DAKAR, 02 NOVEMBRE 2025 (JVFE)—Le message principal d’António Guterres est que la protection des journalistes est essentielle pour garantir notre accès à des informations basées sur des faits et pour nous défendre contre la propagation massive de la désinformation en ligne.
L’accès à une information fiable (économique, sociale ou politique) est la pierre angulaire de la démocratie et de la bonne gouvernance.
Sans journalistes libres, la société perd sa défense face à la pandémie de désinformation et de mésinformation.
Dans 9 cas sur 10, les meurtriers de journalistes restent impunis.
L’impunité encourage les criminels à continuer, instaure la peur chez les professionnels et détruit la confiance des citoyens envers le système judiciaire.
Les informations étouffées par la violence sont souvent celles dont le public a le plus besoin (corruption, violations des droits de l’homme).
- Journée internationale : Fixée au 2 novembre en mémoire de Ghislaine Dupont et Claude Verlon (journalistes français assassinés au Mali en 2013).
L’ONU exhorte les gouvernements à prévenir la violence, à poursuivre les auteurs des crimes en justice et à garantir un environnement de travail sécurisé et indépendant.
En décembre 2013, lors de sa 68e session, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution intitulée « La sécurité des journalistes et la question de l’impunité » (A/RES/68/163), qui a proclamé à la date du 2 novembre la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes.
Historique
En décembre 2013, lors de sa 68e session, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution intitulée « La sécurité des journalistes et la question de l’impunité » (A/RES/68/163), qui a proclamé à la date du 2 novembre la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes. Cette résolution a exhorté les États Membres à prendre des mesures précises pour combattre la culture actuelle d’impunité. La date de cette journée internationale a été choisie en mémoire de deux journalistes français, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, assassinés le 2 novembre 2013 au Mali.
Cette résolution historique condamne toutes les attaques et violences perpétrées contre des journalistes et des travailleurs des médias. Elle exhorte également les États Membres à faire tout leur possible pour prévenir cette violence, en faire rendre compte, traduire en justice les auteurs des crimes commis contre des journalistes et des travailleurs des médias, et veiller à ce que les victimes disposent de recours appropriés. Elle demande, en outre, aux États de promouvoir un environnement sûr et propice dans lequel les journalistes puissent effectuer leur travail de manière indépendante et sans ingérence indue.
« Si nous n’assurons pas leur protection, il nous sera extrêmement difficile de rester informés et de prendre des décisions fondées sur l’analyse des faits. ?Si les journalistes ne peuvent pas faire leur travail en toute sécurité, nous perdons un rempart important contre la pandémie de désinformation et de mésinformation qui se propage en ligne ».?Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres
Au cours des quatorze dernières années (2006-2019), plus de 1,200 journalistes ont été tués pour avoir voulu couvrir des évènements et informer le public. Dans neuf cas sur dix, les meurtriers restent impunis. L’impunité mène à un plus grand nombre d’assassinats et représente souvent un symptôme d’aggravation des conflits et d’effondrement des systèmes de droit et de justice.
Ce chiffre n’inclut pas les nombreux autres journalistes qui, quotidiennement, subissent des agressions non mortelles, y compris la torture, la disparition forcée, la détention arbitraire, l’intimidation et le harcèlement, que ce soit en situation de conflit ou non. En outre, il existe, pour les femmes journalistes, des risques spécifiques, notamment les agressions sexuelles.
Cette impunité non seulement enhardit les criminels, mais aussi décourage la société, y compris les journalistes eux-mêmes. L’impunité favorise l’impunité et alimente un cercle vicieux.
Lorsqu’elles restent impunies, les agressions de journalistes envoient aux gens ordinaires un message très négatif selon lequel s’ils diffusent une « vérité embarrassante » ou des « opinions indésirables », ils s’attireront des problèmes. En outre, la société perd confiance dans son propre système judiciaire, censé défendre les droits de chacun. Les auteurs de crimes contre des journalistes s’enhardissent donc lorsqu’ils se rendent compte qu’ils peuvent agresser leurs cibles sans jamais être traduits en justice.
La société tout entière pâtit de cette impunité. Le genre d’information qui est « passé sous silence » est exactement le genre que le public a besoin de connaître. L’information, qu’elle soit économique, sociale ou politique, est essentielle pour prendre des décisions optimales. Cet accès à une information fiable et de qualité est la pierre angulaire de la démocratie, de la bonne gouvernance et d’institutions efficaces.
