FOCUS ” Les Grands Dossiers de la Géopolitique Mondiale “ Le sommet de l’OCS de Bichkek 2026 : une stratégie à géométrie variable pour la coopération en matière de terrorisme, de stupéfiants, de commerce et de connectivité

DAKAR, 08 Septembre 2026 (JVFE)—Le sommet de l’OCS de Bichkek 2026 a projeté une image d’unité au sein d’une région eurasienne de plus en plus divisée.

Les dirigeants se sont réunis au palais des congrès Yrys-Ordo de Bichkek, au Kirghizistan, le 1er septembre 2026.

Cette réunion a également marqué le 25e anniversaire de l’Organisation de coopération de Shanghai.

Le président kirghize Sadyr Japarov a présidé la 26e réunion du Conseil des chefs d’État de l’OCS.

Le Kirghizistan a choisi pour thème : « 25 ans d’OCS : Ensemble pour une paix, un développement et une prospérité durables ».

Le sommet de l’OCS de Bichkek 2026 a adopté 28 documents et renforcé la coopération en matière de terrorisme, de stupéfiants, de commerce et de connectivité. Cependant, la volonté de la Chine d’affirmer son leadership eurasien, les efforts de la Russie pour préserver son influence, les préoccupations de l’Inde concernant sa souveraineté et les différends sécuritaires liés au Pakistan continuent de limiter l’efficacité de l’organisation.

Ce constat met en lumière la dualité permanente de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Derrière l’affichage d’une unité diplomatique et l’adoption de nombreux accords techniques, l’organisation reste structurellement bridée par les rivalités géopolitiques internes de ses principaux membres.

Le sommet 2026 de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui s’est tenu à Bichkek (Kirghizistan) sous la direction des chefs d’État clés comme Xi Jinping, Vladimir Poutine et Narendra Modi, a abouti à la signature de la Déclaration de Bichkek et de 28 documents stratégiques. Ce sommet marque les 25 ans de l’organisation dans un contexte d’affirmation d’un ordre mondial ouvertement multipolaire.

L’approche à « géométrie variable » de ce sommet se traduit par une flexibilité géopolitique où, malgré des frictions bilatérales internes (notamment entre l’Inde et la Chine), les États membres s’accordent sur un agenda sectoriel fort :

Lutte contre le terrorisme et les stupéfiants

  • Consolidation sécuritaire : Fidèle à son mandat historique axé sur les « trois fléaux » (terrorisme, séparatisme, extrémisme), l’OCS a réaffirmé sa structure d’action commune et l’échange de renseignements.
  • Sécurité frontalière : Les discussions ont ciblé le renforcement des contrôles face aux réseaux transnationaux de narcotrafic transitant par l’Asie centrale.

Commerce, investissements et connectivité

  • Intégration économique : Les dirigeants ont validé de nouveaux mécanismes pour faciliter les investissements mutuels, l’accès aux technologies et la résilience énergétique.
  • Réseaux de transport : Le sommet a insisté sur l’accélération des infrastructures de transport et des corridors logistiques pour fluidifier les échanges à travers l’Eurasie. [

Un front multipolaire et géopolitique

  • Contrepoids à l’Occident : Au-delà des textes commerciaux, le sommet a servi de tribune politique majeure pour projeter l’image d’un bloc uni face à l’agenda occidental.
  • Déclarations internationales : Les membres ont fermement condamné la crise humanitaire à Gaza. Ils ont également fustigé les agressions militaires contre les infrastructures nucléaires civiles.

 L’impact de la rivalité sino-indienne sur la connectivité

La rivalité entre Pékin et New Delhi paralyse l’émergence d’un réseau d’infrastructures unifié au sein de l’OCS, transformant la connectivité en un terrain d’affrontement géopolitique.

