Communauté LGBTQ+:Plusieurs pays africains intensifient la répression

DAKAR,20 MARS 2026(JVFE)-Les parlementaires du Sénégal et du Ghana ont approuvé récemment des projets de loi prévoyant de lourdes peines d’emprisonnement pour réprimer l’homosexualité, témoignant de la discrimination persistante dont sont victimes de nombreux membres de la communauté LGBTQ+ à l’échelle du continent.

Ces dernières années, plusieurs pays d’Afrique ont considérablement durci leurs législations et leurs discours à l’encontre des personnes LGBTQ+, marquant un recul important des droits humains sur le continent. 

Développements récents majeurs

  • Sénégal : Le pays est devenu l’un des plus répressifs après avoir voté une loi en mars 2026 doublant les peines pour “actes contre nature”. 
    • L’homosexualité est désormais passible de 5 à 10 ans de prison (contre 1 à 5 ans auparavant).
    • La peine maximale est appliquée si l’acte concerne un mineur.
    • L’apologie de l’homosexualité est également criminalisée, avec des peines allant de 3 à 7 ans d’emprisonnement.
    • Cette situation a provoqué l’alarme de l’ONU et conduit de nombreuses personnes à fuir le pays.

Panorama de la répression sur le continent

La situation varie selon les régions, mais la tendance globale est à la criminalisation : 

  • Législations existantes : En 2025, l’homosexualité reste illégale dans au moins 64 pays dans le monde, dont une grande majorité en Afrique (environ 38 pays sur 54). 
  • Peine de mort : Dans certains pays comme le Nigeria, l’homosexualité peut être punie de la peine capitale dans les États appliquant la charia. 
  • Afrique de l’Est : Des pays comme l’Ouganda (avec sa loi de 2023) et le Kenya font face à une recrudescence de la violence et des discours de haine, alimentés par une désinformation concertée selon des ONG locales. 
  • Climat social : Au-delà des lois, les organisations de défense des droits, comme Amnesty International, notent une multiplication des discours discriminatoires qui attisent la haine et l’insécurité au quotidien pour les communautés locales. 

Le Parlement du Ghana a adopté le 28 février 2024 un projet de loi controversé, officiellement intitulé « Loi sur les droits sexuels convenables et les valeurs familiales ghanéennes », qui renforce considérablement la répression contre la communauté LGBTQ+. 

La loi prévoit jusqu’à 3 ans de prison pour les personnes s’identifiant comme LGBTQ+ et jusqu’à 5 ans pour ceux qui font la « promotion, le parrainage ou le soutien délibéré » d’activités LGBT+. 

Les campagnes LGBT+ ciblant des mineurs sont passibles de peines allant jusqu’à 10 ans de prison

Le texte a été adopté à l’unanimité par les deux principaux partis politiques ghanéens, témoignant d’une volonté politique forte de réprimer l’homosexualité dans le pays. 

La loi doit être signée par le président pour entrer en vigueur. Le président précédent, Nana Akufo-Addo, avait retardé sa signature en raison de recours juridiques, notamment devant la Cour suprême, qui a finalement rejeté ces contestations en décembre 2024. 

Une nouvelle version de ce projet de loi a été réintroduite début 2025 à la suite de la dissolution du parlement précédent, le président actuel, John Mahama, ayant exprimé son soutien à cette démarche, selon certaines sources. 

Ce texte a provoqué de vives inquiétudes auprès des Nations Unies, d’Amnesty International et de plusieurs pays occidentaux, qui craignent une persécution accrue de la communauté LGBT+ au Ghana.

Cette intensification de la répression est souvent présentée par les gouvernements concernés comme une protection des “valeurs culturelles et religieuses” face à des influences perçues comme extérieures.

Leur décision survient alors que deux femmes ont été arrêtées et placées en détention en Ouganda après avoir été vues en public en train de s’embrasser.

Une porte-parole de la police de la région du Nil occidental, où réside le couple, a déclaré aux médias qu’une fouille avait été effectuée à leur appartement le 18 février après que la collectivité eut transmis des « informations » suggérant des « actes inhabituels » de nature sexuelle.