L’Organisation des Nations Unies pour l”éducation, la science et la culture (UNESCO) s’inquiète de cette situation car l’impunité cause des dommages aux sociétés entières en dissimulant de graves violations des droits de l’homme, de la corruption et de la criminalité.
Découvrez l’histoire de ces journalistes tués parce qu’ils exerçaient leur métier.
Des visages gravés dans l’histoire
- Ghislaine Dupont et Claude Verlon (Mali, 2013) : Reporteurs pour Radio France Internationale (RFI), ils ont été enlevés puis sauvagement assassinés le 2 novembre 2013 près de Kidal, après avoir interviewé un chef touareg. C’est en leur hommage direct que l’ONU a instauré cette journée mondiale de commémoration.
- Norbert Zongo (Burkina Faso, 1998) : Directeur de la publication de l’hebdomadaire L’Indépendant, il enquêtait sur la mort suspecte du chauffeur du frère du président de l’époque. Son corps a été retrouvé carbonisé dans sa voiture avec trois de ses compagnons. Vingt-huit ans plus tard, son combat reste le symbole de la lutte pour la liberté de la presse en Afrique.
- Daphne Caruana Galizia (Malte, 2017) : Cette journaliste d’investigation courageuse exposait la corruption de haut niveau à Malte en s’appuyant sur les Panama Papers. Elle a été tuée dans l’explosion de sa voiture piégée, un assassinat commis en plein cœur de l’Union européenne.
- Jamal Khashoggi (Arabie Saoudite, 2018) : Journaliste critique envers le pouvoir saoudien et chroniqueur pour le Washington Post, il a été assassiné et son corps démembré à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.
Le risque mondial a radicalement évolué ces deux dernières années. Selon le dernier rapport de l ‘UNESCO , la période 2024-2025 a été la plus meurtrière depuis dix ans, marquée par deux réalités :
Les zones de conflit (67 % des meurtres) : Les reporteurs risquent leur vie sous des pluies de bombes. L’État de Palestine (notamment dans la bande de Gaza) détient le plus lourd bilan mondial, suivi par des pays comme le Mexique, le Pakistan, l’Ukraine, le Soudan ou le Yémen. À ce sujet, Reporters sans frontières (RSF)multiplie les actions internationales et diffuse le documentaire “Inside Gaza” pour dénoncer le ciblage de ces professionnels.
La menace technologique : Un nouveau fléau frappe les journalistes sur le terrain. L’UNESCO indique que 26 % des meurtres récents sont causés par des frappes de drones ou de véhicules aériens sans pilote. De plus, de nombreux journalistes continuent d’être pris pour cibles directement à leur domicile ou alors qu’ils portent leur gilet “PRESS”.
Pourquoi l’impunité est-elle un danger ?
Lorsque les assassins de journalistes ne sont pas traduits en justice, cela envoie un signal terrifiant : tuer un reporter n’a aucune conséquence. Aujourd’hui, 6 meurtres sur 7 restent non élucidés ou en cours de traitement. Cette impunité généralisée pousse à l’autocensure et asphyxie les démocraties en privant les citoyens d’informations fiables.

Le fait qu’un individu ou un groupe échappe aux sanctions pénales, civiles ou disciplinaires après avoir commis une infraction — représente un danger majeur pour la société et l’État de droit.
Principaux dangers de l’impunité
- Enhardissement des criminels : Elle donne aux coupables le sentiment d’être intouchables, ce qui les incite à répéter ou à amplifier leurs actes.
- Souffrance accrue des victimes : Elle nie le droit des victimes à la justice, à la vérité et à la réparation, prolongeant leur traumatisme.
- Effondrement de la morale sociale : Elle entraîne une chute de la confiance collective, puisque l’honnêteté et le respect des règles ne sont plus valorisés face à la loi du plus fort.
- Perte de légitimité des institutions : Lorsque la police, la justice ou le gouvernement ne sanctionnent pas les abus, les citoyens perdent confiance dans l’État et remettent en cause l’autorité de la loi.
- Menace pour la paix et la sécurité : L’impunité favorise l’instabilité politique, l’escalade de la violence et empêche une reconstruction durable après des conflits ou des crises.