  • Le blocage indien face aux Nouvelles Routes de la Soie (BRI) : L’Inde refuse systématiquement de soutenir l’initiative chinoise de la BRI dans les déclarations de l’OCS. New Delhi conteste vigoureusement le Couloir économique sino-pakistanais (CPEC), un projet phare de la BRI qui traverse le Gilgit-Baltistan (Cachemire administré par le Pakistan), un territoire que l’Inde revendique comme faisant partie intégrante de sa souveraineté.
  • Contre-projets et corridors alternatifs : Pour contourner l’hégémonie commerciale chinoise, l’Inde investit dans ses propres voies d’accès vers l’Asie centrale et l’Europe, notamment via le Corridor de transport international Nord-Sud (INSTC) passant par l’Iran (port de Tchabahar) et la Russie. Elle pousse également pour le corridor IMEC (Inde-Moyen-Orient-Europe).
  • Guerre d’influence en Asie centrale : Alors que la Chine finance massivement des lignes ferroviaires stratégiques directes (comme le projet de chemin de fer Chine-Kirghizistan-Ouzbékistan), l’Inde tente de proposer des lignes de crédit et des partenariats de connectivité numérique et logistique concurrents, fragmentant l’intégration économique de la région.

Le positionnement du Pakistan et de la Russie face à Pékin en Asie centrale

Face à l’omniprésence économique de la Chine en Asie centrale, Moscou et Islamabad adoptent des postures dictées par des impératifs stratégiques divergents.

       [ CHINE (Pékin) ]

       /               \

      /                 \  Dépendance financière & axe anti-Inde

     /                   \

[ RUSSIE (Moscou) ]     [ PAKISTAN (Islamabad) ]

(Partenaire stratégique /   (Allié indéfectible, base arrière

 Concédant l’économie)       du CPEC et contrepoids à Delhi)

  • Le Pakistan, l’allié indéfectible et la porte d’accès : Pour Islamabad, l’influence croissante de la Chine est une opportunité existentielle. Le Pakistan sert de pivot pour projeter la puissance chinoise vers la mer d’Arabie. Au sein de l’OCS, le Pakistan aligne sa politique sur celle de Pékin pour faire contrepoids à l’Inde, tout en cherchant à capter des flux commerciaux d’Asie centrale vers ses propres ports (Gwadar).
  • La Russie, entre condominium et déclin d’influence : Traditionnellement, l’Asie centrale est l’arrière-cour sécuritaire de la Russie (via l’OTSC). Contrainte par son isolement international, Moscou a dû accepter un partage des rôles avec Pékin : à la Chine la domination économique et les investissements de connectivité, à la Russie le rôle de garant de la sécurité régionale. Cependant, la Russie s’efforce de préserver ses propres structures (comme l’Union économique eurasiatique) pour éviter d’être totalement marginalisée par le poids financier de la Chine.

 Contenu spécifique des 28 documents adoptés au Sommet de Bichkek 2026

Le sommet de Bichkek 2026, marquant le 25e anniversaire de l’organisation sous la présidence kirghize, a abouti à la signature de 28 documents officiels. Ils se concentrent sur trois piliers majeurs :

🛡️ Sécurité et Lutte contre le Terrorisme

  • La Déclaration de Bichkek : Document politique principal réaffirmant l’engagement des États à lutter contre les “trois fléaux” (terrorisme, séparatisme, extrémisme) tout en condamnant les “doubles standards” internationaux.
  • Création du Centre universel de lutte contre les menaces de sécurité : Unification et mise à niveau des structures pour faire face aux cybermenaces transnationales, au financement du terrorisme et à la criminalité organisée.
  • Executive Committee de l’Anti-Drug Center de l’OCS : Approbation de nouveaux règlements et programmes de lutte ciblée contre le trafic de stupéfiants et l’expansion des drogues de synthèse.
  • Plan d’interaction sur la sécurité de l’information : Protocole renforcé sur la cybersécurité et la souveraineté numérique des États membres.

💼 Commerce, Économie et Souveraineté Financière

  • Feuille de route pour l’usage des monnaies nationales : Plan d’action visant à accroître progressivement la part des monnaies locales (Ruan, Rouble, Roupie, etc.) dans les règlements mutuels pour contourner le dollar et limiter l’impact des sanctions unilatérales.
  • Stratégie de développement économique à l’horizon 2030 : Adoption du plan d’action d’intégration industrielle, énergétique et commerciale.
  • Forum de coopération interrégionale de l’OCS : Un nouveau mécanisme proposé par la Russie destiné à compléter le Conseil d’affaires et le Consortium interbancaire existants.

