DAKAR, 10 DECEMBRE 2025(JVFE)-Des milliards cachés, des comptes falsifiés, un peuple trompé : le scandale de la dette ne doit pas rester impuni.
Un acteur de l’ancien système CHEIKH DIBA, au cœur du nouveau système est au début et a la fin du système.
L’actualité économique sénégalaise est dominée par la confirmation par le FMI de la dette cachée et l’ampleur insoupçonnée de la dette publique contractée sous le régime de Macky Sall.
Les chiffres, tour à tour avancés par différents organes de contrôle, témoignent d’une spirale inquiétante.
74 % selon l’ancien régime,
84 % selon l’Inspection générale d’État,
99 % pour la Cour des comptes,
111 % d’après le cabinet Mazars,
119 % selon la Banque Barclays, confirmée par le FMI.
Chaque nouveau rapport éclaire une réalité plus grave que la précédente : une part significative de cette dette (7 milliards de dollars) a été dissimulée au peuple sénégalais. Non seulement le fardeau est plus lourd qu’annoncé, mais il a été volontairement caché
Le nouveau Ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba était jusqu’à sa nomination, le 5 avril 2024, le Directeur de la Programmation budgétaire au sein de la Direction générale du Budget.
Né le 22 août 1978 à Dakar, Cheikh Diba est titulaire d’un Bac scientifique. Il est ensuite admis à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et à l’Ecole nationale d’Economie appliquée (ENEA) où il a obtenu simultanément une maîtrise en sciences économiques et un diplôme d’ingénieur en planification économique et gestion des Organisations.
M. Diba a, par la suite, intégré le programme de DEA en gestion des politiques économiques de l’Institut africain de Développement économique et de Planification de la Commission économique pour l’Afrique (IDEP-Dakar).
Son cursus académique a été complété à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, où il a séjourné pendant trois (03) ans, à l’Ecole d’Economie de la Sorbonne, dans le cadre du parcours « Modélisation statistique économique et financière (MoSEF) », programme qui accorde une place très importante à l’apprentissage de la programmation, de la modélisation statistique, des Finances, de la data engineering, etc.
Au plan professionnel, il a plus de seize (16) années d’expérience dans l’environnement des finances publiques sénégalaises.
En effet, cet inspecteur des impôts et des domaines formé à l’Ecole nationale d’administration (ENA) du Sénégal a travaillé comme vérificateur au sein des unités opérationnelles de l’administration fiscale, puis comme rédacteur de la Direction du Recouvrement où il assurait la centralisation des recettes et représentait la Direction générale au Comité hebdomadaire de suivi des recettes.
M. Cheikh Diba a assuré ensuite les fonctions de Conseiller technique du Directeur général du Budget. A ce titre, il a participé activement à l’implémentation des réformes budgétaires et financières depuis la transposition des directives de 2009 de l’UEMOA jusqu’à leur mise en œuvre effective, en passant par les travaux de réorganisation des services du MFB pour les adapter aux nouvelles exigences du nouveau cadre harmonisé des finances publiques.
Il a enfin été Conseiller technique du Ministre des Finances et du Budget (MFB), chargé du suivi de la mise en œuvre des grands projets du Plan Sénégal Emergent (PSE) et coordonnateur du programme économique et financier conclu avec le Fonds monétaire international (FMI), au titre de l’instrument de coordination de la politique économique (ICPE).
le programmes du FMI pour le Sénégal depuis 2019
Depuis 2019, le Sénégal a eu plusieurs programmes avec le FMI, commençant par un accord de principe en 2019 sous l’Instrument de Coordination des Politiques Économiques (ICPE) pour la croissance, suivi d’un accord plus large en 2020, puis d’un programme soutenu par le MEC/FEC/FRD en 2023 axé sur la réduction de la dette, la gouvernance et le climat, et des revues régulières pour continuer à soutenir les réformes structurelles et la stabilité macroéconomique.
Programmes clés du FMI pour le Sénégal (depuis 2019)
- 2019 (ICPE) : Accord de principe pour une croissance inclusive et soutenue, sans décaissement, visant la stabilité macroéconomique et la bonne gestion de la dette.
- 2020 (ICPE) : Approbation d’un programme triennal ICPE avec des réformes pour améliorer le système judiciaire, l’accès au crédit et la gouvernance du secteur des hydrocarbures, et atteindre un déficit de 3%.
