DAKAR,28 MARS 2026(JVFE)-Ce samedi marque un mois de guerre au Moyen-Orient, au moment où les États-Unis disent « espérer » tenir des discussions dans la semaine avec l’Iran pour mettre fin au conflit.
« Nous pensons qu’il y aura des réunions cette semaine, nous l’espérons vraiment », a déclaré l’émissaire américain Steve Witkoff lors d’un forum d’affaires à Miami.
La guerre a été déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l’Iran. Depuis, le conflit touche durement les populations civiles dans la région, et entraîne des perturbations de la distribution de gaz et de pétrole qui bouleversent l’économie mondiale.
Lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 près de Paris, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, avait évoqué plus tôt une possible fin prochaine des opérations américaines.
Quand les États-Unis « en auront fini » avec les Iraniens, au cours des prochaines semaines, « ils seront plus affaiblis qu’ils ne l’ont été dans l’histoire récente », a-t-il affirmé.
Le secrétaire d’État américain a aussi estimé que les États-Unis pouvaient encore atteindre leurs objectifs sans l’envoi de troupes au sol.
Selon le Wall Street Journal et le site d’informations Axios, Washington envisagerait cependant d’envoyer au moins 10 000 soldats supplémentaires dans la région.
Samedi soir, l’armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.
Les forces israéliennes ont « identifié le tir d’un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace », a indiqué l’armée sur Telegram.
Trump critique ses alliés de l’OTAN
« Posez le pied sur le sol iranien, et 150 $ deviendra le prix plancher du pétrole », a promis le vice-président iranien Esmael Saghab Esfahani sur X, alors que le cours du Brent terminait en hausse vendredi à plus de 112 $.
Un responsable sécuritaire iranien, cité anonymement par des médias, a également prévenu que toute opération militaire dans le détroit d’Ormuz entraînerait sa « fermeture immédiate pour une durée indéterminée ».
Les houthis du Yémen, alliés de Téhéran, ont affirmé qu’ils se joindraient à la guerre si les attaques contre l’Iran se poursuivaient.
Au terme de leur réunion, les ministres du G7 ont réaffirmé la « nécessité absolue » de rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, essentielle à l’économie mondiale.
Donald Trump a pour sa part une nouvelle fois reproché aux États membres de l’OTAN leur manque de soutien aux opérations américaines contre l’Iran et affirmé que Washington pourrait ne pas leur venir en aide en cas de besoin dans l’avenir.
« Ils n’étaient tout simplement pas là », a déclaré le président américain dans un discours à Miami.
« Pris en étau »
Dans chaque camp, la journée de vendredi a témoigné d’une volonté de poursuivre les combats.
Israël a frappé deux installations nucléaires iraniennes, amenant l’Agence internationale de l’énergie atomique à appeler « à la retenue militaire afin d’éviter tout risque d’accident ».
Et dans la nuit de vendredi à samedi, une dizaine d’explosions ont secoué Téhéran, a constaté un journaliste de l’AFP, qui a fait état de détonations très intenses.
L’armée israélienne a dit frapper des « cibles du régime » dans la capitale iranienne.
En Israël, l’armée a fait état vendredi soir de missiles tirés par l’Iran, et des sirènes ont retenti à Jérusalem, selon des journalistes de l’AFP.
Selon les services de secours israéliens, un homme de 52 ans a été tué à Tel-Aviv.
Un mois après le début de la guerre, les civils de tous bords continuent de payer un tribut exorbitant.
Comme à Téhéran, où les nuits sont rythmées par les frappes et perturbées par l’angoisse.
Ensieh, une dentiste de Téhéran, dit « perdre un peu plus espoir chaque jour ». Aujourd’hui, « nous sommes pris en étau entre trois puissances devenues folles », soupire cette femme de 46 ans.
« La guerre a arraché une partie de moi », ajoute-t-elle.
Risque de « catastrophe humanitaire » au Liban
La République islamique, toujours aussi défiante, a appelé de son côté les civils à se tenir à l’écart des forces américaines présentes au Moyen-Orient, et notamment d’éviter les hôtels de la région accueillant des militaires américains.
Une façon de répondre aux propos tenus la veille par Donald Trump qui, tout en se disant optimiste quant aux négociations, avait repoussé l’échéance de son ultimatum, donnant désormais à Téhéran jusqu’au 6 avril pour rouvrir le détroit d’Ormuz, faute de quoi il menace de détruire les centrales électriques iraniennes.
