Madagascar : les dirigeants du régime de la Refondation ont rejeté les demandes de la SADC

DAKAR, 1er juillet 2026 (JVFE)—Les dirigeants du régime de la Refondation à Madagascar ont rejeté les demandes de la SADC concernant la libération des détenus politiques et le retour des exilés. Au lendemain du sommet extraordinaire de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) tenu le 29 juin 2026, les tenants du pouvoir à Antananarivo ont opposé une fin de non-recevoir sur le volet judiciaire.

Il fallait s’attendre à cette riposte des autorités malgaches après les recommandations formulées par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) à l’issue de son sommet extraordinaire de lundi. L’organisation régionale a abordé les sujets les plus sensibles de la crise politique malgache. Visiblement, les demandes de libération des détenus politiques et de retour des exilés politiques, après la chute du régime d’Andry Rajoelina à la suite des manifestations populaires de septembre 2025 ayant conduit le colonel Michaël Randrianirina au pouvoir, ne seront pas suivies.

Le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, qui a lui-même participé au sommet extraordinaire de la SADC, a réagi à son retour d’un déplacement de quelques jours à Morondava. Il a voulu apporter des « précisions » sur la question des exilés politiques. Selon lui, les personnes concernées n’ont jamais été forcées de quitter Madagascar. « Ils ont fui d’eux-mêmes », a-t-il déclaré, estimant qu’elles avaient « des choses à se reprocher ». Il a ajouté qu’elles pouvaient rentrer librement au pays, tout en rappelant que les poursuites contre les personnes soupçonnées de détournement de fonds publics ou de pillage des richesses nationales se poursuivraient.

Le colonel Michaël Randrianirina a également affirmé que la concertation nationale sera ouverte à toutes les sensibilités politiques malgaches, conformément à la recommandation de la SADC. Il a toutefois précisé qu’elle sera réservée aux personnes reconnues comme Malgaches. Cette déclaration est largement interprétée comme une allusion à l’ancien président Andry Rajoelina, dont la nationalité malgache est contestée par les autorités actuelles.

Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a lui aussi rejeté les recommandations de la SADC. Interrogé en marge des ateliers d’évaluation de Madagascar sur la lutte contre la corruption au Novotel Alarobia, il a affirmé qu’« il n’y a pas de détenu politique à Madagascar ». Selon lui, les personnes actuellement en détention sont poursuivies pour avoir enfreint la loi et non pour leurs opinions politiques. Il a aussi assuré que la justice malgache est indépendante et que le gouvernement n’intervient pas dans les procédures judiciaires.

Le ministère des Affaires étrangères a ensuite publié un communiqué pour donner sa version des conclusions du sommet. Selon la diplomatie malgache, les différentes missions d’évaluation de la SADC ont conclu que les personnes détenues sont poursuivies pour des infractions de droit commun et non pour des motifs politiques. La riposte s’est également poursuivie sur le terrain politique. Le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, a relayé sur les réseaux sociaux le discours officiel, en rejetant lui aussi l’existence de détenus politiques à Madagascar.

Pourtant, la notion de prisonnier politique est clairement définie par les organisations internationales de défense des droits humains. Elle ne concerne pas uniquement les personnes emprisonnées pour leurs opinions. Elle inclut aussi les prisonniers d’opinion, les opposants arrêtés à cause de leur engagement politique ou de leur participation à des manifestations, ainsi que les victimes d’arrestations arbitraires. Dans ce dernier cas, des infractions de droit commun sont utilisées pour justifier l’incarcération d’une personnalité jugée gênante pour le pouvoir. C’est cette situation qui est régulièrement évoquée dans plusieurs affaires concernant des responsables de l’opposition à Madagascar.

Face à ces questions sensibles, qui risquent d’alimenter encore le débat politique, certains partisans de la Transition réclament le retrait de Madagascar de la SADC. Une telle option paraît toutefois difficile à mettre en œuvre. L’ancien président Marc Ravalomanana a rappelé que Madagascar ne pouvait pas se passer de la communauté internationale. Selon lui, le pays a besoin de ses partenaires régionaux et internationaux pour soutenir son développement économique et préserver sa crédibilité diplomatique. Une position qui montre que, malgré les désaccords actuels avec la SADC, Madagascar reste étroitement lié à ses partenaires régionaux et internationaux.

Les arguments du pouvoir de transition

Le gouvernement malgache justifie son refus à travers plusieurs arguments clés :

Le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, conteste le terme d’« exilés politiques ». Selon lui, les personnes visées sont poursuivies pour vol et détournement de deniers publics.

Les autorités affirment qu’aucune chasse aux sorcières ou persécution politique n’est menée dans la Grande Île.

Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison soutient qu’il n’existe aucun prisonnier politique à Madagascar et que la justice suit son cours de manière indépendante.

Le pouvoir affirme n’empêcher personne de rentrer au pays, mais prévient que les personnes poursuivies devront répondre de leurs actes devant les tribunaux.

Les exigences de la SADC

La fermeté d’Antananarivo fait suite aux conclusions strictes de la SADC qui réclame :

La libération immédiate des prisonniers politiques.

L’arrêt des arrestations arbitraires ciblant l’opposition et les membres de la Génération Z.

Le retour sécurisé de tous les exilés politiques sur le territoire national.

Bien que le régime rejette fermement ces injonctions judiciaires, les dirigeants de la Refondation se montrent plus conciliants sur le volet électoral en donnant des gages de bonne volonté concernant le respect du calendrier de transition.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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