Dakar 03 Septembre 2025(JVFE)-Le sociologue Guy Rocher, qui a contribué à la création de plusieurs institutions du Québec moderne, est décédé le 3 septembre 2025 à l’âge de 101 ans.
Le sociologue Guy Rocher, témoin et acteur important du 20e siècle au Québec, est décédé mercredi. Il avait 101 ans.
Des générations d’étudiants se souviendront de son livre phare : Introduction à la sociologie générale. L’ouvrage, un incontournable des études en sciences humaines, a été traduit en six langues.
Cette référence, comme la pointe d’un iceberg, n’est qu’un élément de l’immense contribution de cet intellectuel à l’épanouissement du Québec à partir des années 1960.
La Révolution tranquille est en marche. Guy Rocher participe aux travaux de la commission Parent pour réformer l’éducation.
Nous avons éliminé nos institutions élitistes pour les remplacer par des institutions démocratiques. Nous avons découvert que l’État interventionniste permettait une meilleure égalité sociale et une meilleure redistribution des richesses. Les Canadiens français étaient les moins scolarisés du Canada, alors que le Québec entrait dans une zone de progrès et d’industrialisation, et ça a changé en quelques années. Ce n’était pas vraiment tranquille.”Une citation deGuy Rocher au micro de Joël Le Bigot en 2019
Les travaux de la commission conduiront à la création du ministère de l’Éducation en 1964 et à celle des collèges d’enseignement général et professionnel (cégeps) en 1967.
Toujours dans les années 1960, Guy Rocher participera à la création de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
Le Québec d’aujourd’hui est ce qu’il est grâce à l’éducation, selon le sociologue émérite.
“Je suis très satisfait de voir que les cégeps sont maintenant si bien intégrés à leur milieu, en particulier en région. Ils contribuent au développement économique du Québec”.Une citation deGuy Rocher au micro de Joël Le Bigot en 2019.
Le sociologue défendra toujours les valeurs inscrites au cœur du rapport Parent, dont les cinq volumes ont été publiés entre 1963 et 1966.
On le verra en 2012 porter le carré rouge en appui aux étudiants en grève pendant le printemps érable, rappelant que l’abolition des droits de scolarité était une position adoptée par la commission Parent.

Le sociologue Guy Rocher a participé aux consultations particulières sur le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État du gouvernement du Québec.
Toujours dans l’esprit de ces travaux réformateurs, il appuie la loi sur la laïcité du gouvernement caquiste de François Legault. Selon lui, la laïcité est en effet le fondement de l’institution publique qu’est l’école ou l’université.
“Comme enseignant […], je n’avais pas le droit d’utiliser ma chaire pour exposer mes convictions politiques ou religieuses! Et j’ai toujours voulu respecter les convictions religieuses de mes étudiants, et c’est ça, pour moi, le fondement de la laïcité : le respect de toutes les convictions religieuses, et donc, l’égalité des religions.”Guy Rocher, en entrevue avec Anne-Marie Dussault en juin 2021
Dans le premier gouvernement du Parti québécois, le ministre Camille Laurin fait appel à lui pour la rédaction de la Charte de la langue française, aussi appelée loi 101, adoptée en 1977.
“Nous avions un problème important : les enfants d’immigrants allaient tous à l’école anglaise. […] Et là, on se disait : qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que notre culture française n’attire pas les immigrants. Et si on continue ainsi pendant l’avenir, progressivement, la population anglophone gagne, gagne, gagne. “Guy Rocher, en entrevue avec Anne-Marie Dussault, en juin 2021.
En 2021, il appuie le gouvernement de la Coalition avenir Québec dans sa volonté de donner un second souffle à la Charte de la langue française.

Guy Rocher a participé aux travaux de la commission chargée de la réforme de la Charte de la langue française en 2021.
En 1977, il fallait franciser les enfants d’immigrants; aujourd’hui, ce sont les adultes immigrants qu’on doit franciser sans arrêt […]
, dit-il, sous peine d’un avenir de plus en plus inquiétant pour la culture française et la langue française au Québec
.
La volonté de Guy Rocher d’améliorer la société prend racine dans son engagement au sein de la Jeunesse étudiante catholique (JEC) dans les années 1940.
“Je suis un intellectuel, mais un intellectuel engagé. Je ne peux pas faire autrement.”Une citation deGuy Rocher, en entrevue avec Anne-Marie Dussault, en juin 2021
Il fait des études classiques au Collège de l’Assomption puis, à l’Université Laval, il rencontre le père Georges-Henri Lévesque, qui l’incite à faire des études en sociologie.
Après une maîtrise à la Faculté des sciences sociales, il obtient en 1958 un doctorat en sociologie de l’Université Harvard.
À la fin des années 1960, il effectue un séjour à Berkeley comme associé de recherche à l’Université de Californie. C’est pendant cette période qu’il termine la rédaction des trois tomes de son Introduction à la sociologie générale.
Après avoir consacré plus de 50 ans de sa vie à l’enseignement, le professeur émérite de l’Université de Montréal prend sa retraite en 2010.
Détenteur de trois doctorats honorifiques, Guy Rocher a aussi récolté de nombreux prix et honneurs.
Il est officier de l’Ordre national du Québec et membre de l’Ordre du Canada. Il a reçu les médailles Sir John-William-Dawson et Pierre-Chauveau de la Société royale du Canada.
La Fédération des cégeps lui a rendu hommage en créant le prix Guy-Rocher.
En 2009, Le Petit Larousse lui attribue un rôle décisif en matière de politique linguistique, culturelle et scientifique pour le Québec
.
Il a aussi été le premier lauréat du prix Jacques-Parizeau, institué par les Intellectuels pour la souveraineté en 2011, prix qui souligne l’apport d’un intellectuel qui a pris position pour la souveraineté et qui a contribué à l’avancement des connaissances ou des arts au Québec.
Source : L’encyclopédie canadienne, Université de Montréal