- 2021 (Facilité de Crédit de Confirmation/SBA) : Accord de 18 mois pour soutenir la réponse à la COVID-19, renforcer l’emploi et stabiliser l’économie.
- 2023 (MEC/FEC et FRD) : Approbation d’un financement important (1,51 milliard USD) pour les besoins de balance des paiements, l’assainissement budgétaire, le renforcement de la gouvernance, et des réformes climatiques via la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD).
- 2024-2025 (Revues) : Des revues régulières sont menées, notamment en mai 2024, pour évaluer les progrès sur des programmes MEC/FEC/FRD, avec des discussions sur les réformes budgétaires et de gouvernance.
Objectifs communs des programmes
- Stabilité macroéconomique : Maintien du déficit budgétaire autour de 3% du PIB (critère UEMOA) et gestion prudente de la dette.
- Croissance inclusive : Développement du secteur privé, amélioration du marché du travail et inclusion financière.
- Gouvernance : Renforcement de la transparence, notamment dans le secteur des hydrocarbures, et lutte contre la corruption.
- Résilience climatique : Intégration des considérations climatiques dans le budget et soutien à l’adaptation/atténuation.
Il faut mettre fin à l’absurdité qui consiste à voir l’ancien président Sall se pavaner sur la scène internationale en tant qu’éminence grise après avoir présidé à ce désastre ; il devrait être considéré comme un paria.
De même, le personnel du FMI est officiellement tenu de garantir la véracité des données du programme, et non de se cacher derrière les assurances d’autrui. Le fait que le FMI qualifie tout cela de « fausse déclaration » est donc une dissimulation. Au contraire, les directeurs du département Afrique et des affaires fiscales, responsables de la qualité du travail de leur personnel, n’ont apparemment jamais vu d’erreur dans les multiples programmes, malgré des projections d’inflation absurdes et un déficit budgétaire colossal, couronnés aujourd’hui par un plan qui aggrave toutes les erreurs, conçu sur la base de données macroéconomiques non corrigées et manifestement intenables.
En conséquence, et pour souligner que, quoi qu’il en soit, avoir perdu de vue 40 % du PIB est inacceptable, la directrice générale devrait révoquer les deux directeurs.
Sinon, elle devrait être démise de ses fonctions pour avoir toléré, voire encouragé, un échec aussi catastrophique dans le travail du personnel du FMI.
Il faut donc mettre un terme à la précipitation : un programme provisoire du FMI pour le Sénégal, assorti de mesures de gel des dettes non déclarées, d’une responsabilité totale et d’une transparence ex ante, est désormais essentiel pour sauver les institutions budgétaires de ce pays et, par voie d’exemple, du monde entier.
Le nouveau régime acceptera-t-il de payer une dette contractée avant son arrivée au pouvoir même si on admet que l’Etat c’est la continuité ?
QUAND UNE DETTE DEVIENT ODIEUSE ?
Le concept de « dette odieuse », théorisé dès 1927 par Alexander Sack, professeur de droit russe, spécialisé dans la législation financière internationale repose sur trois conditions :
1. Absence de consentement du peuple,
2. Absence de bénéfices pour la nation,
3. Connaissance des créanciers.
Le cas du Sénégal remplit ces trois critères. Cette dette n’a pas été contractée pour servir l’intérêt général, mais pour maintenir un régime et financer des projets qui n’ont pas amélioré les conditions de vie de la majorité des sénégalais. Dès lors, elle ne peut être considérée comme légitime. Plus grave, cette dette a été cachée par le défunt régime.
Une question se pose : comment le FMI, la BCEAO et certaines banques privées ont-ils pu ignorer que cette dette était partiellement cachée ? Leur silence, leur inaction, voire leur complicité interrogent. Car si des institutions financières continuent de financer des régimes qui trichent avec la transparence budgétaire, elles doivent en assumer la responsabilité.
Suite à la découverte de ces irrégularités, le FMI a indiqué qu’il soumettra un rapport au Conseil d’administration de l’institution. Deux options sont possibles : soit le FMI accordera une dérogation au Sénégal concernant les décaissements effectués sur la base de données erronées, à condition que des mesures correctrices soient mises en place rapidement, soit le pays sera amené à rembourser les décaissements effectués. Le FMI a insisté sur l’importance de redresser la situation pour assurer la transparence et la stabilité financière à long terme.
