DAKAR, 22 février 2026(JVFE)-La cartographie des daaras au Sénégal, validée début 2026, est un projet stratégique du ministère de l’éducation nationale visant à recenser l’offre éducative religieuse. Elle vise à moderniser ces structures, mieux accompagner les talibés et intégrer les daaras au système éducatif. Les premières données recensent des milliers de structures, notamment à Dakar et Touba.
Points clés de la cartographie :
Rôle et Fonction : Originaires de l’arabe daar (maison), les daaras sont des centres d’éducation islamique dirigés par un sërin daara (maître coranique). Ils enseignent la mémorisation du Coran, les principes religieux et, de plus en plus, des compétences techniques.
- Modernisation et Réforme : Un projet de loi vise à réglementer le statut des daaras, améliorant l’infrastructure, la qualité de l’éducation et l’hygiène. La modernisation inclut l’introduction de matières profanes et l’insertion professionnelle des talibés.
- Défis et Enjeux : Malgré des réformes, la mendicité forcée des enfants talibés reste un défi, bien que le gouvernement travaille à une meilleure prise en charge et à l’interdiction de cette pratique.
- Organisation : De nombreux daaras sont structurés, avec des ndeyou daara (marraines) qui soutiennent les repas des enfants. Des événements comme la Journée Nationale des Daaras soulignent leur importance nationale.
- Exemples notables : Le daara de Coki est l’un des plus célèbres du pays.
- Données géoréférencées : Utilisation de données fiables pour améliorer les conditions des apprenants.
- Recensement local : Des zones majeures comme Dakar (2 042 daaras, 200 000 talibés) et Touba (plus de 1 500 daaras) sont couvertes.
- Modernisation : L’initiative s’inscrit dans le cadre de la modernisation des daaras, avec un appui de la Banque mondiale.
- Objectif : Cette cartographie permet de mieux intégrer les daaras dans le système éducatif tout en préservant leur rôle culturel et religieux.
Le chantier est en constante évolution, avec une mise à jour continue des données sur l’ensemble du territoire national.
Les daaras au Sénégal sont des institutions traditionnelles d’enseignement coranique, jouant un rôle majeur dans l’éducation spirituelle et morale de milliers de jeunes talibés.
Les daaras, au Sénégal, constituent, depuis l’introduction de l’Islam, le centre d’éducation par excellence. Celui-ci a formaté des millions de personnes des deux sexes, en les dotant d’une conscience islamique ferme et résolue, d’une vision de Dieu, du monde, de la société, de l’être humain, de la parenté, des relations interpersonnelles, du commerce humain, des activités économiques et de la sociabilité fondée sur des valeurs fortes et un humanisme élevé, tirant leur substance des prescriptions du Coran et de la Sunna du Prophète Muhammad (Psl).
Elles sont apparues dans notre pays à une époque où la société traditionnelle, bien que fondée sur le viatique culturel de la société « thiédo », fortement adossée sur le « jom », le « ngor », le « fitt », la loyauté, l’attachement à la vérité, le goût du bien, du beau, du vrai et du juste, avait acquis droit de cité, depuis des millénaires. Reposant sur des croyances ancestrales, fondées sur le polythéisme, le culte des ancêtres et certaines pratiques négatives, même si la culture qu’elle générait lui a permis de se constituer, de se consolider et de survivre aux vicissitudes de l’Histoire, elle avait formé des personnes équilibrées, solides, pénétrées de valeurs fortes, unies et solidaires. L’introduction de l’Islam en Afrique, et on ne le dit pas souvent, est antérieure de quelques années à son établissement à la ville sainte de Médinatoul Mounawara, puisque, bien avant l’Hégire, des exilés mecquois, dont le credo était l’Islam, avaient été accueillis, en Abyssinie par le Négus chrétien Nadjachi, qui les avait protégés et aidés.
En Afrique au Sud du Sahara, les travaux les plus récents établissent, aujourd’hui, que son apparition dans cette zone se situerait entre le 8ème et le 9ème siècle.
L’État sénégalais intensifie la modernisation et l’intégration de ces écoles dans le système formel, avec des initiatives comme “Daara Atelier” visant à former 15 000 pensionnaires à divers métiers, tout en luttant contre la mendicité forcée.
