DAKAR, 31 janvier 2026(JVFE)-Pour soutenir sa bonne croissance économique, l’Espagne entend régulariser plus de 500 000 sans-papiers dans les prochains mois. Une mesure qui tranche avec le durcissement des politiques migratoires dans le monde.
Le gouvernement espagnol de gauche a annoncé le 27 janvier 2026 la régularisation prochaine de près de 500 000 migrants sans-papiers pour soutenir sa croissance économique, en particulier dans des secteurs en tension. Cette mesure exceptionnelle, adoptée par décret royal, s’applique aux personnes présentes avant fin 2025 et permet d’intégrer ces travailleurs au marché formel dès le printemps 2026.
Voici les points clés de cette annonce :
- Objectif économique : L’Espagne vise à combler la pénurie de main-d’œuvre et à booster son économie, affichant une forte croissance.
- Critères de régularisation : Les demandeurs doivent être présents en Espagne depuis au moins cinq mois et être arrivés avant le 31 décembre 2025.
- Période de dépôt : La ministre des Migrations, ELMA SAIZ, a indiqué que les demandes pourront être déposées entre avril et juin 2026.
- Exception européenne : Contrairement à la tendance au durcissement des politiques migratoires en Europe, l’Espagne adopte une approche d’intégration.
- Contexte politique : La mesure, saluée par la gauche, est vivement critiquée par l’opposition de droite et d’extrême droite, qui menace de saisir la justice.
Cette régularisation fait suite à une initiative législative populaire ayant rassemblé plus de 700 000 signatures pour exiger la régularisation des sans-papiers.
Alors que les États-Unis multiplient les opérations d’expulsion de migrants et que les pays européens ferment les uns après les autres leurs frontières, l’Espagne continue d’être à contre-courant. Le gouvernement de gauche a approuvé cette semaine un décret royal – sans vote au Parlement, où il n’a pas de majorité – afin de régulariser plusieurs centaines de milliers de sans-papiers qui vivent et travaillent déjà dans le pays.
Pour être admissibles et obtenir un permis de séjour d’un an renouvelable, ils devront ne pas avoir de casier judiciaire et prouver une présence d’au moins cinq mois sur le territoire espagnol avant le 31 décembre 2025.
Même si aucun chiffre officiel n’existe sur le nombre exact de sans-papiers vivant en Espagne, on estime qu’un demi-million à un million de personnes pourraient être concernées par cette mesure.
« J’ai encore du mal à réaliser, je ne m’y attendais pas du tout », explique Alejandra (prénom d’emprunt), une Vénézuélienne qui vit sans papiers à Madrid et qui sera admissible à ce programme.
La femme de 54 ans, qui a fui son pays il y a presque deux ans, a déjà déposé une demande d’asile en Espagne, mais attend toujours que son dossier soit traité. Entre-temps, elle enchaîne des petits boulots au noir dans des conditions précaires.
« Je travaille presque tous les jours, même les jours fériés. Ce n’est pas facile, les employeurs veulent toujours vous exploiter, ils ne payent pas un bon salaire, et en plus, vous êtes tout le temps critiqué, car vous êtes étranger et sans papiers », explique celle qui fait de l’aide aux personnes âgées.
Près de 90 % des sans-papiers en Espagne seraient originaires d’Amérique latine, principalement de Colombie, du Pérou et du Honduras. N’ayant pas besoin de visa pour venir en tant que touristes, beaucoup utilisent ce procédé pour ensuite séjourner sans papiers dans le pays, où ils parlent la même langue et ont des affinités culturelles.
Un impact économique
L’Espagne compte aujourd’hui près de 7 millions d’étrangers, soit près de 15 % de sa population. Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez vante régulièrement les bienfaits de l’immigration pour expliquer la bonne santé de l’économie espagnole, qui a enregistré une croissance de 2,9 % en 2025 et vu son taux de chômage passer sous les 10 %, une première depuis la grave crise économique qu’a affrontée le pays.
« L’immigration est en effet une des raisons de cette bonne santé », explique Raymond Torres, économiste au groupe de réflexion espagnol Funcas.

Les secteurs du tourisme, des services et de la construction connaissent une forte demande et dépendent de l’immigration. Sans elle, ils ne pourraient pas faire face à cette demande et la croissance économique serait moindre.
Raymond Torres, économiste au groupe de réflexion espagnol Funcas
Le pays a déjà régularisé pour des raisons économiques près de 600 000 personnes sans papiers en 2005, car en plus de pallier la pénurie de main-d’œuvre, la mesure permet aussi de renflouer les finances publiques. « Les sans-papiers ne contribuent pas à la sécurité sociale, mais ont quand même accès aux soins de santé, car la santé est universelle en Espagne. Il y a donc une dépense d’un côté et pas de revenus de l’autre », explique Raymond Torres. Différentes études ont en effet démontré qu’une personne sans papiers coûte plus cher annuellement à un État que lorsqu’elle est en règle2.
Cette régularisation massive entraînerait aussi d’autres effets positifs, selon Raymond Torres, notamment en limitant la concurrence déloyale entre les entreprises, dont les coûts varient selon que leur main-d’œuvre est déclarée ou non, tout en offrant de nouvelles occasions professionnelles. « Certains de ces travailleurs immigrés ont des compétences beaucoup plus larges. Ils sont parfois docteurs, mais travaillent comme employés de maison en raison de leur statut irrégulier. La régularisation peut leur permettre de changer cela », croit l’économiste.
Un long processus ?
Le gouvernement espagnol a annoncé que la phase de dépôt des demandes de régularisation débuterait en avril et s’étalerait jusqu’à la fin juin, assurant que les procédures administratives n’excéderaient pas trois mois.
« Je pense que ça va être un défi de taille, car il y a déjà beaucoup de délais dans le système », explique Silvia Díez Jordao, avocate en immigration à Madrid.

« Je ne sais pas comment ils vont s’y prendre, ni même nous, car le nombre de régularisations à faire est impressionnant », explique celle qui a déjà reçu près d’une centaine d’appels en ce sens en seulement quelques jours.
Mais cette décision ne fait pas que des heureux. L’opposition de droite et d’extrême droite est absolument contre la mesure, allant même jusqu’à parler d’une « invasion » de l’Espagne. Elle entend saisir la Cour suprême et l’UE pour s’y opposer. La pression pour régulariser les sans-papiers a pris de l’ampleur pendant la pandémie, lorsque de nombreux migrants ont continué à travailler dans des conditions précaires. Par la suite, plus de 700 000 Espagnols ont signé une initiative législative pour demander leur régularisation.
« Contrairement à ce que disent les extrémistes, ils ne volent pas nos emplois. Ils occupent des postes dans des secteurs où les Espagnols ne veulent plus travailler depuis longtemps », explique Silvia Díez Jordao qui a vu défiler de nombreux profils en 17 ans d’activité.
« Travailler sans papiers les expose à beaucoup de risques et d’abus. Cette loi va leur redonner de la dignité. » Alejandra attend quant à elle avec impatience que sa situation se régularise. « C’est un grand soulagement, ça me donne beaucoup d’espoir. J’ai hâte de commencer ma nouvelle vie. »
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE


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