Ousmane Sonko, leader de l’opposition, a accusé l’ancien Président Macky Sall d’avoir menti au peuple sénégalais et aux partenaires internationaux en falsifiant les chiffres économiques pour donner une image erronée de la santé financière du pays. De son côté, l’ex-Président Macky Sall a rejeté ces accusations de falsification des comptes publics. Lors de ses derniers mois en fonction, il a soutenu que son gouvernement avait laissé un pays avec des indicateurs économiques « au vert ».
Élu sur un programme de “rupture” avec la précédente administration, Bassirou Diomaye Faye a promis de renforcer l’indépendance économique du pays, estimant que les fruits de la croissance ne profitent pas assez au peuple sénégalais. Pour mener à bien ses réformes, il a néanmoins besoin, comme son prédécesseur, du soutien financier du FMI. En octobre, le pays a été contraint de lever en urgence 300 millions de dollars sur le marché international pour pallier au gel du programme de financement de l’institution.
“L’obtention d’un nouveau prêt est indispensable pour permettre au nouveau pouvoir de respecter certaines des promesses les plus urgentes et en particulier celle de faire baisser le coût de la vie”, souligne Alioune Tine, fondateur du centre de réflexion Afrikajom Center.
Le gouvernement du Sénégal souhaite négocier un nouveau programme avec le FMI. Il ne veut pas de celui de l’ancien régime dont la mise en œuvre a été gelée après la révélation du maquillage des comptes publics. Le chef de mission du FMI a fait la révélation dans l’entretien accordé au Soleil, précisant que le dernier mot revient aux administrateurs de l’institution. «Une fois que nous aurons compris ce qui s’est passé, comment cela s’est passé et identifié les mesures correctrices, nous pourrons présenter le dossier le plus vite possible au Conseil d’administration. À partir de ce moment, nous pourrons immédiatement commencer à négocier un nouveau programme», informe Gemayel. Toutefois, indique ce dernier, un nouveau programme s’alignerait sur les priorités de la «Vision Sénégal 2050», le nouveau référentiel des politiques publiques. «Nous n’avons aucun problème avec cela», jure le représentant du FMI, soulignant qu’il y aura en tout cas deux constantes : «d’une part, la stabilisation de l’économie face à l’augmentation de la dette et des déficits et, d’autre part, un axe consacré à la croissance, à l’investissement et au rôle du secteur privé».
À titre d’exemple, le nouveau gouvernement a annoncé en mai dernier une hausse de 20 % des subventions versées pour l’achat d’engrais, de semences et de matériel agricole, afin de soutenir l’appareil productif.
À Dakar, le chef de la délégation du Fonds monétaire s’est voulu rassurant, affirmant espérer pouvoir conclure un nouveau programme “le plus tôt possible” pour “débloquer des financements” au profit du Sénégal.
Le FMI réclame néanmoins des contreparties, notamment une baisse des subventions énergétiques, qui représentent à elles seules plus de 4 % du PIB. Trop couteuses, elles bénéficient avant tout aux ménages aisés, juge l’institution.
Le FMI compte également sur les réformes structurelles promises par les nouvelles autorités pour rendre le cadre des affaires plus attractif pour les investisseurs locaux et étrangers.
Sa visite terminée, la délégation remettra un rapport au conseil d’administration du FMI, qui devra trancher entre deux options : accorder une dérogation à l’État sénégalais ou lui demander le remboursement des fonds déjà décaissés dans le cadre du prêt, soit environ 770 millions de dollars.
Une fois cette étape passée, le gouvernement sénégalais a fait savoir qu’il souhaite négocier un nouveau programme de prêt, plus adapté à ses priorités.
Le Fonds monétaire international (FMI) a réévalué la dette du Sénégal à 132 % du PIB, entraînant une dégradation de sa note souveraine. Les discussions avec le FMI avancent lentement et le pays rencontre des difficultés pour lever des financements sur les marchés internationaux.
Malgré tout, la dette reste soutenable depuis 2024, mais elle place le Sénégal devant un dilemme : restructurer immédiatement ou poursuivre la stratégie actuelle, qui permet de rembourser les échéances sans accord avec le FMI et de maintenir son Plan de redressement économique et social. . En tant qu’économiste ayant étudié les relations entre le FMI et le Sénégal sur quarante ans, je ne préconise pas une restructuration de cette dette.
