Fondée en 1964, la BAD qui compte 81 pays membres, dont 54 africains, est l’une des grandes banques multilatérales de développement. Ses ressources proviennent notamment des souscriptions des pays membres, des emprunts effectués sur les marchés internationaux ainsi que des remboursements et revenus des prêts.
La Banque africaine de développement (BAD) est une institution multilatérale ayant pour objectif de contribuer au développement économique durable et au progrès social des pays africains, qui constituent les pays membres régionaux (PMR) de la BAD.
Le Mauritanien Sidi Ould Tah a été élu, le 29 mai 2025, président de la Banque africaine de développement (BAD)
Il n’aura fallu que trois tours de scrutin pour départager les cinq candidats. Finalement, Sidi Ould Tah l’a emporté avec plus de 76,18 % des voix face au Zambien Samuel Maimbo (20,26 %) et au Sénégalais Amadou Hott (3,55 %). Il devient donc le 9e président de la Banque africaine de développement (BAD).
Le Tchadien Mahamat Abbas Tolli est le premier à avoir été éliminé, ne récoltant que 0,88 % des suffrages, suivi de la Sud-Africaine Swazi Tshabalala (5,9 %). Dès le deuxième tour, Sidi Ould Tah avait réussi à rassembler très largement, emportant déjà plus des deux tiers des votes chez les actionnaires africains.
« C’est un double mandat, une victoire avec une telle majorité n’est jamais arrivée dans l’histoire de la BAD », s’est réjouie, auprès de Jeune Afrique, la Tanzanienne Frannie Léautier, sa directrice de campagne et ancienne vice-présidente de l’institution. En 2015, il avait fallu six tours de scrutin pour qu’Akinwumi soit élu, avec 58,1 % des voix.
Quelques minutes après la proclamation des résultats, Sidi Ould Tah a prononcé un bref discours devant l’assemblée. « J’aimerais remercier l’Afrique pour la confiance qu’elle vient de m’accorder. Je vous remercie pour cet honneur dont je mesure la responsabilité et le devoir qui l’accompagne », a-t-il déclaré avant de conclure en anglais : « Now, it’s time to go to work. I’m ready », (« Maintenant, au travail. Je suis prêt »).
Entré en campagne en dernier, le Mauritanien a bénéficié des réseaux diplomatiques de son pays alors que Mohammed Ould Ghazouani a présidé l’Union africaine en 2024. Mais il a aussi pu profiter des puissants réseaux de l’Arabie saoudite qui ont notamment réussi à rallier les voix des pays de la Ligue arabe.
C’est un double mandat, une victoire avec une telle majorité n’est jamais arrivée dans l’histoire de la BAD.
Les arguments de campagne et l’expérience de celui qui se présente volontiers comme un trait d’union entre l’Afrique et le monde arabe semblent avoir fait mouche. Ces dix dernières années, Sidi Ould Tah a dirigé la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea), dont le capital est détenu par les pays de la Ligue arabe. Sous sa direction, l’institution est entrée dans la cour des grandes banques de développement.
« J’ai multiplié par douze le volume annuel des approbations et par huit le volume annuel des décaissements, expliquait-il à Jeune Afrique pendant la campagne. Les créances douteuses sont passées de plus de 10 % à moins de 0,5 %. Aujourd’hui, la Badea est une institution avec l’une des meilleures notes de crédit existantes ». Hasard du calendrier, le 16 mai, S&P a relevé la note de crédit de la Badea à AA+, un cran juste en dessous du AAA, la meilleure note de crédit possible.
Sidi Ould Tah a également mis en avant ses précédentes expériences en tant que ministre mauritanien de l’Économie et des Finances, ce qui lui offre « une vision à 360° des enjeux de développement » et lui permettra « d’être opérationnel dès le premier jour ».
« Ses différentes expériences lui ont permis de développer une expertise qui sera précieuse, a confié Nialé Kaba, ministre ivoirienne de l’Économie et du Plan et présidente du conseil des gouverneurs de la BAD. Il représente un grand espoir pour l’Afrique. Compte tenu du contexte international complexe, nous avons plus que jamais besoin de mobiliser des financements. Nous sommes persuadés qu’il y parviendra. »
S’il prendra officiellement ses fonctions à la tête de Banque africaine de développement le 1er septembre, son équipe resserrée doit, dès demain, intégrer la Banque et amorcer la transition.
Après 10 ans à la tête de l’institution, Akinwumi Adesina tire donc sa révérence. Même si le bilan du Nigérian est mitigé, il laisse une institution en excellente santé financière, qui a dégagé un résultat net de 310 millions d’euros l’an passé.
Ses différentes expériences lui ont permis de développer une expertise qui sera précieuse. Il représente un grand espoir pour l’Afrique.
