Croissance : Madagascar en décalage avec les prévisions internationales

Dakar ,14 juin 2025 (JVFE) -La Banque mondiale (BM) a revu à son tour en baisse ses prévisions de croissance économique pour l’année en cours, sur fond de tensions commerciales persistantes, et alerte sur le fait que les années 2020 pourraient connaître la croissance la plus faible depuis 60 ans.
La croissance à Madagascar se redressera en 2021-23, mais à un rythme progressif et continuera de se heurter à des contraintes sous-jacentes.

Alors que la crise continue d’assombrir les perspectives économiques nationales et mondiales, la croissance devrait rester modérée à Madagascar en 2021, aux alentours de 2 %, avant de rebondir à 5,8 % en 2022. Cependant, la crise risque d’exacerber les contraintes structurelles qui limitaient déjà la croissance auparavant.

Le taux de pauvreté devrait reprendre sa tendance à la baisse à moyen terme, mais les populations vulnérables restent très sensibles aux chocs.

Le taux de pauvreté devrait retrouver une tendance à la baisse à partir de 2022 grâce à une reprise économique progressive. À moyen terme, le rythme de la réduction de la pauvreté dépendra en grande partie de la capacité du pays à améliorer la productivité agricole, à faciliter la création d’emplois formels dans le secteur non agricole et à accroître la résilience aux chocs climatiques et économiques.

Selon son rapport sur les perspectives économiques mondiales publié mardi, la croissance mondiale devrait atteindre 2,3% cette année, soit une baisse de 0,4 point de pourcentage (pp) par rapport à ce que l’institution anticipait en début d’année.

Cette tendance s’inscrit dans le sens des perspectives publiées ces derniers mois par le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), confirmant le ralentissement en cours de l’économie mondiale.

“Il y a tout juste six mois, un atterrissage en douceur paraissait en vue (…). Désormais, il semble que nous courons vers de nouvelles turbulences. Sans correction de la trajectoire, les conséquences sur les conditions de vie pourraient être profondes”, a alerté le chef économiste de la BM, Indermit Gill, lors d’une conférence de presse en ligne.

En cause, les effets de la hausse des droits de douane aux Etats-Unis voulus par Donald Trump et la guerre commerciale qu’elle a entraînée entre Washington et Pékin, avec à la clé un ralentissement du commerce mondial.

Alors que l’État malgache tablait sur une croissance de 5 % pour 2025, les Perspectives économiques mondiales publiées en juin par la Banque mondiale viennent contredire ces projections. Selon ce rapport, la croissance de Madagascar devrait s’établir à seulement 3,7 % cette année, en recul par rapport aux 4,2 % enregistrés en 2024. Ce décalage interpelle, au moment où la région Afrique subsaharienne montre des signes de reprise modérée.

En effet, au niveau régional, la croissance s’accélère légèrement : l’Afrique subsaharienne est attendue à 3,7 % en 2025, après une progression à 3,5 % en 2024. Cette dynamique, portée par la reprise des exportations de matières premières et un assouplissement progressif des politiques monétaires, ne semble pas profiter de manière équivalente à tous les pays. Madagascar, dont la croissance était légèrement au-dessus de la moyenne régionale l’an dernier, rejoint désormais le rythme général sans parvenir à s’en démarquer.

La tendance générale reste fragile. Le rapport souligne que la croissance régionale demeure en deçà de la moyenne historique, et insuffisante pour permettre des avancées significatives contre l’extrême pauvreté. À cela s’ajoutent des perspectives assombries par la conjoncture mondiale, la hausse des prix alimentaires liée aux aléas climatiques, et le poids de l’endettement public. L’environnement mondial, marqué par la persistance des tensions commerciales et l’incertitude sur les politiques publiques, continue de freiner les performances économiques des pays en développement.

Dans ce contexte, l’écart entre les projections nationales et les estimations internationales souligne la nécessité pour Madagascar d’ajuster ses attentes. La prudence semble de mise à l’heure où les marges de manœuvre économiques restent limitées et où les défis structurels persistent.

« En l’absence de réformes ambitieuses, cette crise risque d’exacerber le déficit de capital humain, la forte prévalence de l’informalité et de l’agriculture de subsistance, l’insuffisance et le mauvais entretien des infrastructures, ainsi que les faiblesses en matière de gouvernance », rappelle Marie-Chantal Uwanyiligira, directrice des opérations de la Banque mondiale pour Madagascar. « Un nouvel élan de réforme est essentiel pour reconstruire mieux et plus fort après la crise ».

Une stratégie de relance forte et durable devra s’appuyer sur des réformes ambitieuses visant à stimuler l’accès au marché, à accélérer la numérisation de l’économie, à renforcer la qualité des investissements publics dans les infrastructures et le capital humain, et à renforcer la productivité agricole et la sécurité alimentaire. La mobilisation de ressources intérieures supplémentaires est devenue essentielle pour soutenir ces priorités, ce qui nécessite des réformes fiscales d’envergure, notamment la suppression des exonérations fiscales inefficaces et l’optimisation de la fiscalité minière.

Le FMI parvient à un accord au niveau technique lors de la deuxième revue de la Facilité Élargie de Crédit et de la Facilité pour la Résilience et la Durabilité.