En dépit d’un besoin de financement de 5 800 milliards de F CFA pour 2025, il est préférable de poursuivre la trajectoire actuelle et le plan de redressement, tout en recherchant un accord avec le FMI, aligné sur la “Vision 2050”.Une restructuration de la dette est un « réaménagement négocié des obligations d’un État pour restaurer la soutenabilité de sa dette » . Elle intervient lorsque le pays n’est plus en mesure de payer ses dettes sans compromettre sa stabilité économique et sociale. Autrement dit, elle intervient en cas de défaut de paiement. Or, ce n’est pas la situation actuelle du Sénégal. Une restructuration vise surtout à alléger la pression financière et à redonner des marges budgétaires.
Elle repose sur deux principes simples : un pays ne peut pas continuer à emprunter indéfiniment, et les créanciers ont parfois du mal à se coordonner entre eux.
Une restructuration peut prendre plusieurs formes :
- réduction du principal (haircut) : le créancier accepte d’abandonner une partie de la somme due. C’est la solution la plus lourde, réservée aux situations de détresse sévère.
- reprofilage : le pays paie tout, mais plus lentement et moins cher, parfois avec une période de grâce. Cela facilite l’ajustement budgétaire sans choc majeur.
- rééchelonnement : report des échéances dans le temps, souvent sous l’égide du Club de Paris – un groupe informel de pays créanciers dont le rôle est coordonner la restructuration de la dette publique des États qui n’arrivent plus à rembourser leurs emprunts – ou de créanciers privés, avec des conditions financières assouplies.
- cadre commun du G20 : restructuration globale et coordonnée entre tous les créanciers, visant à éviter les blocages, garantir la transparence et s’accompagner d’un programme macroéconomique avec le FMI.
Plusieurs études comme celle de l’économiste américain Barry Eichengreen montrent qu’une restructuration de la dette peut réduire fortement l’investissement privé, fragiliser les banques exposées aux titres publics et limiter l’accès du pays aux financements extérieurs. Elle augmente aussi les primes de risque et peut entraîner une crise de confiance.
Dans une économie comme celle du Sénégal, intégrée à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et sans politique monétaire indépendante, ces chocs sont très difficiles à absorber.
À long terme, une restructuration peut être utile si elle est bien pensée et accompagnée de réformes crédibles. Elle peut améliorer la structure de la dette, réduire les intérêts, libérer des marges pour les dépenses prioritaires et restaurer la confiance.
Mais ces avantages dépendent du maintien d’une dynamique de croissance non entravée par des ajustements trop brutaux. Ce qui est impossible à avoir avec le FMI.
Le Sénégal a un endettement très élevé, mais il reste soutenable selon le mode de calcul courant. On compare les dépenses obligatoires de l’État (salaires, transferts, dépenses de fonctionnement et d’investissement) à ses recettes. Puis, on vérifie si le service de la dette reste supportable. Selon ce calcul, basé sur la dernière loi de finances initiale, le Sénégal se situe dans la catégorie des pays à haut risque, mais pas en situation de défaut de paiement.
En revanche, les besoins de financement augmentent, et la confiance des marchés s’est affaiblie après la révélation des dettes cachées et l’absence d’accord avec le FMI.
Malgré ce contexte difficile, le Sénégal continue de payer sa dette, mais les taux d’intérêt très élevés aggravent le coût du service de la dette et réduisent les marges pour investir. Aujourd’hui, 16 % des recettes fiscales et 50 % des revenus de l’État servent à rembourser la dette, contre 25 % en moyenne en Afrique.
Cette situation peut-elle durer ? Une restructuration pourrait alléger la pression, car refuser d’y recourir expose le pays à un risque de crise de liquidité pouvant se transformer en crise financière et économique.
Ce contexte financier est très tendu, mais il reste, selon nous, soutenable. Il peut même s’améliorer si le pays exploite pleinement ses atouts. Le Sénégal dispose en effet d’un environnement prometteur qui peut éviter une restructuration immédiate de la dette.
Ces atouts tournent autour de ces facteurs :
- Une population jeune, dynamique et entreprenante
- Une stabilité politique et institutionnelle dans une région instable.
- Une croissance potentielle solide (8 % -10 %), renforcée par le gaz, le pétrole et l’or.
- Une administration fiscale et financière en constante amélioration grâce aux réformes récentes.
. Un potentiel enviable dans l’agrobusiness, les ressources halieutiques, les services et le numérique, et l’accès encore possible aux financements extérieurs confessionnels.