Les Gardiens de la Révolution y ont forcé vendredi trois navires à faire demi-tour.
Le Liban, pour sa part, continue de payer un très lourd tribut, après avoir été entraîné dans la guerre dès le 2 mars lorsque le Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël.
La situation du Liban est « extrêmement préoccupante », avec un risque « réel » de « catastrophe humanitaire », a alerté l’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR), s’inquiétant de la situation de plus d’un million de personnes déplacées à travers le pays.
La Thaïlande dit avoir conclu un accord avec l’Iran pour le détroit d’Ormuz
La Thaïlande a affirmé samedi avoir conclu un accord avec l’Iran pour permettre le passage de ses navires pétroliers dans le détroit stratégique d’Ormuz, quasiment paralysé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
« Un accord a désormais été conclu afin de permettre aux navires pétroliers thaïlandais de transiter en toute sécurité par le détroit d’Ormuz, contribuant ainsi à apaiser les inquiétudes concernant l’acheminement de carburant vers la Thaïlande », a déclaré le premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul lors d’une conférence de presse.
La position du président Donald Trump concernant le conflit avec l’Iran est marquée par une alternance entre menaces militaires directes et ouvertures diplomatiques, sous l’effet conjugué d’une crise énergétique mondiale et de pressions économiques.
Pour rappel,depuis le 28 février, les bombardements menés par les Etats-Unis et Israël ont, non seulement réduit les capacités militaires de leur principal ennemi au Moyen-Orient, mais ont également mis en branle une vaste machinerie guerrière impliquant le Liban, les monarchies du Golfe, et les alliés de l’Iran. Les frappes ont aussi bouleversé l’économie mondiale, avec la fermeture du détroit d’Ormuz, passage maritime essentiel au commerce mondial d’hydrocarbures.

En tant que principal centre financier du Golfe et plaque tournante essentielle du transport maritime et du transit international, les Émirats arabes unis (EAU) sont au cœur de la stratégie iranienne visant à faire pression sur les États-Unis en maximisant leur impact économique et en perturbant le commerce mondial. Les EAU ont été la cible de plus de projectiles iraniens que tous les autres États du Conseil de coopération du Golfe (CCG) réunis et ont subi de loin les dommages les plus importants et les plus variés au sein du groupe. On dénombre 48 impacts confirmés sur des sites stratégiques et importants (voir figure 1), notamment l’emblématique Burj Al Arab et le Centre financier international de Dubaï, le port de Jebel Ali, le complexe pétrochimique et de stockage de Fujairah, la raffinerie de Ruwais, des aéroports internationaux et les centres de données d’Amazon Web Services. La concentration de ces cibles de grande valeur à proximité géographique de l’Iran a accru la vulnérabilité des principaux secteurs économiques des EAU face à un conflit. L’Iran a également cherché à légitimer le ciblage disproportionné des EAU en mettant en avant leurs liens étroits avec Israël, les EAU ayant réalisé d’importants investissements dans l’armement et la technologie israéliens ces dernières années.
Dynamique du Conflit et Changements de Cap
Le président américain a multiplié les signaux contradictoires ces derniers jours :
Trump a reporté au 6 avril 2026 son ultimatum concernant d’éventuelles frappes contre les infrastructures électriques iraniennes.
Le 20 mars, il a annoncé sur Truth Social envisager de “réduire graduellement” les opérations militaires, tout en affirmant paradoxalement devant la presse, quelques heures plus tôt, ne pas vouloir de cessez-le-feu.
Un plan de paix en 15 points a été transmis à Téhéran via des médiateurs pakistanais, et la Maison-Blanche assure que les discussions se poursuivent malgré les tensions.
Cette indécision apparente est alimentée par l’impact sévère de la guerre sur les marchés mondiaux :
La guerre a provoqué une flambée des prix du gaz et de l’électricité. En réponse, Trump a temporairement levé les sanctions sur le pétrole russe et iranien pour stabiliser le marché, une décision critiquée pour avoir indirectement financé les adversaires des États-Unis.
Le risque de récession aux États-Unis est estimé à 30 % en raison des frictions liées au conflit, poussant l’administration à modérer ses velléités offensives pour rassurer les investisseurs.
Malgré la crise, les officiels américains continuent de promouvoir l’idée d’une “dominance énergétique” américaine pour limiter la dépendance au détroit d’Ormuz.