🚀 Connectivité, Environnement et Culture

  • Plan d’action logistique et portuaire 2026-2030 : Accord technique pour la modernisation des corridors de transport, la numérisation des douanes et la création de centres logistiques efficaces.
  • Accord de coopération environnementale : Protocoles d’entente sur la gestion des déchets, la protection des zones éco-touristiques et la sécurité de l’accès à l’eau potable.
  • Ouverture internationale : Signature d’un protocole d’entente officiel entre le secrétariat de l’OCS et la Commission de l’Union africaine.
  • Réforme linguistique : Amendement de la charte intégrant l’anglais comme langue officielle de travail (historiquement restreinte au russe et au chinois).

La stratégie d’augmentation de la part des monnaies nationales dans les règlements mutuels au sein de l’OCS, réaffirmée et accélérée lors du Sommet de Bichkek 2026, répond à une volonté claire de dédollarisation. Ce plan, géré en continu par un Groupe d’experts dédié sous l’égide de l’organisation, repose sur plusieurs piliers techniques et politiques indispensables pour contourner le système financier occidental.

Les axes clés de la feuille de route monétaire

1. L’architecture des paiements interbancaires directs

La stratégie vise à éliminer le dollar américain et l’euro comme monnaies de transit pour le commerce de marchandises.

  • Connexion des systèmes de messagerie : L’accent est mis sur l’interconnexion directe des alternatives régionales au réseau SWIFT, principalement le CIPS chinois et le SPFS russe.
  • Comptes correspondants : Les banques commerciales des pays membres sont incitées à ouvrir des comptes miroirs directement en yuans, roubles, roupies ou tenges afin de liquider les transactions transfrontalières sans intermédiaire occidental.

 2. La fixation des prix des matières premières en monnaies locales

Historiquement, le commerce intra-OCS reste dominé par les hydrocarbures et l’énergie, des secteurs traditionnellement libellés en dollars.

  • Contrats énergétiques convertis : La stratégie s’appuie sur des précédents majeurs (comme la bascule de géants tels que Gazprom sur un modèle 50 % roubles / 50 % yuans pour ses livraisons vers la Chine) pour généraliser cette pratique aux autres membres volontaires, notamment l’Iran et le Pakistan. [

 3. Les institutions financières d’appui : Banque de l’OCS et Consortium Interbancaire

L’un des plus grands défis de l’utilisation des monnaies locales est l’asymétrie des balances commerciales (les pays d’Asie centrale ou la Russie accumulant parfois des monnaies qu’ils peinent à réinvestir).

  • Le projet de Banque de développement de l’OCS : Bien que non encore pleinement opérationnelle au niveau multilatéral global, les discussions à Bichkek ont avancé sur sa structure. L’objectif poussé par Pékin et Moscou est de libeller une part significative de ses futurs financements d’infrastructures directement en monnaies nationales.
  • Le Consortium Interbancaire de l’OCS : Ce mécanisme sert de plateforme de liquidité pour fournir des lignes de swap de devises entre les banques centrales. Ces accords de swap permettent à un pays d’obtenir la monnaie de son partenaire commercial en cas de pénurie de liquidités.

Une stratégie à géométrie variable (“États membres intéressés”)

Le texte officiel de l’OCS mentionne spécifiquement que cette feuille de route engage les “États membres intéressés”. Cette nuance sémantique masque une fracture profonde dans l’application de la stratégie :

PositionnementPays moteurs / AlignésMotivation principale
Poussée maximale🇷🇺 Russie, 🇨🇳 Chine, 🇮🇷 IranContourner les sanctions occidentales et immuniser leurs économies contre le gel d’avoirs.
Pragmatisme économique🇰🇿 Kazakhstan, 🇰🇬 Kirghizistan, 🇺🇿 Ouzbékistan, 🇵🇰 PakistanSécuriser les importations d’énergie et les investissements industriels sans rompre totalement avec le système dollar.
Réticence / Prudence🇮🇳 IndeRefus de l’hégémonie du Yuan. New Delhi promeut l’usage de la Roupie pour ses échanges bilatéraux (notamment avec Moscou) mais refuse de participer à un bloc monétaire de l’OCS qui consacrerait la monnaie chinoise comme pivot régional.

Les accords de swap de devises (ou lignes de swap) conclus entre les banques centrales de la région eurasienne (notamment sous l’impulsion de la Chine et de la Russie) fonctionnent comme un mécanisme d’échange direct et temporaire de monnaies nationales.