  • es services du FMI sont parvenus à un accord au niveau technique avec le gouvernement Malagasy lors de la deuxième revue de la Facilité Elargie de Crédit (FEC) et de la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD) du pays.
  • L’adoption et la mise en œuvre sans délai d’un plan de redressement de la JIRAMA, la société de services publics, permettront d’améliorer la fourniture d’électricité et d’eau, de réduire les coûts de production et de limiter les besoins en transferts du gouvernement.
  • Dans un contexte d’incertitude mondiale croissante, il devient impératif de mettre en place des plans de contingence, lesquels permettront de préserver la crédibilité budgétaire, d’une part et de laisser le taux de change jouer son rôle d’amortisseur pour la viabilité extérieure, d’autre part.
  • Une équipe du Fonds Monétaire International (FMI), dirigée par Constant Lonkeng, s’est rendue à Antananarivo du 2 au 14 avril 2025 pour mener la deuxième revue du programme économique de Madagascar dans le cadre des accords de la Facilité Elargie de Crédit (FEC) et de la Facilité de Résilience et de Durabilité (FRD), approuvés par le Conseil d’Administration du FMI en juin 2024.
  • À l’issue de la mission, M. Lonkeng a effectué la déclaration suivante :
  • « Les services du FMI et les autorités Malagasy sont parvenus à un accord au niveau technique sur les politiques à mettre en œuvre pour conclure les deuxièmes revues des programmes de la FEC et de la FRD de Madagascar prévues pour une durée de trois ans. Suite à la mise en œuvre de certaines prérequis spécifiques et de l’approbation du Conseil d’Administration du FMI, Madagascar bénéficiera d’un décaissement de 36,66 millions de DTS (environ 51 millions de dollars américains) dans le cadre de la FEC et de 40,73 millions de DTS (environ 57 millions de dollars américains) dans le cadre de la FRD. »
  • « Les performances se sont progressivement améliorées au cours du premier semestre du programme – tous les objectifs quantitatifs de fin décembre 2024 ont été atteints, sauf un seul. Le déficit budgétaire a été moins élevé que prévu en raison de la limitation des dépenses, et la collecte des impôts a été conforme aux attentes, une performance qui s’est prolongée
  • jusqu’en 2025. Les autorités ont réitéré leur engagement en faveur de la mobilisation des recettes intérieures et de la priorisation des dépenses. Les autorités font progresser leur programme de réformes dans le cadre de la FEC et de la FRD, avec des avancées initiales dans la gestion des finances publiques, la gestion des risques de catastrophe et les mécanismes de stockage de carbone.
  • Dans un contexte d’incertitude mondiale croissante, il devient impératif de mettre en place des plans de contingence, lesquels permettront de préserver la crédibilité budgétaire, d’une part et de laisser le taux de change jouer son rôle d’amortisseur pour la viabilité extérieure, d’autre part. La Banque Centrale devrait surveiller de près les effets indirects des chocs récents et se tenir prête à relever ses taux directeurs pour maintenir l’inflation sur une trajectoire descendante.
  • « La mission a pris note de l’élaboration en cours du plan de redressement de la JIRAMA et des discussions y afférentes au sein du gouvernement. L’adoption et la mise en œuvre sans délai du plan, une fois finalisé, permettront d’améliorer l’approvisionnement en électricité et en eau, de réduire les coûts de production et de limiter les prélèvements sur le budget de l’État. La poursuite de l’application du mécanisme d’ajustement automatique des prix de carburants permettra de libérer de l’espace budgétaire pour répondre aux importants besoins de développement de Madagascar. Dans ce contexte, l’équipe du FMI est encouragée par le déploiement de kits solaires en milieu rural. Cette mesure, ainsi que d’autres mesures compensatoires bien ciblées – par exemple, l’utilisation du registre social unique – permettront d’atténuer l’impact des hausses de prix du pétrole lampant sur les personnes vulnérables lors de la mise en œuvre du mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants.
  • « La mission s’est félicitée de l’adoption récente d’une Stratégie Nationale de Lutte contre la Corruption et a encouragé les autorités à agir rapidement dans sa mise en œuvre pour renforcer la redevabilité. La transparence dans la gestion des finances publiques, y compris le processus de transfert des ressources nationales vers le Fonds Souverain Malagasy et leur utilisation, garantira l’ efficacité et la redevabilité, ce qui est d’autant plus important en raison de la constante diminution de l’aide publique au développement, dont Madagascar est fortement tributaire. En outre, l’élaboration d’un plan d’action national pour la mise en œuvre des principales recommandations du diagnostic de gouvernance du FMI – qui est en cours de finalisation – devrait renforcer la lutte de Madagascar contre la corruption et améliorer la gouvernance et l’État de droit, conformément à la politique générale de l’État.
  • « L’équipe a rencontré son Excellence le Président Andry Rajoelina, le Premier Ministre Christian Ntsay, la Ministre de l’Economie et des Finances Rindra Rabarinirinarison, le Ministre de l’Energie Olivier Jean-Baptiste, le Ministre des Mines Olivier Rakotomalala, le Ministre de l’Environnement et du Développement Durable Max Fontaine, le Ministre de l’Agriculture et de l’Elevage François Hajarison, la Ministre de la Population et de la Solidarité Aurelie Razafinjato, la Ministre du Tourisme Viviane Dewa, le Gouverneur de la Banque Centrale Aivo Andrianarivelo, d’autres hauts fonctionnaires du gouvernement, la Société Civile, les étudiants universitaires, la communauté des bailleurs, l’Association Professionnelle des Banques, la Chambre de Commerce d’Antananarivo, le Groupement des Entreprises de Madagascar et d’autres représentants du secteur privé.
  • « L’équipe du FMI tient à remercier les autorités Malagasy et les différentes parties prenantes pour leur coopération et leurs discussions franches au cours de la mission. »

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