Les informations récentes concernant le déploiement de Marines américains dans le détroit d’Ormuz (mars 2026) s’inscrivent dans un contexte de tensions extrêmes avec l’Iran. Ce déploiement, visant à sécuriser l’approvisionnement énergétique mondial, crée paradoxalement des opportunités stratégiques pour la Chine et la Russie, tout en exposant d’autres points de passage vitaux.
Voici une analyse de la situation basée sur les développements de début 2026 :
Que sait-on du bilan humain et matériel du conflit ? Quels sont les motivations réelles des belligérants et leurs objectifs ? Quel impact sur l’économie mondiale et la sécurité énergétique ? Et surtout, quelles sont les perspectives de paix dans une région constamment au bord de l’escalade ?
D’après les informations disponibles en mars 2026, la situation en Iran et au Moyen-Orient est marquée par une escalade militaire majeure (“Guerre des Douze Jours” de 2025 suivie d’une offensive américano-israélienne début 2026).
Voici un état des lieux :
1. Bilan Humain et Matériel (Mars 2026)
- Pertes humaines : Le bilan est lourd. Début mars 2026, des rapports font état de plus de 3 000 morts en Iran suite aux frappes combinées. HRANA (Human Rights Activists News Agency) dénombre environ 3 389 morts au 26 mars 2026, incluant militaires et civils, dans le cadre de la guerre 2026. Lors de la “Guerre des Douze Jours” de juin 2025, près de 1 190 personnes avaient été tuées.
- Dommages matériels : Les infrastructures militaires, les sites nucléaires, les installations pétrolières et les dépôts de carburant iraniens sont visés. L’Iran a riposté par des drones et missiles visant le Golfe (Koweït, Dubaï), provoquant une fermeture effective du détroit d’Ormuz.
- Impact environnemental : Des incendies de dépôts pétroliers et des frappes sur des sites industriels provoquent d’importantes pollutions (hydrocarbures, métaux lourds) menaçant l’air, l’eau et la santé.
2. Motivations Réelles et Objectifs des Belligérants
- États-Unis / Israël : L’objectif est de détruire les capacités militaires et balistiques de l’Iran, de démanteler son programme nucléaire, d’éliminer les chefs militaires de l’IRGC (Corps des gardiens de la révolution islamique) et, à terme, de renverser le régime. Il s’agit également de prévenir les représailles iraniennes et de sécuriser la région.
- Iran : L’Iran cherche à assurer la survie de la République islamique, à contrer l’influence américaine et israélienne via l’« Axe de la Résistance ». Téhéran adopte une stratégie asymétrique pour affaiblir ses adversaires et faire monter les coûts de la guerre.
3. Impact sur l’Économie Mondiale et la Sécurité Énergétique
- Crise pétrolière : L’AIE a décrit la situation comme « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire, avec une baisse attendue de 8 millions de barils par jour en mars 2026.
- Impact logistique : La perturbation du détroit d’Ormuz par l’Iran paralyse une partie du commerce mondial. Les primes d’assurance maritime ont fortement augmenté.
- Pénuries : Des pénuries de carburant se propagent en Asie, avec des risques pour l’Europe.
4. Perspectives de Paix et Escalade
- Bord de l’escalade : La région est en état d’alerte maximale, avec des échanges de tirs constants (Iran, Israël, bases américaines dans le Golfe).
- Perspectives diplomatiques : Malgré l’intensité des combats, des informations contradictoires circulent sur des tentatives de négociations, après l’échec de pourparlers indirects sur le nucléaire début 2026. Le conflit semble “inconclusif” pour le moment, l’Iran survivant sous pression malgré des pertes majeures.
- Contexte interne : L’Iran traverse une crise intérieure profonde, avec des manifestations et une répression accrue.
Le paysage en mars 2026 est celui d’une confrontation directe et ouverte, remplaçant la “guerre de l’ombre” des années précédentes par un conflit conventionnel à haute intensité.
1. Opportunités stratégiques pour la Chine et la Russie
Le blocage de facto du détroit par l’Iran, faisant suite à des attaques américano-israéliennes, place Washington dans une position difficile, dont Pékin et Moscou tirent parti :
- Renforcement de l’axe Iran-Russie-Chine : La Russie et la Chine ont renforcé leur présence navale via les exercices “Maritime Security Belt 2026” dans la région, projetant leur puissance et affirmant leur influence face aux États-Unis.
- Indépendance énergétique chinoise : Alors que les pays occidentaux dépendent du pétrole passant par Hormuz, la Chine diversifie ses approvisionnements, notamment via des oléoducs terrestres en provenance de Russie, réduisant sa vulnérabilité aux blocages maritimes.
- “Axe d’évasion” des sanctions : La Chine et la Russie aident l’Iran à contourner les sanctions occidentales, utilisant des flottes fantômes et des technologies de pointe, renforçant ainsi la cohésion de leur alliance contre l’hégémonie américaine.
2. Points stratégiques menacés (Chokepoints)
Le “retour des guerres de chokepoints” en 2026 montre que d’autres corridors maritimes sont vulnérables :
- Mer Rouge/Bab-el-Mandeb : Déjà fortement perturbé, ce passage reste un point chaud majeur. Les hostilités près du Yémen en 2026 ont exposé cette route à une forte vulnérabilité.
- Détroits Turcs : Avec 3,7 millions de barils par jour, ces détroits sont cruciaux pour l’approvisionnement en pétrole de l’Europe et du Moyen-Orient.
- Détroit de Malacca : Bien que non directement impliqué dans la crise de 2026, il reste le point de passage le plus critique pour la Chine, dont le blocage serait catastrophique pour son économie.
- Taïwan : Les analystes soulignent qu’un blocage prolongé de l’île par la Chine est une possibilité réelle en 2026, potentiellement en réponse ou pour profiter du chaos au Moyen-Orient.
3. Contexte du déploiement de Trump (Mars 2026)
- Pression sur les alliés : Trump a demandé aux pays de l’OTAN et à la Chine de sécuriser le trafic, arguant que le détroit profite davantage à l’Asie qu’aux États-Unis.
- Risque de blocage : L’Iran a menacé de fermer totalement le détroit si les infrastructures électriques iraniennes étaient visées, ce qui mettrait à l’arrêt environ 20 % du commerce mondial de pétrole.
- Coût élevé : Les experts estiment que maintenir la réouverture de Hormuz est militairement possible mais très coûteux en ressources et en risques de pertes humaines pour les Marines.
Les limites de la dissuasion diplomatique
Les attaques iraniennes contre ses voisins qui proposent leur soutien à la médiation révèlent les limites de l’engagement diplomatique et de la protection. Oman et le Qatar ont activement et avec insistance facilité les négociations américano-iraniennes ces derniers mois. Pourtant, leurs infrastructures énergétiques et de transport ont été attaquées. Oman a subi le moins d’attaques et a signalé les dégâts les plus faibles. Son ministre des Affaires étrangères a présenté les représailles iraniennes comme une conséquence « inévitable » de l’agression américano-israélienne. À l’inverse, confronté à des pertes économiques considérables, le Qatar a fermement condamné l’Iran, expulsé de hauts diplomates iraniens et se montre réticent à toute médiation. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis s’étaient également efforcés d’empêcher les frappes américano-israéliennes contre l’Iran et avaient publié des déclarations avant le conflit, précisant que leur territoire ne serait pas utilisé pour attaquer l’Iran. La poursuite des attaques iraniennes démontre son mépris pour leurs efforts diplomatiques de bonne foi et pour les répercussions à long terme sur les relations bilatérales. La marge de manœuvre des États du CCG s’en trouve ainsi réduite : aux yeux des pays du Golfe, la diplomatie seule ne peut plus contenir les répercussions régionales et doit être renforcée par une sécurité collective plus ferme et des capacités conventionnelles plus robustes.
Les réactions des pays du Golfe aux attaques israéliennes contre le champ gazier iranien de South Pars ont particulièrement mis en lumière les limites de la dissuasion diplomatique. Oman, le Qatar et les Émirats arabes unis ont publiquement averti que de telles attaques constituaient une escalade dangereuse et ont souligné l’importance d’éviter de frapper les infrastructures énergétiques et civiles critiques. Pourtant, les attaques iraniennes ultérieures contre des sites énergétiques au Qatar, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis ont suggéré que ces avertissements n’avaient que peu d’effet dissuasif. Cela semble avoir incité les États du Golfe à privilégier des postures défensives plus fermes que la simple signalisation diplomatique. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan Al Saud, a illustré ce changement lorsqu’il a déclaré publiquement que la patience de l’Arabie saoudite et des autres États du Golfe n’était pas illimitée et qu’ils conservaient des « capacités et des moyens très importants » pouvant être mobilisés en cas de besoin.
Le déploiement américain contraint les ressources militaires US sur un seul point, laissant le champ libre à la Russie et à la Chine pour avancer leurs pions dans d’autres régions stratégiques, notamment en renforçant l’axe eurasiatique et en diversifiant les flux d’énergie en dehors du contrôle maritime américain.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