Dans le contexte de l’OCS, ils servent de filet de sécurité de liquidité et de canal de contournement du dollar américain pour le commerce bilatéral.

Le fonctionnement technique en 3 étapes

Le mécanisme repose sur un contrat bilatéral ex-ante entre deux institutions (par exemple, la Banque populaire de Chine – PBOC et la Banque centrale de la République de l’Ouzbékistan), sans passer par les marchés internationaux des changes.

[ ÉTAPE 1 : L’ÉCHANGE INITIAL ]

Banque Centrale A (Pékin)   ========== Yuans (RMB) ==========>   Banque Centrale B (Tachkent)

Banque Centrale A (Pékin)   <========= Soums / Collatéral =====   Banque Centrale B (Tachkent)

[ ÉTAPE 2 : L’INJECTION LOCALE ]

Banque Centrale B (Tachkent) ========== Crédits en Yuans ======>   Banques commerciales & Importateurs ouzbeks

[ ÉTAPE 3 : LE DÉNOUEMENT ]

Banque Centrale A (Pékin)   <========= Récupère ses Yuans =====   Banque Centrale B (Tachkent) + Intérêts

Banque Centrale A (Pékin)   ========== Rend les Soums ========>   Banque Centrale B (Tachkent)

1. L’activation et l’échange initial au comptant

Lorsque la banque centrale d’un pays émergent de la région fait face à une forte demande de devises pour payer ses importations, elle active la ligne de swap. La banque émettrice (souvent la Chine) fournit un montant prédéterminé de sa propre monnaie (le Yuan). En contrepartie, la banque centrale demandeuse dépose l’équivalent en sa monnaie nationale au taux de change du jour. Cette monnaie locale sert de collatéral (garantie).

2. L’injection de liquidité sur le marché intérieur

La banque centrale locale (qui vient de recevoir les Yuans) prête ensuite ces liquidités aux banques commerciales de son pays. Ces dernières s’en servent pour financer les importateurs locaux.

  • Exemple concret : Une entreprise ouzbèke achetant des machines à Pékin peut emprunter directement des Yuans auprès de sa banque à Tachkent pour régler son fournisseur chinois, sans avoir à acheter de dollars américains.

3. Le dénouement à terme et le paiement des intérêts

À la date d’échéance convenue (de quelques semaines à plusieurs mois), l’opération s’inverse. La banque centrale locale restitue les Yuans à la banque émettrice et récupère son dépôt en monnaie nationale. Elle paie un taux d’intérêt fixé dès le premier jour sur le montant des devises étrangères utilisées.

Les objectifs stratégiques dans la région OCS

L’utilisation de ces swaps en Asie centrale et en Eurasie dépasse le simple cadre de l’aide financière d’urgence. Elle répond à trois objectifs :

  • L’immunité face aux sanctions et au réseau SWIFT : Pour la Russie, l’Iran, et potentiellement leurs partenaires directs, disposer de ces lignes de swap permet de maintenir le commerce bilatéral fluide même si un pays est déconnecté des infrastructures bancaires occidentales.
  • L’internationalisation accélérée du Yuan (RMB) : La Banque populaire de Chine utilise massivement ce dispositif. En inondant les banques centrales d’Asie centrale et d’Asie du Sud (comme le Pakistan ou l’Indonésie) de liquidités en RMB, elle crée une habitude commerciale et ancre le Yuan comme monnaie de réserve régionale de fait.
  • La réduction du risque de change : Pour les économies d’Asie centrale, cela évite de devoir puiser dans leurs réserves de change en dollars pour financer les échanges régionaux, stabilisant ainsi leurs propres devises face aux chocs extérieurs.

