DAKAR, 17 JUIN 2026 (JVFE)—L’accord historique signé en juin 2026 prévoit le démantèlement de SFR et son rachat par le trio Orange, Free et Bouygues Telecom pour un montant de 20,35 milliards d’euros. Au sein de ce consortium, Bouygues Telecom réalise un véritable coup de poker en reprenant la plus grosse part des actifs (42 %), ce qui propulse l’opérateur à la deuxième place du marché français des télécoms.
Si la vente effective est actée fin 2027, le marché des télécoms passera de quatre à trois opérateurs. Une opération bénéfique pour les trois acquéreurs qui élimineront un rival et feront grossir leur part du gâteau. A cette occasion Martin Bouygues aura même la satisfaction personnelle de dépasser son rival de toujours Iliad, qui lui disputait jusque-là la troisième place du podium.
« En termes de parts de marché, relativement au chiffre d’affaires, Bouygues Telecom devrait représenter 29 % du marché télécom en France après opération, contre 46 % pour Orange et 21 % pour Iliad, toutes activités télécoms incluses (résidentiel, entreprises, wholesale) », détaille Stéphane Beyazian, analyste chez Oddo BHF.
A la Bourse du Commerce, ce soir du 19 mai, le clan Bouygues est à la fête. Le patriarche, Martin Bouygues, entouré de ses proches, de ses fidèles lieutenants et de ses amis, célèbre au coeur de la capitale les trente ans de sa filiale chérie Bouygues Telecom. Jean-Charles Decaux est là, bien sûr, investisseur historique de l’opérateur. Olivier Roussat, directeur général de la maison mère, et Benoît Tortoling, directeur général de Bouygues Telecom, s’apprêtent à trinquer. Charlotte Bouygues, la fille, se faufile entre les costards gris. Edward, l’aîné et président de Bouygues Telecom, se tient respectueusement en retrait de son père.
« Force est de constater que nous sommes toujours vivants », glisse avec malice Martin Bouygues, dans un discours suivi avec dévotion par ses troupes. Que Bouygues Telecom souffle ses trente bougies relève en effet du miracle. Plusieurs fois, ce petit poucet des télécoms a failli disparaître face à la concurrence acharnée de ses rivaux. « J’ai même cru un moment que la totalité du groupe Bouygues allait se trouver en grave difficulté », se souvient-il. Veste vert sapin et cravate en soie bleue, ce grand bourgeois qui fend si rarement l’armure se laisserait presque gagner par l’émotion. « Nombreux étaient ceux qui évoquaient à l’époque une cession de Bouygues Telecom. Mais nous avons tenu bon. »
Les détails financiers et opérationnels du rachat
- Montant global : 20,35 milliards d’euros versés à Altice France (Patrick Drahi), pouvant grimper à 21 milliards selon des compléments de prix.
- La part de Bouygues Telecom : L’opérateur investit à lui seul 8,5 milliards d’euros.
- Répartition des clients et actifs :
- Bouygues Telecom (42 %) : Récupère 3,8 millions de clients mobiles, 2,6 millions de clients fixes, et surtout l’intégralité de l’activité SFR Business.
- Free (31 %) et Orange (27 %) : Se partagent le reste des abonnés et des infrastructures selon leurs accords respectifs.
Certes, la partie qui s’ouvre devra être jouée finement. Car Bouygues Telecom doit débourser à lui seul 8,5 milliards d’euros et il ne les paiera pas cash. Il lui faudra s’endetter, et « arbitrer entre verser des dividendes et rembourser sa dette, ce qui pourrait peser sur son cours de bourse », observe Jean-Michel Salvador, analyste chez Alpha Value. Mais s’il réussit, les moments difficiles des trois décennies passées ne seront plus qu’un lointain souvenir.
Pour rappel, troisième entrant sur le marché de la téléphonie mobile en 1996, Bouygues Telecom a dû batailler ferme à son arrivée face au duopole formé par Itinéris (futur Orange) et SFR. Quand Free débarque à son tour en 2012 et casse les prix, c’est un cataclysme et le début d’une animosité tenace envers Xavier Niel, le fondateur de Free. Mais l’opérateur s’accroche. Pour ne pas couler, il doit croître.
Fausse joie en 2014 quand Martin Bouygues croit pouvoir s’emparer de SFR, alors propriété de Vivendi. C’est Patrick Drahi qui rafle finalement la perle. Suivent des années d’incertitude. Différents projets de consolidation, sont ébauchés, puis échouent. La guerre commerciale est féroce. Il ne parvient pas éviter un plan de sauvegarde de l’emploi avec la suppression de plus de 1400 postes.
Pourtant, en juin 2015, Martin Bouygues décline l’offre généreuse de rachat de Patrick Drahi à 10 milliards d’euros. « Tout n’est pas à vendre », cingle-t-il à l’antenne de RTL. « Je le devais aux collaborateurs de Bouygues Telecom », ajoute-t-il. Et puis, l’héritier aurait trop souffert d’abandonner l’aventure entrepreneuriale qui a fait de lui un industriel de plein droit, et plus le simple fils de son père.
Les enjeux pour Bouygues Telecom
Ce mouvement transforme radicalement le paysage français, faisant passer le marché de 4 à 3 opérateurs mobiles d’ici la finalisation prévue pour fin 2027.
Les analystes du secteur, cette stratégie comporte d’immenses opportunités mais aussi de lourds défis :
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| LE COUP DE POKER DE BOUYGUES |
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| AVANTAGES | RISQUES |
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| • Devance son rival historique Iliad (Free) | • Lourde dette de 8,5 Mds € |
| • Devient le n°2 du marché (29% des parts) | • Coûts de démantèlement de SFR|
| • Devient le n°2 sur le marché Entreprises | • Risque de baisse des actions |
| • Synergies estimées à 1 Md € par an (à 7 ans) | • Strict contrôle réglementaire|
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La vigilance des autorités
Bien que le protocole d’accord soit signé, l’opération reste sous la surveillance de l’Autorité de la concurrence. Le régulateur craint un risque de coordination des prix à trois acteurs et surveillera de près la structure commune chargée de gérer la transition des réseaux. Les abonnés SFR actuels verront, quant à eux, leurs contrats migrer progressivement vers leur nouvel opérateur désigné sur une période de 2 à 3 ans.
Alors, pour les trente ans de Bouygues Telecom, Martin Bouygues s’est offert le plus beau des cadeaux : une petite folie qui s’appelle SFR. Avec ses deux concurrents Iliad (Free) et Orange, il s’est effectivement engagé à reprendre la majeure partie des actifs de l’opérateur au carré rouge à Altice France, pour 20,35 milliards d’euros.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
