Orientations Budgétaires: François Bayrou à l’heure de vérité

Dakar,04 AOUT 2025(JVFE)-Le premier ministre doit dévoiler, mardi, les grandes orientations budgétaires, un casse-tête financier et politique visant à trouver 40 milliards d’euros, déjà décriées par les oppositions.

François Bayrou a présenté, mardi 15 juillet 2025, à Paris, un plan pluriannuel pour rééquilibrer les comptes publics avec l’objectif de réaliser 43,8 milliards d’économies et de ramener le déficit à 4,6 % du PIB en 2026.

Le Premier ministre l’avait promis en juillet: pas question de demander des efforts aux Français sans accélérer la lutte ne contre la fraude. Le Premier ministre, qui a alors annoncé pour le budget 2026 un effort inédit de 43,8 milliards d’euros, s’est aussi engagé à ce qu’un projet de loi pour renforcer la lutte contre la fraude soit déposé cet automne.

Le Premier ministre s’est exprimé, mardi 15 juillet 2025, au cours d’une conférence de presse, son plan budgétaire visant 43,8 milliards d’euros d’économies pour ramener le déficit public à 4,6 % en 2026. Le chef du Gouvernement a rappelé que la dette de la France représente aujourd’hui plus de 3 300 milliards d’euros.

L’objectif est d’enrayer l’emballement de la dette publique d’ici à 2029. Ces orientations visent à faire passer le déficit à 4,6 % en 2026, à 4,1 % en 2027, 3,4 % en 2028 pour atteindre le seuil de 2,8 % en 2029.

Au moment où le jugement des Français sur son plan de redressement se durcit – 72 % d’entre eux estiment que les efforts demandés sont trop importants, un score en hausse de 12 points en quinze jours (sondage Elabe) – , le gouvernement veut montrer qu’il tiendra ses promesses sur la lutte contre la fraude. Il faut dire qu’elle est, elle, plébiscitée par les Français puisque 90 % d’entre eux veulent « mieux lutter contre les fraudes », selon une enquête Elabe publiée en juillet.

Un plan pluriannuel de retour à l’équilibre de la dette sur quatre ans a été présenté. En 2026, la dette doit être réduite à 4,6 %. Plusieurs mesures ont été annoncées :

  • l’État va réduire son train de vie pour ne pas dépenser davantage en 2026 par rapport 2025, à l’exception de l’augmentation de la charge de la dette et des dépenses supplémentaires pour le budget des armées,
  • une règle de non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois partants à la retraite va être instaurée avec la suppression de 3 000 emplois publics en 2026,
  • l’État va créer une société foncière pour réduire, gérer et rendre utile le patrimoine improductif,
  • le Gouvernement appelle à un « effort » de 5 milliards d’euros sur les dépenses de santé avec une réforme sur la prise en charge des affections longue durée pour sortir du remboursement à 100 % des médicaments qui sont sans lien avec les affections déclarées,
  • le Premier ministre veut supprimer des agences « improductives qui dispersent l’action de l’État » avec la suppression de 1 000 à 1 500 emplois.

Le Premier ministre a annoncé une année blanche pour 2026. Une année où les prestations et les barèmes ne seront pas augmentés tout comme le montant des retraites. Un effort collectif qui concerne toutes les catégories de Français et cette règle sera de ne pas dépenser plus en 2026 par rapport en 2025. L’ensemble de ces décisions permettra de contenir pour 7 milliards d’euros la progression des dépenses.

Tous les Français concernés

Un effort particulier va être demandé à ceux qui ont la capacité de contribuer davantage que ce soient les ménages les plus aisés ou les grandes entreprises. Une « contribution de solidarité » sera demandée aux plus fortunés. Les retraités les plus aisés seront également mis à contribution avec une réforme de l’abattement de 10 % sur le calcul de l’impôt sur le revenu.

Le plan « En avant la production ! »

Pour le deuxième volet de son plan budgétaire, le Gouvernement veut augmenter la production et l’activité du pays en supprimant deux jours fériés et propose deux dates : le lundi de Pâques et le 8 mai.

Simplifier la vie des entreprises

Il entend également régler les questions de simplification pour les entreprises par ordonnances afin de lever les obstacles identifiés dans chaque secteur selon leurs besoins spécifiques dès cet automne.

Améliorer la compétitivité concerne l’accès des entreprises aux financements. 900 millions d’euros de financement en fonds propres supplémentaires vont être consacrés à l’investissement dans les entreprises.

Les retards de paiement plus durement sanctionnés

La Gouvernement veut renforcer les sanctions à l’égard des débiteurs en cas de retard de paiement de ses créances. Ces sanctions pourront aller jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires.