Principales conclusions

  • Premièrement, le sommet a adopté 28 documents portant sur la sécurité, la réforme institutionnelle et la coopération internationale.
  • Par ailleurs, les dirigeants ont approuvé les cadres de référence pour un centre de sécurité universel et un centre antidrogue.
  • Parallèlement, le Premier ministre Narendra Modi a exigé des mesures contre l’ensemble de l’écosystème terroriste.
  • Toutefois, l’Inde a de nouveau insisté sur le fait que la connectivité devait respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale.
  • Par ailleurs, la Chine a profité du sommet pour promouvoir la connectivité et un ordre multipolaire influencé par la Chine.
  • La Russie, quant à elle, a utilisé l’OCS pour préserver son importance stratégique à travers l’Eurasie.
  • Néanmoins, la Chine et la Russie continuent de se disputer discrètement l’influence en Asie centrale.
  • De même, l’hostilité entre l’Inde et le Pakistan et les différends entre l’Inde et la Chine limitent une coopération plus poussée.
  • Par la suite, le Pakistan a assumé la présidence de l’organisation pour la période 2026-2027.
  • Par conséquent, le prochain cycle de sommets doit transformer les déclarations en résultats mesurables.

Tableau de bord des données du Sommet de l’OCS de Bichkek 2026

IndicateurRésultat vérifiéImportance stratégique
Réunion formelle26e Conseil des chefs d’État de l’OCSle plus haut forum politique de l’organisation
Date1er septembre 2026Conclusion de la présidence du Kirghizistan
LieuPalais des congrès Yrys-Ordo, Bichkekcontexte diplomatique de l’Asie centrale
États membres10Portée plus large, mais consensus plus difficile à obtenir
Documents approuvés28Programme institutionnel général
Document principalDéclaration de BichkekPosition politique commune
Décision relative à la CharteAmendements et ajouts approuvésRéforme institutionnelle
Initiative de sécuritéCentre universel de lutte contre les défis et les menacesPlateforme opérationnelle proposée
Initiative sur les stupéfiantsCentre antidrogue de l’OCSMécanisme régional de lutte contre la traite des personnes
Président entrantPakistanIslamabad façonnera l’agenda 2026-2027
Thème de la présidenceConnectivité, innovation et prospérité partagéeMettre l’accent sur une mise en œuvre économique concrète
capitale culturelleLahorediplomatie culturelle et publique
Format externeRéunion SCO Plusrayonnement international élargi

Source : Secrétariat de l’Organisation de coopération de Shanghai

Qu’est-ce que l’Organisation de coopération de Shanghai ?

L’OCS regroupe le Bélarus, la Chine, l’Inde, l’Iran, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Pakistan, la Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. De ce fait, l’organisation couvre une grande partie de l’Eurasie continentale.

De plus, elle relie d’importants producteurs d’énergie, des États dotés de l’arme nucléaire, de vastes marchés de consommation et des corridors de transport stratégiques. Son influence politique dépasse donc largement le cadre de l’Asie centrale.

Cependant, l’OCS n’est pas une alliance de défense collective comme l’OTAN. Elle ne fonctionne pas non plus comme une union économique intégrée.

Les membres coopèrent plutôt par consensus, consultation politique et mécanismes spécialisés. Si cette approche offre une certaine flexibilité aux gouvernements, elle en affaiblit également l’application.

Par exemple, les États peuvent accepter des déclarations générales sans pour autant contracter d’obligations nationales contraignantes. De ce fait, l’OCS possède un poids géopolitique mais une autorité supranationale limitée.

En définitive, son importance découle des pays qui siègent autour de la table. Sa crédibilité, cependant, dépend de ce que ces pays accomplissent ensemble.

Calendrier d’adhésion et de développement de SCO

AnnéeDéveloppementImportance
1996Le processus des Cinq de Shanghai a débutéÉtabli un dialogue régional sur la sécurité
2001SCO a été officiellement crééeCoopération élargie au-delà de la sécurité des frontières
2017L’Inde et le Pakistan sont devenus membres à part entière.L’OCS a été étendue à l’Asie du Sud.
2023L’Iran est devenu membre à part entièreAjout d’une grande puissance du Moyen-Orient occidental
2024La Biélorussie est devenue membre à part entièreA étendu la portée européenne de l’organisation
2025Le sommet de Tianjin a adopté la stratégie de développement de l’OCS pour 2026-2035.Élaboration d’une feuille de route sur dix ans
2026Le sommet de Bichkek a approuvé 28 documentsLa phase de mise en œuvre de la stratégie a débuté.

Par conséquent, le sommet de Bichkek doit être évalué au regard de la stratégie de développement adoptée en 2025. À titre de comparaison, les lecteurs peuvent consulter l’article d’ABC Live intitulé « Résultats du sommet de l’OCS 2025 pour l’Inde, la Chine et la Russie » .

