DAKAR, 13 JUIN 2026 (JVFE)—Au total, 32 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre dans le cadre du démantèlement de ce réseau présumé.
Parmi les récents interpellés figurent des cadres de la société, notamment trois banquiers et un médecin, âgés de 32 à 39 ans.
Les enquêteurs de la Division Spéciale de Cybersécurité (DSC) ont identifié les suspects grâce à l’extraction et l’analyse des données du téléphone portable de Ndiaga Seck, révélant des échanges de messages explicites sur WhatsApp.
Les tests sérologiques ordonnés par la justice ont révélé que quatre des six derniers suspects arrêtés sont porteurs du VIH.
La majorité des mis en cause, dont le responsable politique Ndiaga Seck, ont été transférés et placés sous mandat de dépôt à la prison de Louga.
L’affaire Ndiaga Seck, qualifiée de tentaculaire par la presse sénégalaise, est en pleine phase d’instruction judiciaire, ce qui signifie qu’aucun calendrier de procès n’a encore été fixé.
Le juge d’instruction du premier cabinet du Tribunal de Grande Instance de Louga a placé Ndiaga Seck, l’étudiant Mamadou Sadibou Augustin Diédhiou et Amadou Lamine Dia sous mandat de dépôt à la prison centrale de Louga. Les derniers suspects arrêtés (dont les banquiers et le médecin) subissent la même procédure de transfert et d’inculpation.
Initialement poursuivis pour “actes contre nature”, le dossier s’est lourdement aggravé. Les prévenus font désormais face à des accusations d’association de malfaiteurs, harcèlement sexuel, incitation à la débauche, diffusion de contenus pornographiques, ainsi que transmission volontaire d’une infection sexuellement transmissible (VIH).
Le juge a émis des délégations judiciaires permettant à la Division Spéciale de Cybersécurité (DSC) d’élargir la traque. 17 autres personnes sont actuellement visées par des avis de recherche, et le juge prévoit d’extraire Ndiaga Seck de sa cellule pour mener des confrontations directes.
Trois plaintes pour harcèlement sexuel viennent d’être ajoutées au dossier par des agents de l’hôpital Magatte Lô de Linguère.
Réactions des organisations de défense des droits humains
L’arrestation de Matar Ndiaga Seck — présenté par les médias locaux comme un homme politique proche du pouvoir — a suscité de vives inquiétudes à l’international.
Des organisations internationales de défense des minorités sexuelles, telles que l’association STOP homophobie, ont alerté sur l’intensification des vagues d’arrestations et le durcissement du climat politique au Sénégal vis-à-vis des personnes LGBT+. Au niveau national, les organisations de défense des droits de l’homme restent extrêmement prudentes ou silencieuses. Le sujet des “actes contre nature” est hautement sensible au Sénégal, où l’opinion publique et les mouvements religieux font pression pour maintenir, voire criminaliser plus sévèrement, l’homosexualité.
L’affaire Ndiaga Seck cumule plusieurs infractions majeures au regard du droit sénégalais, tandis que la position politique du principal suspect fragilise la communication de son parti.
Les peines encourues pour les chefs d’accusation
Le cumul des délégations et infractions expose les accusés à de lourdes peines de prison : 5 à 10 ans d’emprisonnement et une amende de 2 à 10 millions de FCFA. La législation a été sévèrement durcie par une loi promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye, criminalisant de fait de manière accrue les relations de même sexe.
Transmission volontaire du VIH/SIDA : 5 à 10 ans de prison et une amende de 2 à 5 millions de FCFA, d’après la loi sénégalaise relative à la prévention et au contrôle du VIH. Sont visées les personnes qui, connaissant leur statut sérologique positif, s’engagent sciemment dans des rapports non protégés.
Cette qualification criminelle liée à l’existence d’un réseau structuré peut entraîner jusqu’à 10 ou 20 ans de travaux forcés selon le niveau d’implication dans l’entente délictueuse.
Collecte et diffusion de données pornographiques : Poursuivies sous la législation sur la cybercriminalité, ces infractions entraînent généralement des peines de 1 à 7 ans d’emprisonnement.
Le profil politique de Ndiaga Seck au sein de Pastef
Matar Ndiaga Seck (alias “Ndadane Seck”), âgé de 51 ans, est un responsable politique et militant actif du PASTEF (le parti au pouvoir fondé par Ousmane Sonko).
Présenté par la presse nationale comme un proche de la haute hiérarchie du parti, il s’apprêtait à s’envoler pour le pèlerinage à La Mecque au moment de son arrestation par la Division des investigations criminelles (DIC).
Lors de ses auditions face aux enquêteurs, Ndiaga Seck a expressément affirmé que son ami et Premier ministre Ousmane Sonko ignorait totalement son orientation sexuelle (« Xamul woon li may dund » / « Il ne savait rien de ma vie privée »).
Cette arrestation place le parti PASTEF dans une situation inconfortable. La formation politique maintient une ligne publique très stricte contre l’homosexualité, le gouvernement ayant lui-même acté le renforcement des sanctions pour “actes contre nature” pour s’accorder avec la sensibilité conservatrice d’une grande partie de l’opinion publique sénégalaise.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