Un militant ougandais qui écrit sous pseudonyme a relevé dans un témoignage en ligne que les deux femmes – Wendy Faith, une musicienne connue de 22 ans, et Alesi Diana Denise, 21 ans – avaient été détenues une semaine avant d’obtenir leur remise en liberté sous cautionnement.

L’audience du 31 mars 2026 devant la Cour suprême de l’Ouganda représente l’ultime recours juridique pour les défenseurs des droits humains contre la loi anti-homosexualité (AHA) de 2023

La Cour suprême est la plus haute juridiction du pays. Sa décision sera finale et sans possibilité d’appel supplémentaire.

Ce recours fait suite à une décision de la Cour constitutionnelle d’avril 2024, qui avait refusé d’annuler la loi dans son intégralité, ne supprimant que quelques dispositions mineures.

Un collectif de 22 plaignants, comprenant des députés (comme Fox Odoi-Oywelowo), des militants (Kasha Nabagesera), des universitaires (Silvia Tamale) et des organisations comme le Human Rights Awareness and Promotion Forum (HRAPF). 

  • Constitutionnalité intégrale : Les pétitionnaires demandent l’annulation totale de la loi, arguant qu’elle viole les droits fondamentaux garantis par la Constitution ougandaise, notamment le droit à l’égalité, à la vie privée et à la liberté de pensée. 
  • Peines extrêmes : L’audience devra statuer sur le maintien ou non des dispositions les plus sévères, telles que la prison à vie pour les relations consenties entre personnes de même sexe et la peine de mort pour « homosexualité aggravée ». 
  • Liberté d’association et d’expression : La loi criminalise également la « promotion » de l’homosexualité, ce qui paralyse le travail des ONG et des défenseurs des droits comme Frank Mugisha. 

Depuis l’adoption de la loi, les organisations de défense des droits ont documenté une explosion des violences, des expulsions et des arrestations arbitraires. 

  • Pression diplomatique : L’issue de cette audience est scrutée par la communauté internationale. Des sanctions et suspensions de financements (comme par la Banque mondiale) ont déjà eu lieu en réponse à cette législation. 
  • Précédent de 2014 : En 2014, une loi similaire avait été annulée par la Cour constitutionnelle pour vice de procédure. Cette fois, le débat porte sur le fond du droit et les valeurs constitutionnelles. 

Elles auraient été arrêtées de nouveau quelques heures plus tard et demeurent détenues depuis, les autorités locales s’alarmant de la possibilité qu’elles tentent de quitter le pays.

Leurs démêlés ont suscité une vague de dénonciations aux niveaux national et international.

En mars 2026, Frank Mugisha, directeur de l’organisation Sexual Minorities Uganda (SMUG), a effectivement utilisé le réseau X (anciennement Twitter) pour dénoncer la répression croissante contre la communauté LGBTQ+ en Ouganda. 

Ses interventions récentes portent sur deux points majeurs :

: Il a fermement condamné les arrestations effectuées sous le coup de la loi anti-homosexualité de 2023, notamment après la détention de deux femmes à Arua en février 2026 pour de simples gestes d’affection en public. Il a qualifié cette situation de « réalité sinistre » imposée par la législation actuelle.

Frank Mugisha a annoncé sur X que la Cour suprême de l’Ouganda a fixé au 31 mars 2026 l’audience d’appel visant à contester la constitutionnalité de la loi anti-homosexualité (AHA 2023). 

Bien que son organisation SMUG ait été officiellement suspendue par les autorités ougandaises en 2022 pour défaut d’enregistrement, Mugisha continue de militer activement pour les droits humains et la fin des poursuites arbitraires.

Le directeur de Sexual Minorities Uganda, Frank Mugisha, a réclamé leur libération immédiate sur le réseau X.

« Elles n’ont commis aucun crime et devraient être avec leurs familles et leurs amis, pas en prison », a plaidé le militant.

Il a demandé du même souffle que le gouvernement autoritaire du président Yoweri Museveni retire une loi adoptée en 2023 qui figure parmi les plus sévères de la planète. Elle prévoit d’imposer l’emprisonnement à vie pour les relations avec une personne de même sexe et la peine de mort pour des actes « aggravés » d’homosexualité concernant des mineurs, des personnes âgées ou encore des personnes handicapées.