Une taxe sur les petits colis

Un changement de mode de consommation en encourageant davantage les circuits courts et les commerces de proximité. Une taxe va être proposée sur les petits colis afin de protéger les commerces et les producteurs.

Favoriser les nouvelles technologies

Autre mesure annoncée, les financements de France 2030 vont être réorientés vers les secteurs prioritaires de l’intelligence artificielle et du cyber dans tous les secteurs d’activité.  D’ici à 2035, l’économie française devra recruter près de 100 000 nouveaux ingénieurs et techniciens par an.

Si François Bayrou est parvenu à maintenir le secret sur les orientations retenues pour enrayer le déficit public, il n’aura pas empêché les différents partis de se positionner sur les pistes possibles, ni sur le destin politique de celui qui les porte. Alors que, pour le budget de 2026  il suffit de  présenter un « plan de redressement » visant à trouver 40 milliards d’euros, chacun évoque déjà ses « lignes rouges ».

La perspective d’une censure se dessine aussi de plus en plus, de La France insoumise (LFI) au Rassemblement national (RN).

« Le pays joue gros », résume le député « insoumis » Eric Coquerel, président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, au micro de RTL, pour qui le moment décisif surviendra à l’automne, lorsque François Bayrou « aura certainement besoin [du] 49.3 pour passer ce budget ». Une motion de censure suivra « vraisemblablement », a ajouté Eric Coquerel, estimant que ce projet a encore révélé les limites d’un gouvernement qui « n’a pas de majorité et qui [a besoin des voix du] RN » pour passer ses lois. Mais « c’est ce budget que nous allons battre avant de battre François Bayrou », a-t-il insisté, appelant à « avoir le droit d’en débattre ».

Au Rassemblement national, qui se place en arbitre de la censure après avoir renversé le gouvernement Barnier en décembre, le député et membre de la direction du parti, Jean-Philippe Tanguy, a promis de faire tomber le gouvernement en cas de hausse d’impôts, voire d’« année blanche », une des hypothèses mise sur la table, qui gèlerait les dépenses publiques (hors défense) en 2026. Une autre manière, selon lui, « de piquer de l’argent aux gens ».

Le rendement de cette « année blanche », qui consiste à reconduire à l’identique certaines dépenses sans tenir compte de l’inflation, varie selon le périmètre retenu. Elle pourrait s’étendre au barème de l’impôt sur le revenu, voire mettre à contribution les retraités.

Les « lignes rouges » du RN, « c’est de faire contribuer les Français, leur demander des efforts qu’ils font déjà matin, midi et soir », a complété le vice-président du parti, Sébastien Chenu, sur BFM-TV/RMC. « Si vous demandez des efforts supplémentaires aux Français, quelles que soient les catégories, travailleurs, retraités, jeunes, fonctionnaires, nous dirons non », a-t-il insisté, appelant plutôt à s’attaquer aux « dépenses taboues de l’Etat » – « la contribution à l’Union européenne, la suradministration, l’immigration ».

Pour La France insoumise, l’année blanche serait « une année rouge pour les Français », a estimé le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard. « Si vous gelez l’ensemble des prestations sociales, des pensions de retraite, ce sont des mesures qui vont avoir deux fois plus d’impact pour les 10 % des plus pauvres que pour 10 % des plus riches », a également avertit sur Franceinfo le député des Bouches-du-Rhône.

Pour le député (Eure, Parti socialiste) Philippe Brun, « ce qui serait inacceptable », c’est que « les plus riches (…) soient totalement exemptés d’efforts »« Il faudra trouver un accord », précise toutefois le membre de la commission des finances sur Sud Radio, rejetant une censure automatique de la part de son parti.

La gauche appelle à s’appuyer plutôt sur la « taxe Zucman » sur les ultrariches, inspirée par l’économiste Gabriel Zucman, en prélevant 2 % par an de leur patrimoine, pour un rendement annuel de 15 milliards à 25 milliards d’euros par an. Un projet auquel s’oppose fermement le gouvernement, le taxant de « confiscatoire ».

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a, elle, invité le gouvernement à aller « chercher l’argent là où il est, à savoir dans la poche des actionnaires, des rentiers, des plus riches ». Sur France 2, elle a aussi appelé à « la transparence » et à une « évaluation » des aides publiques versées aux entreprises, pour les conditionner « d’un point de vue social et environnemental ».

A quelques heures de l’heure de vérité pour François Bayrou, qui s’exprimera à 16 heures pendant quarante-cinq minutes avant certaines de ses ministres, son socle de soutiens paraît plus friable que jamais.

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