DAKAR, 25 février 2026(JVFE)-L’Instance nationale des adouls a annoncé l’observation d’une grève totale du 2 au 10 mars sur l’ensemble du territoire national. La décision a été arrêtée lors de la réunion du bureau exécutif tenue la semaine dernière à Rabat, dans le prolongement de l’arrêt de travail des 18 et 19 février, présenté comme largement suivi.
Après un premier arrêt de travail à la mi-février, les adouls passent à une grève nationale d’une semaine, du 2 au 10 mars, pour protester contre le projet de loi encadrant leur profession, adopté, selon eux, sans prise en compte de leurs propositions. Faute de dialogue avec le gouvernement, ce nouveau bras de fer avec le ministère de la Justice se traduira par la suspension de l’ensemble des actes adoulaires, avec un impact immédiat sur les démarches familiales, patrimoniales et immobilières des citoyens à l’échelle nationale.
Dans son communiqué, l’Instance attribue cette escalade à l’absence de réaction du gouvernement aux mémorandums qu’elle avait soumis lors de l’examen du projet de loi n°16.22 relatif à l’organisation de la profession.
Le projet de loi n°16.22, examiné début 2026 au Parlement marocain, vise à réformer la profession d’adoul pour moderniser ses méthodes, notamment via la numérisation et l’accès des femmes.
Cependant, ce texte suscite une forte contestation chez les adouls, qui dénoncent une “discrimination législative” et une réforme imposée.
Points clés de l’examen et du projet :
- Modernisation et professionnalisation : L’objectif est d’aligner la profession sur les standards notariaux modernes.
- Adouls femmes : Le projet de loi ouvre la profession aux femmes, mais les professionnels contestent le maintien de restrictions sur le témoignage féminin dans certaines procédures (Lafif).
- Contestation : L’Ordre national des adouls juge le texte déséquilibré, estimant qu’il fragilise la sécurité juridique et la dignité de leur profession.
- Mobilisation : Des grèves nationales ont été décrétées pour protester contre l’adoption en commission et demander la réouverture du dialogue.
La Commission de justice, de législation et des droits de l’Homme a examiné le texte avec le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, révélant des divergences entre la majorité, qui soutient la réforme, et la profession, qui craint une perte de spécificité.
Elle affirme que ni les propositions de la profession ni les amendements défendus par des groupes parlementaires de la majorité et de l’opposition n’ont été retenus dans la version adoptée.
Au-delà de la méthode, l’organisation conteste le contenu même du texte. Elle estime que plusieurs dispositions remettent en cause l’équilibre de la profession, réduisent son rôle dans le dispositif de sécurité juridique et portent atteinte aux garanties offertes aux citoyens dans la rédaction des actes. Selon elle, la réforme, dans sa version actuelle, fragilise la force probante de l’acte adoulaire, affecte la sécurité contractuelle et compromet l’implication des adouls dans les chantiers de modernisation et de numérisation de la justice.
L’Instance appelle par ailleurs le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, à ouvrir un dialogue formel pour réexaminer le texte encadrant la profession, à l’origine d’un bras de fer avec le ministère de la Justice, et à intégrer les propositions des adouls.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