M. Mugisha a indiqué en entrevue au quotidien The Guardian que l’arrestation « injuste » des deux femmes survient alors que ce type d’incident se multiplie depuis quelques mois dans le pays.

Les dirigeants du Human Rights Awareness and Promotion Forum ont signalé en janvier qu’ils étaient intervenus dans près d’un millier de cas depuis l’introduction de la loi en 2023.

Oryem Nyeko, un analyste de Human Rights Watch (HRW) qui a documenté l’impact de la loi, relève qu’un nombre important de membres de la communauté LGBTQ+ avaient été pris pour cibles au moment de son entrée en vigueur.

« Des gens sont arrêtés, harcelés, évincés de leur appartement à cause de la loi. Ça continue aujourd’hui », déplore M. Nyeko, qui reproche à la classe politique ougandaise de vouloir marquer des points auprès de la population en visant des minorités déjà stigmatisées.

« Ils voient la communauté LGBTQ+ comme une cible facile pour se faire valoir », relève l’analyste, qui évoque la religion et l’ignorance pour expliquer l’homophobie présente dans la société.

Des facteurs similaires sont en jeu dans plusieurs autres pays, notamment au Sénégal, qui a adopté il y a une semaine un projet de loi durcissant la répression des « actes contre nature » lors d’un vote remporté par 135 voix contre 0.

Le texte, qui sanctionne « l’homosexualité, la bisexualité, la transsexualité et la zoophilie », prévoit des peines d’emprisonnement de 5 à 10 ans assorties d’amendes pouvant atteindre 25 000 $ dans un pays où le salaire annuel moyen est d’environ 2300 $. De lourdes peines sont aussi prévues pour les personnes qui « font l’apologie des actes contre nature ».

« Ici dans notre Afrique, dans notre Sénégal, nous n’acceptons pas cette homosexualité. Ce n’est pas dans notre culture, ce n’est pas dans nos traditions, c’est clair », a déclaré une députée, Fama Ba, dans une intervention rapportée par HRW.

Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit « profondément préoccupé » mercredi par ce projet de loi « néfaste » et a demandé au président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, de ne pas le promulguer.

Au Ghana, les députés ont approuvé fin février un projet de loi au Parlement qui vise la communauté LGBTQ+ après qu’une mouture précédente eut été bloquée par le président Nana Akufo-Addo, qui estimait qu’il ferait reculer le pays en matière de respect des droits de la personne.

Son successeur, John Dramani Mahama, est maintenant appelé à promulguer le projet de loi, qui prévoit notamment trois ans d’emprisonnement pour toute personne s’identifiant comme homosexuelle.

Selon un récent décompte d’Amnistie internationale, plus d’une trentaine de pays en Afrique sur 54 criminalisent les relations homosexuelles.

Au Sénégal, le financement de la lutte pour les droits LGBTQ+ est marqué par une extrême précarité et une surveillance accrue de l’État, en particulier avec le durcissement législatif de mars 2026. Contrairement à l’Ouganda, aucune organisation comme SMUG ne peut opérer officiellement au grand jour en raison des risques de dissolution et de poursuites.

Les ressources proviennent presque exclusivement de l’extérieur du pays, car tout soutien financier local est socialement et juridiquement risqué :

Des organisations comme Adheos ou Solidarité Internationale LGBTQI (SIL) ont apporté des soutiens ponctuels à des collectifs locaux comme le Collectif Free Sénégal

  • Fondations et ONG internationales : Des structures comme STOP homophobie organisent des missions humanitaires et des collectes de fonds pour soutenir les militants sur le terrain. 
  • Subventions liées à la santé : Une partie du financement transite par des programmes de lutte contre le VIH/Sida (comme ceux du Fonds mondial), car ces programmes incluent les “populations clés”. Cependant, ces fonds sont strictement surveillés par les autorités sanitaires sénégalaises. 

