanimité.
Mahmoud Ali Youssouf , président de la Commission de l’Union africaine, a révélé que lors de sa récente visite à Juba, il a exhorté le gouvernement du Soudan du Sud à libérer les détenus politiques et à reprendre le dialogue.
La reprise des combats au Soudan du Sud, entre l’armée fidèle au président Salva Kiir et le SPLA-IO, les forces loyales à l’ancien vice-président Riek Machar, doit aussi être abordée. Le constat d’échec du gouvernement d’union nationale pourrait amener l’UA à envisager d’autres options, mais lesquelles ?
Pour le Sahara occidental, l’Union africaine ne s’est toujours pas prononcée sur le plan d’autonomie marocain et sur les négociations en cours, sous égide américaine et onusienne. Sujet hautement sensible. L’équation est d’autant plus complexe que le Sahara occidental fait partie de l’Union africaine, alors qu’il n’est reconnu que par un tiers des États membres, une situation unique.
La prochaine présidence pour le Burundi
La présidence de l’Union africaine est exercée par un chef d’État ou de gouvernement pour une période d’un an. Le président actuel de l’Union africaine est S.E. le Président João Manuel Gonçalves Lourenço de la République d’Angola.
Au cours de ce sommet, l’Angola transmettra la présidence tournante au Burundi, dont le président Evariste Ndayishimiye est envoyé spécial de l’UA pour le Sahel. Les trois pays de l’AES – Mali, Niger, Burkina – n’envisageant toujours pas d’organiser d’élections et de revenir à l’ordre constitutionnel, le sommet ne pourra que maintenir leur suspension et encourager la médiation burundaise.
En Guinée-Bissau ou à Madagascar, des processus de transition ont été mis en place après les récents coups d’État militaires. Les médiateurs mandatés par l’Union africaine pour ces pays présenteront leurs rapports aux chefs d’État et de gouvernement qui auront enfin à approuver officiellement la nouvelle composition du Conseil paix et sécurité, à la suite de l’élection tenue en début de semaine au niveau ministériel, au cours de laquelle le Bénin, le Gabon, le Lesotho, le Maroc, la Somalie et l’Afrique du Sud sont élus comme nouveaux membres.
La Côte d’Ivoire, la RDC, la Sierra Leone et l’Ouganda ont été réélus.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