Le 2 novembre 2013,deux journalistes français de Radio France International (RFI),ont été assassinés à Kidal dans le Nord du Mali. Il s’agit de Ghislaine Dupont,57 ans et Claude Verlon 55 ans.
Événement
La Conférence mondiale sur la liberté de la presse organisée par l’UNESCO et les Pays-Bas (prévue du 22 au 24 avril 2020 à La Haye) s’est tenue virtuellement les 9 et 10 décembre 2020 en raison de la crise du COVID-19.
Le 10 décembre 2020, une session en ligne intitulée « Renforcer les enquêtes et les poursuites pour mettre fin à l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes » sur la question du reforcement du rôle des acteurs du judiciaire, en particulier des procureurs, pour enquêter sur et poursuivre les crimes et les attaques commis contre les journalistes, a été organisée en partenariat avec l’Association internationale des procureurs.
Chiffres clés et contexte (rapport UNESCO 2026)
- Bilan global : Plus de 1 641 journalistes ont été tués dans le monde depuis 2006. Hausse des violences : Les meurtres de journalistes et professionnels des médias ont augmenté de 20 % sur la période 2024-2025, atteignant 189 victimes (dont 67 % dans des zones de conflit comme le territoire palestinien, l’Ukraine ou le Yémen).
- Menaces technologiques : L’UNESCO pointe un recours croissant aux drones (véhicules aériens sans pilote), responsables de 26 % de l’ensemble des meurtres sur cette même période.
- Taux d’impunité : Le taux d’impunité mondial pour ces crimes s’établit à 86 % (soit 6 crimes sur 7 sans suite judiciaire), marquant une recrudescence préoccupante. [
Événements et mobilisations
- Rapport décennal/biennal : L’UNESCO publie tous les deux ans son rapport d’évaluation sur la sécurité des journalistes à l’occasion de cette journée.
- Actions de terrain : Des organisations comme Reporters sans frontières (RSF) organisent des mobilisations et projections spéciales (telles que le documentaire Inside Gaza) dans plusieurs villes à travers le monde, notamment à Paris, Dakar et Bruxelles.
À l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes, le 2 novembre, Reporters sans frontières (RSF) lance une mobilisation internationale autour du documentaire “Inside Gaza”. Tout au long du mois de novembre, 18 projections sont organisées à travers le monde, notamment à Paris, Taipei, Dakar, Madrid, Bilbao, Pampelune, Burgos, Tunis, Berlin, Amsterdam, Los Angeles, New-York et Rio. À travers cette initiative, RSF entend mettre en lumière le travail essentiel des journalistes palestiniens, rendre hommage à celles et ceux qui ont été tués par l’armée israélienne parce qu’ils l’accomplissaient et rappeler l’urgence de lutter contre l’impunité de ces crimes.
Partenaire du documentaire Inside Gaza, qualifié pour les Oscars 2027, RSF souhaite donner une visibilité particulière à ce film qui plonge au cœur du quotidien de quatre journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) dans l’enclave palestinienne. À travers leurs témoignages, le documentaire retrace les premiers mois qui ont suivi le 7 octobre 2023, marqués notamment par le bombardement des bureaux de l’agence, les campagnes de désinformation et les risques permanents encourus par ses équipes. Malgré ces menaces, les journalistes ont poursuivi leur mission : documenter les faits et témoigner de la réalité sur le terrain.
“Inside Gaza donne un visage et une voix à celles et ceux qui, au péril de leur vie, continuent d’informer le monde depuis Gaza. À travers le quotidien de journalistes palestiniens, ce documentaire témoigne de leur courage et rappelle le rôle irremplaçable de leur travail pour notre droit à l’information. En organisant ces projections à travers le monde, RSF entend faire résonner leurs témoignages et dénoncer l’impunité des crimes commis contre les journalistes. Les forces armées israéliennes, qui figurent de nouveau dans la galerie des prédateurs de la liberté de la presse de RSF, ne peuvent continuer à tuer des journalistes en toute impunité. Il est urgent que des enquêtes indépendantes soient menées et que les responsables de ces crimes soient traduits en justice. Faire entendre les voix des journalistes de Gaza, c’est aussi refuser que ceux qui cherchent à les réduire au silence échappent à la justice.
Thibaut Bruttin Directeur général de RSF
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
