Madagascar-Un navire de pêche battant pavillon sri-lankais, dénommé Ruth Baba VI, a été intercepté récemment au nord du Cap Saint-André, dans la région de Besalampy, pour activités de pêche illégale dans les eaux territoriales malgaches. L’embarcation transportait à son bord huit marins de nationalité sri-lankaise.

Le navire ne disposait d’aucune autorisation officielle pour pêcher dans la zone et enfreignait notamment la législation sur la capture des espèces protégées. Une inspection menée à bord a permis de découvrir plus de 16 tonnes de requins, dont plus de 12 tonnes de requins frais ainsi qu’une quantité importante de requins séchés et d’ailerons. Le navire a immédiatement été saisi et redirigé vers le port de Mahajanga

Cette interception a eu lieu dans le cadre de la 65e mission régionale de surveillance mise en œuvre par le Centre de Surveillance des Pêches (CSP), avec le soutien de la Commission de l’océan Indien (COI), des forces de la gendarmerie nationale, de la marine malgache et des partenaires techniques et financiers tels que les programmes PRSP et Ecofish, financés par l’Union européenne.

Il s’agit d’une opération marquante dans le cadre de la lutte contre la pêche illégale dans les eaux malgaches. Les autorités rappellent que cette pratique constitue une menace directe pour la biodiversité marine et pour la durabilité des ressources halieutiques du pays.
Ce n’est pas la première fois que des navires étrangers sont impliqués dans de telles infractions. Lors de la 62e mission régionale en 2024, des navires originaires du Sri Lanka et du Kenya avaient également été arrêtés pour des activités similaires.
Du 28 mai au 8 juin dernier, les autorités malgaches ont mené une opération maritime décisive en interceptant un bateau de pêche sri-lankais, le “Ruth Baba 6”, accusé de pêche illégale dans les eaux malgaches. Cette saisie a révélé une cargaison de plus de 16 tonnes de requins, dont 12 tonnes de requins frais, accompagnés d’ailerons et de requins séchés. La saisie a eu lieu au large de Cap St André, dans la Région de Besalampy, où les 8 membres de l’équipage sri-lankais ont été arrêtés et sont actuellement sous le contrôle des autorités malgaches. Cette interception s’inscrit dans le cadre d’une politique gouvernementale résolue contre la pêche illégale, un fléau qui menace la biodiversité marine et la durabilité des ressources halieutiques de Madagascar. Il est à noter qu’il y a déjà eu deux navires sri-lankais ainsi qu’un navire kenyan capturés de cette manière lors de la 62e mission en 2024. Selon Sahory Olivier, inspecteur de pêche local, le “Ruth Baba 6” n’avait pas de licence pour opérer dans ces eaux, ce qui constitue une violation manifeste des lois en vigueur. Cette situation met en lumière les défis que rencontrent les pays côtiers pour protéger leurs ressources maritimes face à des pratiques illégales de plus en plus fréquentes et sophistiquées.
Reconnaissance des équipes
Cette opération a été réalisée sous l’égide du Centre de surveillance des pêches (CSP) de Madagascar et a mobilisé des ressources variées, allant des inspecteurs de pêche aux gendarmes, en passant par les militaires de la marine. Cela témoigne d’une coopération régionale renforcée entre Madagascar et les Comores, soutenue par des organismes tels que la Commission de l’océan Indien (COI) et le programme Ecofish, financé par l’Union européenne. La mission s’est révélée efficace, marquant la 65e opération réussie du CSP dans ce cadre. Pour souligner l’importance des efforts menés, une cérémonie de reconnaissance aux acteurs de la réussite de l’opération a été organisée à Mahajanga, en présence de nombreuses personnalités, dont le gouverneur et des représentants de la Commune. Cette interception constitue un véritable coup de poing contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) et rappelle à la communauté internationale l’urgence de protéger les écosystèmes marins fragiles.
Les leçons du passé
- Avec 5 600 km de côtes et plus de 117 000 km² de plateau continental, Madagascar dispose d’importantes ressources marines et côtières.
- Source de revenu pour près de 1,5 million de Malgaches, le secteur de la pêche pesait près de 7 % du PIB national et représentait 6,6 % des exportations en 2018.
- La surpêche, la recrudescence de mauvaises pratiques de pêche et la destruction généralisée de l’habitat marin ont entraîné un déclin de la pêche côtière dans la région.

C’est avant l’aube, quand seule la lumière des étoiles se reflète sur les eaux de la Baie d’Antongil que Labako, 31 ans et son frère cadet Gérard, 20 ans quittent leurs lits pour prendre la mer et s’en aller pêcher. À deux heures du matin, toute la maisonnée reste profondément endormie. En silence, les deux frères se donnent rendez-vous sur la plage pour préparer leur pirogue construite en bois, à laquelle est fixé un moteur flambant neuf.