Qu’a approuvé le sommet de Bichkek ?

Les 28 documents approuvés portaient sur la coopération politique, sécuritaire, institutionnelle et humanitaire.

Plus important encore, les dirigeants ont adopté la Déclaration de Bichkek. Ils ont également approuvé des amendements à la Charte de l’OCS et une déclaration relative à l’assistance aux États touchés par des situations d’urgence.

Le sommet a également approuvé les dispositions relatives au Centre universel de lutte contre les défis et les menaces. De même, il a fait progresser la mise en place du Comité exécutif du Centre antidrogue de l’OCS.

Par ailleurs, l’OCS a convenu d’approfondir sa coopération avec d’autres organisations internationales. Le compte rendu officiel a mis en avant une feuille de route OCS-OTSC-CEI, l’engagement auprès de la Commission économique eurasienne et la coopération avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement.

Un mémorandum entre le Secrétariat de l’OCS et la Commission de l’Union africaine a également été approuvé. Par conséquent, l’OCS a continué d’étendre son influence diplomatique au-delà de l’Eurasie.

Toutefois, l’expansion institutionnelle engendre un risque de duplication. Par conséquent, chaque nouvel organisme doit disposer d’un mandat, d’un budget et d’un système de rapports clairement définis.

La formule de l’Inde pour la sécurité, la connectivité et les opportunités

Le Premier ministre Narendra Modi a structuré la stratégie indienne autour de trois piliers : la sécurité, la connectivité et les opportunités.

Selon la déclaration complète du Premier ministre à l’issue du sommet , l’OCS doit maintenant passer de la vision aux résultats concrets.

Il est important de noter que l’Inde n’a pas rejeté la coopération régionale. Elle a au contraire exigé une coopération fondée sur la sécurité, la souveraineté et l’intérêt public.

La formule combinait donc un programme positif avec des lignes rouges indiennes clairement définies.

Sécurité : L’Inde exige des mesures contre l’écosystème terroriste

L’intervention la plus ferme de l’Inde concernait le terrorisme. Plus précisément, le Premier ministre Modi a appelé à des mesures contre le financement, le recrutement, la radicalisation et les sanctuaires terroristes.

Par ailleurs, il a mis en garde contre toute instrumentalisation du terrorisme au service de la politique d’État. L’Inde a également rejeté le deux poids deux mesures dans la lutte contre les organisations violentes.

Concrètement, un membre ne devrait pas condamner une organisation terroriste tandis qu’un autre la protège à des fins stratégiques. La position de l’Inde répondait donc directement au problème de crédibilité de l’OCS.

Bien que l’organisation considère le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme comme des menaces communes, ses membres ne s’accordent pas toujours sur des définitions communes. Par ailleurs, les tensions bilatérales entravent le partage de renseignements et de preuves.

L’Inde et le Pakistan, par exemple, ont des positions très différentes sur le terrorisme transfrontalier. Par conséquent, une déclaration issue d’un sommet ne peut à elle seule démanteler les réseaux violents.

Les gouvernements doivent donc perturber les circuits financiers, partager les preuves et poursuivre en justice ceux qui apportent un soutien logistique. Par conséquent, l’OCS devrait lier ses engagements en matière de lutte contre le terrorisme à des indicateurs mesurables.

Indicateurs de performance en matière de lutte contre le terrorisme

ZoneAction requiseIndicateur mesurable
Financement du terrorismeÉchange d’informations financièresActifs gelés grâce à des preuves partagées
RecrutementIdentifier les systèmes de recrutement transfrontaliersRéseaux faisant l’objet d’enquêtes ou perturbés
RadicalisationSurveillez les chaînes de propagandeDes canaux ont été supprimés et des cas ont été ouverts.
havres de paixAdopter une position fondée sur les éléments de preuve provenant des États membresArrestations, poursuites ou extraditions
sécurité des frontièresPartager des informations sur les voyagesMouvements suspects interceptés
désignation terroristeAppliquer les normes de preuve communesDésignations conjointes terminées
coopération judiciaireÉchanger des preuves admissiblesCas pris en charge par l’assistance juridique

Il convient de noter que ces chiffres ne doivent pas nécessairement divulguer d’informations classifiées. Le SCO pourrait par exemple publier des statistiques annuelles consolidées.