Les autorités sénégalaises multiplient les efforts pour intégrer les écoles coraniques traditionnelles (daaras) dans le système éducatif national.
Pour rappel, quatre talibés, âgés d’une dizaine d’années, sont « morts dans des circonstances troublantes » à Thiénaba, dans le département de Kébémer (nord) .
Cette tragédie avait relancé les débats sur les conditions de vie de ces enfants.
Anisi, l’Etat sénégalais engage une réforme des écoles coraniques.
Lors des assises nationales des daaras, où Fatou Fall Samba, spécialiste principale en gestion financière de la Banque mondiale, a rappelé l’importance de ces écoles dans le tissu éducatif sénégalais.
« Le Sénégal fait face à un enjeu majeur : environ 1,5 million d’enfants sont actuellement hors du système scolaire formel », a-t-elle déclaré.
Ces enfants bénéficient souvent « de diverses alternatives éducatives, notamment les daaras, qui jouent un rôle fondamental dans la transmission des valeurs spirituelles, culturelles et éducatives ».
La Banque mondiale appuie plusieurs programmes en lien avec les daaras, notamment le PAQEEB, doté de 30 millions de dollars, et le PAPSE, mobilisant 100 millions de dollars, pour leur intégration progressive dans le système éducatif formel.
« Les daaras ne sont pas seulement des lieux d’apprentissage religieux ; ils constituent une composante essentielle du paysage éducatif sénégalais », a souligné Fatou Fall Samba.
Parallèlement, les autorités politiques entendent s’attaquer au phénomène de la mendicité des enfants.
Lors d’un conseil des ministres tenu fin avril 2025, le Premier ministre Ousmane Sonko a souligné « la forte préoccupation du gouvernement face à ce phénomène de violation grave des droits de l’enfant », évoquant la tenue prochaine des assises de la petite enfance pour trouver « des solutions concrètes et durables ».
Mais cette volonté politique suscite des crispations.
Certains maîtres coraniques, à l’instar de Serigne Ibrahima Dramé, président de l’association des Serigne Daaras du département de Louga, affirment ne pas être associés aux décisions : « Si nous acceptons la mendicité, c’est bien malgré nous », a-t-il déclaré à la radio RFM.
Pour la Banque mondiale, les assises actuelles sont « une occasion unique de dialogue sincère, d’écoute mutuelle et de construction d’une vision commune », avec pour objectif « une éducation de qualité, une dignité respectée et des perspectives réelles d’avenir » pour chaque enfant.
Le drame de Thienabe a été constaté après que les quatre talibés avaient consommé une plante suspecte. Le maître coranique responsable des enfants a été placé en garde à vue.
Pour remédier à cela, le gouvernement s’efforce d’intégrer des centaines de daaras au système formel pour assurer une meilleure équité dans le financement et l’éducation, en s’appuyant sur des projets de la Banque mondiale et en impliquant les acteurs locaux.
Du 25 septembre au 6 octobre 2025, le Sénégal vivait au rythme des Assises nationales des Daara, organisées à travers des concertations départementales sur l’ensemble du territoire.
Ce vaste chantier de réflexion et de dialogue constituait un moment historique.
Il vise à repositionner le Daara au cœur du système éducatif national, afin d’en faire un pilier pleinement reconnu et intégré dans la stratégie globale d’éducation du pays.
L’objectif affiché était ambitieux : bâtir un Sénégal souverain, juste et prospère, tout en demeurant profondément attaché à ses valeurs spirituelles et culturelles.
Ces assises, qui rassemblaient autorités religieuses, acteurs éducatifs, communautés locales et pouvoirs publics, étaient appelées à jeter les bases d’une réforme structurante, conciliant tradition et modernité.
Au-delà des concertations, il s’agit d’un signal fort envoyé à la nation : l’éducation religieuse, longtemps marginalisée dans les politiques publiques, est désormais placée au cœur du débat sur l’avenir de l’école sénégalaise et sur la construction d’une société solidaire, enracinée dans ses valeurs et tournée vers l’avenir.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