Nialé Kaba Ministre ivoirienne de l’Économie et du Plan, présidente du conseil des gouverneurs de la BAD
En 2024, le total des approbations a atteint environ 10,6 milliards d’euros, un record. Dans le même temps, le BAD a décaissé 6,4 milliards d’euros, un chiffre en progression de 15 % par rapport à 2023. « Mais, malgré leur taille comparable, la BAD fait beaucoup moins que la Banque interaméricaine de développement, estime Serge Ekué, le président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). Le nouveau président devra parvenir à optimiser son bilan, trouver un moyen d’augmenter le capital libéré afin de faire plus. »
La BAD bénéficie du label AAA, synonyme d’accès aux marchés de capitaux à des conditions optimales. Sous la présidence d’Akinwumi Adesina, la BAD a réalisé la plus importante augmentation de capital de son histoire, passant de 93 milliards de dollars en 2015 à 318 milliards de dollars actuellement.
Réservé, Sidi Ould Tah affiche un style qui tranche avec celui de son très démonstratif prédécesseur. Le Mauritanien hérite par ailleurs d’une stratégie décennale (2024-2033), approuvée l’année dernière en marge des assemblées annuelles, organisées à Nairobi. Au cœur de cette stratégie, les High 5 d’Adesina : nourrir, éclairer, intégrer et industrialiser l’Afrique, mais aussi améliorer la qualité de vie des Africains.
Il est néanmoins probable que le nouveau président, comme le Nigérian l’avait fait il y a 10 ans, réoriente cette stratégie en fonction de ses propres priorités. « Les High 5 répondent aux préoccupations de l’Afrique, expliquait encore le Mauritanien au cours de la campagne. Certaines initiatives, comme la Mission 300 ou Desert to power qui visent à électrifier le continent, sont importantes. Il est fondamental de bâtir sur les succès de ses prédécesseurs. Mais la BAD peut faire mieux et doit faire plus. »
À la tête de cette institution qui s’est imposée au niveau international, M. Tah devrait mettre à profit ses dix années à la tête d’une autre institution multilatérale, la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea).
Pour remporter l’élection, il fallait obtenir une double majorité : celle des votes de tous les pays membres mais aussi celle des pays africains. Et sur ce terrain, le Mauritanien a obtenu un score fleuve avec 72,37 % des suffrages africains.
“Je veux féliciter le Dr Sidi Ould Tah pour son élection réussie (…) je suis entré dans cette course mû par l’amour pour notre continent et pour offrir une vision pour le futur de l’Afrique. Aujourd’hui les gouverneurs ont choisi le leader qui, selon eux, va donner la vision de l’Afrique que nous voulons à ce moment décisif”, a déclaré son rival zambien Samuel Munzele Maimbo (20,26 % des suffrages) dans un communiqué transmis à l’AFP.
Car le nouveau président de l’institution va être immédiatement confronté à un environnement économique international chamboulé, notamment par les annonces de l’administration Trump.
Outre les droits de douane, certaines décisions affectent directement la BAD puisque les Etats Unis veulent supprimer leur contribution d’un demi-milliard de dollars au fonds de la banque, destiné aux pays à faible revenu du continent.
Cinq candidats étaient en lice pour l’élection de jeudi, dans la capitale économique ivoirienne où se trouve le siège de l’institution. Outre le Mauritanien Sidi Ould Tah et l’économiste zambien Samuel Munzele Maimbo, se présentaient le Sénégalais Amadou Hott, la Sud-Africaine et ex numéro 2 de l’institution, Bajabulile Swazi Tshabalala, et le Tchadien et ancien gouverneur de la Banque des États d’Afrique centrale Abbas Mahamat Tolli.
Pour le scrutin, le poids de chaque État actionnaire est pondéré par la hauteur de sa participation au capital de la banque. Les cinq plus gros contributeurs africains : le Nigeria, l’Égypte, l’algerie, l’Afrique du Sud et le Maroc, sont particulièrement courtisés, tout comme les États-Unis et le Japon, plus gros contributeurs non-régionaux.
Tous les candidats avaient promis de rendre la BAD encore plus efficace pour transformer l’Afrique dans la continuité des “High 5”, les cinq priorités établies par le président sortant : éclairer, nourrir, industrialiser, intégrer et améliorer la qualité de vie des populations.
“Je suis fier de l’héritage que je laisse derrière moi. Nous avons construit une institution financière de classe mondiale qui va continuer à faire progresser la position de l’Afrique dans un environnement mondial qui évolue rapidement”, a déclaré le Nigérian Akinwumi Adesina, mardi, précisant que 565 millions de personnes en Afrique ont bénéficié de projets de la BAD ces dix dernières années.
La banque a, par exemple, aidé à la construction de la plus grande station d’épuration d’Afrique, à Gabal el Asfar en Égypte, contribué à la réalisation d’un pont entre Sénégal et Gambie, à l’extension du port de Lomé au TOGO, ou encore à des projets d’assainissement au LESOTO et d’accès à l’électricité au KENYA.
Pendant les dix ans de gouvernance de l’homme au nœud papillon, le capital souscrit de l’institution a par ailleurs triplé, passant de 93 à 318 milliards de dollars.