Autrement, les gouvernements pourraient revendiquer des succès sans fournir de preuves vérifiables. Par conséquent, les citoyens resteraient incapables d’évaluer la mission de sécurité principale de l’organisation.

Le Centre de sécurité universel peut-il tenir ses promesses ?

Le sommet a approuvé les dispositions relatives à la création d’un Centre universel de lutte contre les défis et les menaces à la sécurité des États membres de l’OCS.

En principe, ce centre pourrait coordonner la lutte contre le terrorisme, le crime organisé, les cybermenaces et les risques liés à la sécurité de l’information. De plus, il pourrait réaliser des évaluations régionales et améliorer la communication entre les agences nationales.

Toutefois, son efficacité dépendra d’une coopération concrète. Par exemple, les États membres doivent s’entendre sur les définitions des menaces et les procédures de partage de renseignements.

De plus, les autorités nationales doivent donner suite aux informations reçues de leurs adversaires politiques. Autrement, le centre se contentera de collecter des données sans agir.

L’OCS gère déjà des institutions de sécurité spécialisées. Par conséquent, le nouveau centre doit renforcer les capacités opérationnelles plutôt que de créer un niveau administratif supplémentaire.

Par conséquent, l’organisation devrait publier l’adresse de son siège social, son budget, son modèle d’effectif, ses pouvoirs et sa date d’entrée en fonction. Sans ces précisions, le centre restera une simple promesse institutionnelle.

Pourquoi le Centre antidrogue de l’OCS est important

Le trafic de stupéfiants représente une menace à la fois criminelle et sécuritaire. De plus, les réseaux de narcotrafiquants peuvent financer le crime organisé, le trafic d’armes et les activités extrémistes.

Le Centre antidrogue de l’OCS répond donc à une préoccupation régionale réelle. En particulier, l’instabilité autour de l’Afghanistan continue d’affecter les États voisins.

Parallèlement, les substances de synthèse et les réseaux de distribution en ligne ont transformé les marchés de la drogue. De ce fait, les saisies aux frontières ne peuvent à elles seules apporter une réponse efficace.

Les membres doivent donc retracer les flux financiers, contrôler les précurseurs chimiques et surveiller les marchés numériques. De plus, les gouvernements devraient considérer la toxicomanie comme un problème de santé publique.

Ainsi, les forces de l’ordre doivent agir de concert avec les programmes de prévention, de traitement et de réadaptation.

Cadre de coopération antidrogue

PrioritéCoopération proposéeBénéfice attendu
Intelligence financièreTraquer les produits et les avoirs criminelsPerturber les réseaux de trafic d’êtres humains
Produits chimiques précurseursSurveiller la production et les mouvementsLimiter l’approvisionnement en drogues de synthèse
Coordination des frontièresPartager l’itinéraire et les informations sur le suspectAméliorer l’interception
surveillance numériqueSuivi des marchés de stupéfiants en ligneméthodes de vente par changement d’adresse
Santé publiquePartager les pratiques de traitement et de préventionRéduire la demande et les dommages
Évaluation annuellePublier les tendances régionalesAméliorer la responsabilisation

Il est essentiel que le centre publie des évaluations annuelles du trafic. Sans cela, les gouvernements ne pourront pas savoir si les itinéraires de la drogue ont diminué ou s’ils ont simplement changé de destination.

Connectivité avec une condition de souveraineté

L’Inde soutient les projets de routes, de voies ferrées, de couloirs aériens, de réformes douanières et de documents commerciaux numériques. Cependant, New Delhi insiste sur le fait que tout projet de connectivité doit respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale.

Cette condition reflète l’opposition de l’Inde au corridor économique Chine-Pakistan. Il convient de noter que certaines portions de ce corridor traversent des territoires revendiqués par l’Inde.

Par conséquent, le programme de connectivité de l’OCS présente une contradiction structurelle. La Chine promeut l’initiative « la Ceinture et la Route », tandis que le Pakistan soutient les corridors financés par la Chine qui traversent son territoire.

La Russie, quant à elle, privilégie les routes eurasiennes plus larges et les axes nord-sud. L’Inde, en revanche, privilégie le canal de Chab en Iran.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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