2. Impact de la loi du 11 mars 2026

L’adoption récente d’une loi doublant les peines de prison pour homosexualité (passant de 5 à 10 ans) a des conséquences majeures sur le financement : 

  • Criminalisation du plaidoyer : Le nouveau texte vise non seulement les actes, mais aussi la « promotion » et potentiellement le financement des activités liées aux droits LGBT. 
  • Retrait de partenaires : De nombreux partenariats internationaux arrivent à terme et leur renouvellement est menacé par le risque juridique que fait peser la nouvelle législation sur les bailleurs de fonds. 
  • Pressions diplomatiques : En réaction à cette loi, l’ONU et plusieurs partenaires bilatéraux (comme la France) ont exprimé de vives inquiétudes, ce qui pourrait entraîner une réorientation de l’aide publique vers les ONG de la société civile pour contourner le gouvernement. 

3. Obstacles majeurs au Sénégal

  • Blocage administratif : Le gouvernement bloque régulièrement toute activité perçue comme LGBTQI. En juillet 2025, le ministère des Affaires Étrangères a formellement interdit la tenue d’une réunion internationale sur ces sujets à Dakar. 
  • Surveillance financière : Des figures politiques locales, comme Guy Marius Sagna, exercent une pression constante sur le gouvernement pour surveiller et dénoncer les sources de « financement LGBT » étrangères. 
  • Invisibilité forcée : Les fonds collectés servent prioritairement à l’aide d’urgence (relogement, frais juridiques, exil) plutôt qu’à un plaidoyer public, devenu impossible sous la pression du collectif And Sam Jikko Yi.

Le financement de Sexual Minorities Uganda (SMUG) et de la lutte pour les droits LGBTQ+ en Ouganda repose sur un écosystème complexe de bailleurs internationaux, d’ONG partenaires et de fondations privées.

Depuis la suspension officielle de SMUG par les autorités ougandaises en août 2022, l’organisation a dû adapter ses circuits de financement, notamment via sa branche américaine SMUG International

Principaux bailleurs et partenaires financiers

Les ressources de SMUG proviennent majoritairement de soutiens extérieurs engagés dans la défense des droits humains :

  • Fondations Philanthropiques : Des organisations comme la Open Society Foundations (OSF), la Stephen Lewis Foundation et la Hirschfeld-Eddy Foundation apportent un soutien historique. 
  • ONG Internationales de Soutien : Des réseaux mondiaux tels que Frontline AIDS (via des programmes comme SRHR Umbrella), Outright International et le Rainbow World Fund financent des services de santé, d’urgence et de protection juridique. 
  • Prix et Récompenses : Frank Mugisha a reçu plusieurs prix dotés, comme le Prix Rafto (2011) et le Prix des Droits de l’Homme Robert F. Kennedy, dont les fonds contribuent au fonctionnement de la structure. 
  • Initiatives Privées : Des personnalités comme l’artiste Kygo ont soutenu l’organisation, notamment pour le financement d’un centre d’accueil sécurisé à Kampala. 

Impact de la législation anti-homosexualité (AHA 2023)

La loi de 2023 a radicalement modifié le paysage financier en Ouganda :

  • Sanctions Internationales : En réponse à la loi, la Banque mondiale a suspendu tout nouveau prêt au gouvernement ougandais en 2023. Bien qu’un assouplissement ait été annoncé en juin 2025 moyennant des mesures de “mitigation”, le climat reste instable. 
  • Réorientation de l’aide bilatérale : Des pays comme les États-Unis (via le PEPFAR), la Norvège, le Danemark et la Suède ont réorienté une partie de leurs fonds destinés au gouvernement vers la société civile pour contourner les restrictions étatiques. 
  • Risques de “Promotion” : La loi criminalise désormais le financement d’activités perçues comme faisant la “promotion” de l’homosexualité, ce qui oblige les bailleurs à une extrême prudence pour protéger leurs partenaires locaux contre des poursuites pénales. 

Structure de contournement : SMUG International

Pour pallier l’impossibilité de recevoir des fonds directement en Ouganda en raison de sa suspension, SMUG s’appuie sur SMUG/USA, une organisation 501(c)(3) basée aux États-Unis. Cette entité sert de plateforme pour : 

  1. La collecte de fonds internationale (Fundraising).
  2. La gestion des subventions (Grant writing).
  3. Le transfert sécurisé de ressources pour les programmes de terrain (santé, assistance juridique). 

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *