Conflit au Moyen Orient : entre «mauvais accord» ou opération militaire «impossible»,Trump suspend son opération d’escorte de navires

DAKAR, 0 6 MAI 2026 (JVFE)–Le conflit entre l’Iran et les États-Unis traverse une phase de tensions extrêmes centrée sur le contrôle maritime, marquée par des annonces diplomatiques contradictoires et des incidents militaires récents dans le détroit d’Ormuz.

Donald Trump a annoncé mardi la suspension de son « Projet Liberté » d’escorte de navires dans le détroit d’Ormuz, le temps de voir si « un accord pouvait être finalisé et signé » avec l’Iran, après ce que le président des États-Unis a qualifié de « grands progrès » dans les négociations.

Les États-Unis ne peuvent pas « laisser l’Iran bloquer une voie de navigation internationale à des pays innocents », a insisté Pete Hegseth.

Dans un communiqué, Marco Rubio a annoncé que les États-Unis proposeraient une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU pour « défendre la liberté de navigation et sécuriser le détroit d’Ormuz ».

Le projet de résolution, rédigé aux côtés de Bahreïn, de l’Arabie saoudite, des Émirats, du Koweït et du Qatar, « exige que l’Iran cesse les attaques, le minage et tout péage » dans le détroit, précise le secrétaire d’État.

« Compte tenu de l’énorme succès militaire » et des « grands progrès accomplis en vue d’un accord complet et définitif avec les dirigeants iraniens », le « Projet Liberté […] sera suspendu pendant une courte période afin de voir si l’accord peut être finalisé et signé », a écrit le républicain sur son réseau Truth Social.

Il a précisé que le blocus américain des ports iraniens – entré en vigueur le 13 avril – était maintenu, et que cette pause avait été décidée à « la demande du Pakistan et d’autres pays ».

Le « Projet Liberté », devant permettre à des centaines de bateaux bloqués dans le Golfe de franchir le détroit, a été lancé lundi.

Le chef de la diplomatie américaine a par ailleurs assuré plus tôt dans la journée que la phase offensive du conflit avec l’Iran était terminée.

Pour rappel,l’Iran a mis dimanche les Etats-Unis au défi de choisir entre une opération militaire “impossible” ou un “mauvais accord” dans le conflit au Moyen-Orient, après que D. Trump a averti qu’il risquait de ne pas accepter une nouvelle proposition de règlement de Téhéran.

La situation entre les deux pays est toujours dans l’impasse depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l’Iran et de représailles de Téhéran dans la région. Les efforts diplomatiques ont échoué à relancer les pourparlers directs infructueux tenus à Islamabad le 11 avril, tant les divergences restent fortes, du détroit d’Ormuz au volet nucléaire.

«La marge de manoeuvre des États-Unis en matière de prise de décision s’est réduite» et Donald «Trump doit choisir entre +une opération militaire impossible ou un mauvais accord avec la République islamique+», a déclaré le service de renseignement des Gardiens de la Révolution dans un communiqué relayé par la télévision d’État.

L’organe du corps des Gardiens, puissante armée idéologique de la République islamique, invoque notamment un «ultimatum» iranien concernant le blocus américain des ports du pays, et un «changement de ton» de la Chine, la Russie et l’Europe envers Washington.

«Les États-Unis sont le seul pirate au monde à posséder des porte-avions. Notre capacité à affronter les pirates n’est pas moindre que notre capacité à couler des navires de guerre. Préparez-vous à voir vos porte-avions et vos forces finir au cimetière», a de son côté menacé sur X Mohsen Rezaei, ancien commandant en chef des Gardiens nommé en mars conseiller militaire du nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei.

« L’opération est finie – “Fureur épique” – comme le président l’a signifiée au Congrès. Nous avons passé ce stade », a affirmé Marco Rubio lors d’un point de presse à la Maison-Blanche, utilisant le nom de code donné par les États-Unis à leurs opérations contre l’Iran.

Le chef d’état-major américain, le général Dan Caine, a cependant averti que l’armée était « prête à reprendre des opérations majeures de combats ».

Donald Trump a aussi mis en garde Téhéran, au lendemain d’accrochages en mer et d’attaques contre les Émirats arabes unis attribués à l’Iran.

« Ils savent ce qu’ils ont à faire et […] ce qu’ils ne doivent pas faire », a affirmé le président américain, qui s’est toutefois abstenu d’accuser l’Iran d’avoir violé la trêve en vigueur depuis le 8 avril.

Depuis le début de la guerre, le 28 février, Téhéran contrôle le détroit d’Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures.

Visites en Chine

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, doit quant à lui rencontrer ce mercredi son homologue chinois en Chine pour discuter de la guerre au Moyen-Orient.

Cette visite intervient en amont de celle de Donald Trump à Pékin, prévue les 14 et 15 mai, où il s’entretiendra avec Xi Jinping.

Lundi, l’Iran a tiré des missiles et drones contre des bâtiments militaires américains – interceptés selon le commandement américain pour la région (CENTCOM). Il a aussi été accusé d’avoir tiré sur les Émirats arabes unis, dans la première attaque contre un pays du Golfe depuis la trêve, ce qu’un haut responsable militaire iranien a démenti mardi soir.

Les forces iraniennes « n’ont mené aucune opération de missiles ou de drones contre les Émirats arabes unis ces derniers jours », a affirmé le porte-parole du quartier général du commandement militaire.

Plus tôt, les Émirats avaient dit avoir à nouveau activé leurs défenses aériennes pour intercepter des missiles et drones tirés, selon eux, à partir de l’Iran.

Les Gardiens de la révolution, armée idéologique de l’Iran, ont menacé de leur côté d’une « riposte ferme » tout navire qui ne se conformerait pas aux règles de passage imposées par Téhéran dans le détroit d’Ormuz.

Les États-Unis ne peuvent pas « laisser l’Iran bloquer une voie de navigation internationale », a insisté pour sa part le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth.

«Prix suffisant»

Le président américain a affirmé samedi qu’il allait «bientôt étudier un plan que l’Iran vient de nous transmettre». «Mais je ne peux m’imaginer qu’il soit acceptable, parce que (les Iraniens) n’ont pas encore payé un prix suffisant pour ce qu’ils ont fait à l’Humanité et au Monde depuis 47 ans» et la fondation de la République islamique, avait-il ajouté sur sa plateforme Truth Social.

Des agences de presse iraniennes ont indiqué que l’Iran avait transmis à Washington, via le Pakistan, un plan en 14 points visant à mettre fin au conflit dans un délai de 30 jours.

Selon l’agence Tasnim, Téhéran réclame un retrait des forces américaines des zones proches de l’Iran, la levée du blocus des ports iraniens et du gel des avoirs iraniens, le versement de réparations, la levée des sanctions, un «mécanisme» concernant le détroit d’Ormuz et «la fin de la guerre sur tous les fronts y compris au Liban».

Sur ce dernier front, Israël a émis dimanche de nouveaux ordres d’évacuations «urgents» pour des localités situées au-delà du secteur qu’il contrôle dans le sud du Liban et désigne comme une «zone de sécurité» face au Hezbollah pro-iranien. La veille, l’armée israélienne avait mené une nouvelle série de frappes qui ont fait au moins trois morts dans le sud du pays.

Tasnim ne mentionne pas le dossier nucléaire. Or il s’agit d’une question centrale pour les Etats-Unis et Israël, qui accusent l’Iran de vouloir se doter de la bombe atomique – ce que le pays dément.

L’Iran avait déjà transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, sans qu’aucun détail ne filtre.

Double blocus

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l’économie mondiale, avec des cours du pétrole montés à des niveaux inédits depuis 2022.

Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d’autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en riposte au verrouillage par Téhéran du détroit d’Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Interrogé par des journalistes samedi soir, Donald Trump a refusé de préciser ce qui pourrait déclencher de nouvelles opérations militaires contre l’Iran.

«S’ils se conduisent mal, s’ils font quelque chose de mal, mais pour l’instant, on verra», a-t-il déclaré. «Mais c’est certainement une possibilité.»

Le président avait théoriquement jusqu’à vendredi pour demander l’autorisation du Congrès de poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l’Iran étaient «terminées», même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces dans la région indiquait le contraire.

La guerre, très impopulaire aux Etats-Unis, alimente le mécontentement contre Donald Trump, sous pression pour trouver une issue à six mois de législatives de mi-mandat décisives.

En Iran, le pouvoir judiciaire a annoncé dimanche une nouvelle exécution liée à la vague de mobilisation qui a secoué le pays entre décembre et janvier, après avoir fait état la veille de deux pendaisons d’hommes accusés d’espionnage au profit d’Israël.

L’homme exécuté, Mehrab Abdollahzadeh, avait été condamné pour participation à un meurtre lors d’une manifestation à Ourmia (nord-ouest).

Le président Donald Trump a annoncé ce mercredi 6 mai la suspension temporaire du “Projet Liberté” une opération d’escorte armée lancée le 4 mai pour dégager les quelque 1 000 navires de commerce bloqués dans le détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre le 28 février dernier

Selon le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, l’opération militaire “Epic Fury” (Fureur Épique) lancée en février est désormais “terminée” .

Les États-Unis affirment être passés à une posture purement défensive, bien que le blocus maritime de l’Iran reste en vigueur

La compagnie française CMA CGM a confirmé qu’un de ses porte-conteneurs, le San Antonio, a été visé par une attaque le 5 mai dans le détroit d’Ormuz, faisant plusieurs blessés parmi l’équipage.

Téhéran a instauré un nouveau mécanisme de contrôle du transit maritime et a averti la marine américaine que toute pénétration dans le détroit entraînerait une riposte immédiate

Emmanuel Macron a annoncé qu’il s’entretiendrait avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian pour tenter d’apaiser les tensions .

Donald Trump, de son côté, appelle l’Iran à “faire ce qui est intelligent” pour éviter une escalade meurtrière (Libération).

Le blocage prolongé du détroit d’Ormuz, par lequel transitait 20% du pétrole mondial avant le conflit, continue de provoquer une flambée des prix des carburants à l’échelle internationale.

Le conflit Iran-USA pèse lourdement sur l’économie mondiale et la diplomatie reste dans une impasse tendue malgré des propositions récentes de Téhéran.

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a, lui, accusé les États-Unis et leurs alliés de « mettre en péril » la sécurité du transport maritime.

Le CENTCOM assure, malgré les démentis iraniens, que deux navires marchands battant pavillon américain ont franchi lundi le détroit d’Ormuz sous escorte militaire.

Le géant danois du transport Maersk a aussi annoncé la sortie lundi d’un de ses bateaux, « accompagné de moyens militaires américains », coincé dans le Golfe depuis le début de la guerre.

Les tentatives de relancer les pourparlers entre l’Iran et les États-Unis sont au point mort depuis une première rencontre directe à Islamabad le 11 avril.

Le président de l’Iran, Massoud Pezeshkian, a déclaré mardi que son pays était « prêt à tout dialogue ». Mais « il n’a jamais cédé et ne cédera jamais à la force », a-t-il ajouté.

Impact Économique du Conflit

Selon les rapports récents de mai 2026, l’armée américaine estime que plus de 1 550 navires commerciaux sont actuellement bloqués dans le golfe Persique. Cette situation critique résulte de la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, un point de passage stratégique où transite habituellement 20 % du pétrole mondial.

Environ 22 500 marins sont bloqués à bord de ces navires, faisant face à des pénuries d’eau et de nourriture.

Les États-Unis ont lancé cette initiative le 4 mai pour escorter les navires de pays tiers. Cependant, après le passage réussi de deux cargos, le président Donald Trump a annoncé une suspension temporaire de l’opération le 6 mai pour donner une chance aux négociations diplomatiques.

Téhéran considère toute intervention américaine comme une violation du cessez-le-feu (en vigueur depuis le 8 avril) et a menacé de cibler tout navire s’approchant du détroit. Des tirs de sommation et des attaques de drones sur des sites pétroliers aux Émirats arabes unis ont été signalés.

En réponse à la fermeture du détroit par l’Iran, les États-Unis maintiennent un blocus des ports iraniens.

Le volume de marchandises transitant par le détroit s’est effondré de 96 % depuis le début du conflit le 28 février 2026, provoquant une envolée des prix du pétrole.

Le baril de Brent a franchi la barre des 125 dollars fin avril suite à l’offensive américaine contre l’Iran.

Le blocus des ports iraniens par les États-Unis coûte à Téhéran environ 435 millions de dollars par jour, dont 276 millions de dollars de pertes d’exportations pétrolières.

Le blocage du détroit d’Ormuz affecte 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz.

  • Les prix des engrais (dont un tiers transite par le détroit) et du gaz naturel ont flambé, menaçant la sécurité alimentaire mondiale.
    • L’inflation américaine pourrait augmenter de 0,6 point en 2026 si le blocage dure un trimestre.

Les discussions, longtemps au point mort, ont repris par médiateurs interposés (notamment le Pakistan) avec de nouvelles propositions :

Téhéran propose un règlement du conflit sous 30 jours, exigeant :

  • La levée du blocus des ports iraniens et des sanctions.
    • Le versement de réparations et le dégel de ses avoirs.
    • Un mécanisme spécifique pour le détroit d’Ormuz.
    • L’Iran accepte de dissocier le dossier du détroit de celui du nucléaire, qui serait traité plus tard.

Donald Trump a rejeté ce plan, le jugeant “inacceptable”, et son chef de la diplomatie, Marco Rubio, a qualifié les demandes iraniennes d’excessives.

Emmanuel Macron a prévu un entretien avec le président iranien Pezeshkian ce 6 mai pour tenter de sortir de l’impasse. La Chine, alliée de Téhéran, joue également un rôle clé alors qu’une visite de Donald Trump à Pékin est prévue mi-mai.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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