Fort de ces atouts, le Sénégal doit éviter une restructuration encadrée par le FMI, car impliquant forcément un programme du FMI. Celui-ci est fondé sur des politiques bien connues :
• Une politique fiscale restrictive : forte réduction du déficit, diminution des dépenses publiques, élimination des subventions, hausse des impôts, licenciements administratifs,
• Une privatisation des entreprises publiques et para publiques,
• Une politique monétaire restrictive (augmentation du coût du crédit) si le pays dispose d’une politique monétaire autonome,
• Une libéralisation totale du secteur financier et du commerce extérieur.
Ces politiques risqueraient d’exacerber la contraction de l’activité économique au lieu de la résoudre car, du fait du régime de change fixe, le Sénégal ne dispose pas du levier monétaire et du taux de change pour atténuer les effets négatifs que ces mesures auraient sur l’activité économique.
Autrement dit, les déséquilibres budgétaires vont être rétablis au détriment d’une croissance économique endogène et inclusive, exacerbant les inégalités économiques et sociales, et la paupérisation des populations.
Entrer dans une restructuration maintenant créerait un cercle vicieux : une contraction de l’activité économique occasionnant une baisse des recettes et des difficultés à atteindre les objectifs du programme. Ce qui entraînera alors davantage d’austérité.
Il faudra donc tout faire pour éviter ce scénario et concevoir une autre stratégie pour desserrer la pression sur les finances publiques et mieux gérer la dette.
Éviter une restructuration immédiate ne veut pas dire rester passif. Il faut au contraire bâtir une stratégie solide autour de quatre leviers :
- D’abord, privilégier une approche basée sur la transparence : terminer l’inventaire de la dette, publier tous les rapports et élaborer un plan de gestion conforme aux recommandations de la Cour des comptes. Cette approche devrait idéalement s’accompagner d’un accord formel avec le FMI pour valider le cadre macroéconomique proposé par le Sénégal et renforcer la transparence budgétaire, envoyant ainsi un signal fort de confiance aux marchés internationaux.
- Le deuxième levier consiste à distinguer clairement la dette de l’État central de celle des entreprises publiques et des garanties souveraines.
Pour la dette centrale, le gouvernement sénégalais peut renégocier les maturités des Euro-obligations et prêts commerciaux à taux élevés sur le long terme sans une restructuration formelle. L’État doit chercher à convertir les prêts bilatéraux à court terme en financements concessionnels ou partenariats sectoriels, tout en privilégiant les financements auprès de partenaires bilatéraux et multilatéraux (Chine, Turquie, Inde, pays du Golfe).
Ce reprofilage partiel, conçu indépendamment du FMI, pourrait améliorer la liquidité et libérer des marges pour soutenir l’économie. L’État doit se concentrer sur les obligations à court terme (bons du Trésor et titres de moins de deux ans) pour refinancer, renégocier les taux ou prolonger les échéances, afin de ne pas déstabiliser le système bancaire de l’Uemoa.
- Le troisième levier consiste à étaler l’ajustement fiscal sur plusieurs années, élargir l’assiette fiscale et engager une réforme axée sur l’équité. Le gouvernement doit aussi renforcer la gouvernance des régies financières et mettre en place une gestion efficace des revenus tirés du gaz, du pétrole et des autres ressources naturelles.
- L’exploitation du gaz et du pétrole offre au Sénégal un levier supplémentaire : valoriser les revenus futurs pour négocier de meilleures conditions. La création d’un fonds de stabilisation et d’un cadre transparent d’exploitation de ces ressources peut réduire la charge de la dette et permettre d’investir dans la formation des jeunes, le capital humain et les services publics.
Tant que le FMI maintient ses conditions classiques ou retarde les négociations, le Sénégal ne devrait pas restructurer sa dette. La stratégie à suivre consiste à :
• Consolider graduellement les finances publiques en réduisant les dépenses de fonctionnement de l’État central et en fusionnant les directions et les agences publiques
• Préserver l’investissement public, relancer l’investissement privé et élaborer des mesures spécifiques de relance de la croissance economique;
• Négocier des conditions moins procycliques et contraignantes;
• Finaliser un programme avec le FMI basé sur la Vision 2050;
• Et n’envisager une restructuration qu’en dernier recours, dans un cadre structuré, repensé et adossé aux priorités économiques du gouvernement sénégalais et plus favorable. Une dette bien analysée et bien gérée ne peut pas déboucher sur une défaillance économique. Au contraire, elle peut devenir un outil puissant de souveraineté pour favoriser le plein
Qui doit porter le chapeau ?
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