Depuis quelques années, le poisson se fait de plus en plus rare le long des côtes, la plupart des pêcheurs comme Labako et son frère cadet Gérard, se lèvent à l’aube et partent pêcher de plus en plus loin. Photo : Banque mondiale
Aller de plus en plus loin
« La pêche, c’est notre vie. C’était celle de nos parents et de nos grands-parents. On a toujours connu la mer. Elle nous fait vivre », explique Labako, père de deux enfants. Récemment, les deux frères ont investi leurs économies dans l’achat d’un petit moteur qui fonctionne au diésel pour ne plus avoir à compter sur la seule force de leurs bras et aussi pour pouvoir pêcher plus loin.
« Depuis quelques années, les poissons se font rares. Il faut aller de plus en plus loin pour pouvoir en pêcher », confie Gérard, nouvellement papa d’une petite fille. « C’est certes plus dangereux de s’aventurer au large, mais on reviendrait bredouille si on n’y allait pas. »
Ces dernières années, les prises de poissons ont effectivement diminué dans les régions côtières de Madagascar, notamment en raison de la surpêche et de pratiques de pêche nocives pour l’environnement. On estime en effet, que la moitié de la production totale du secteur de la pêche provient de prises illégales.
« Seule une pirogue sur cinq, soit 22 %, est immatriculée auprès des autorités, les prises de poissons ne sont généralement pas déclarées, les évaluations des stocks de poissons sont rares et les données économiques limitées », explique Julien Million, spécialiste principal de la pêches et chef du deuxième PROJET sur la gouvernance des pêches et une croissance partagée dans le sud-ouest de l’océan Indien. « En conséquence, les stocks sont exploités au-delà des limites biologiques, sociales et économiques optimales et s’amenuisent à chaque saison de pêche. »

Comptant pour 7 % du PIB national , le secteur de la pêche joue un rôle primordial dans l’économie malgache et fait vivre près d’un 1,5 million d’habitants sur le littoral. Photo : Banque mondiale
Un des poumons de l’économie malgache
Le secteur de la pêche joue un rôle primordial dans l’économie avec une production annuelle de 750 millions de dollars, soit 7 % du PIB national et une contribution de 6,6 % aux exportations de la Grande Île. Il est aussi important pour la santé nutritionnelle et la sécurité alimentaire des Malgaches, car il contribue à environ 20 % de la consommation de protéines animales. La pêche et l’aquaculture font également vivre près d’un 1,5 million d’habitants vivant le long du littoral. Ils font partie des communautés les plus vulnérables et les plus marginalisées du pays, la majorité d’entre eux ne possédant aucune autre source de revenu, même pas un lopin de terre pour cultiver. Les pêcheurs commencent très jeunes, dès l’âge de 11 à 15 ans. Selon une enquête nationale menée en 2012, environ deux tiers d’entre eux ne fréquentent pas l’école et seulement 6 % des pêcheurs ont étudié au-delà du primaire.
Bien que la pêche soit indispensable pour l’économie malgache, ainsi que pour la subsistance de plusieurs milliers d’individus, ce secteur fait face à des défis aussi complexes que nombreux. L’équilibre fondamental entre la conservation et l’exploitation des ressources halieutiques, en fait partie.
« Un des grands défis du secteur est de trouver le juste équilibre entre pêche économique et pêche responsable, de manière à intégrer adéquatement le rôle de l’humain dans son environnement, » affirme Lucien Fanomezantsoa Ranarivelo, ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche. « C’est ainsi que notre ministère poursuit sa vision de valorisation de l’économie bleue tout en préservant l’écosystème marin et encourageant l’exploitation durable des ressources naturelles. »

Le Projet SWIOFish2 appuie plusieurs associations villageoises en les sensibilisant à des pratiques respectueuses de l’écosystème marin, afin de restaurer les réserves halieutiques et garantir cette source de revenu aux populations qui en dépendent. Photo: Banque mondiale
Préserver les ressources grâce à l’engagement des communautés
En 2017, Madagascar a obtenu un financement de la Banque mondiale, du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et du Fonds japonais pour le développement des politiques et des ressources humaines (PHRD) à hauteur de 74,15 millions de dollars. Le but de ce financement était d’améliorer l’exploitation de certaines ressources halieutiques à l’échelle nationale et communautaire, et de permettre à certains pêcheurs dans les zones identifiées comme ultra prioritaires d’avoir accès à des moyens de subsistance alternatifs.
Ce projet, le deuxième SWIOFish2, vient compléter un premier projet démarré en 2015 aux Comores, au Mozambique et en Tanzanie. Il vise à faire en sorte que les pays du sud-ouest de l’océan Indien, et en particulier Madagascar, tirent profit des avantages économiques, sociaux et environnementaux procurés par l’exploitation durable des ressources halieutiques.
À Madagascar, le projet se concentre sur cinq zones cibles identifiées comme stratégiques pour la pêche et ses pôles de croissance. Trois de ces zones sont considérées comme Ultra Prioritaires : les baies d’Ambaro à Ampasindava dans la région de Diana, la baie d’Antongil dans la région d’Analanjirofo et la région de Melaky.
Labako et Gérard vivent à Rantohely, à 48 km de la ville de Maroantsetra, dans la région d’Analanjirofo où se trouve la baie d’Antongil. Ils font partie des 40 membres de l’association villageoise des pêcheurs de leur village, créée plusieurs années auparavant pour mieux gérer les ressources halieutiques de manière locale et concertée. Les membres se réunissent une fois par mois pour échanger sur leurs problèmes et se partager les responsabilités, notamment en matière de surveillance des zones de pêche.
Entre autres activités, le Projet SWIOFish2 appuie ces associations villageoises à assurer l’exploitation durable des ressources et la survie des espèces. Cela est effectué en incitant les pêcheurs à respecter les zones et périodes de pêche autorisées et en les sensibilisant à l’utilisation d’engins légaux et respectueux de l’habitat marin. Les activités du projet visent également à résoudre les problèmes de gouvernance et de productivité dans le secteur de la pêche à Madagascar, à éliminer les obstacles qui entravent l’investissement privé et nuisent à la viabilité des entreprises de pêche. Ensemble, ces interventions aident à restituer aux économies nationales une partie de la richesse tirées principalement du secteur de la pêche en haute mer et à créer de la valeur ajoutée cette filière grâce à une collaboration régionale.
