Maroc:le lancement commercial de la 5G prévu en novembre 2025, un relais de croissance à 6 milliards de $ 

Dakar,04 Septembre 2025(JVFE)–Le Maroc se prépare à une transformation numérique d’envergure avec le lancement commercial de la 5G prévu en novembre 2025. Selon une note sectorielle de BMCE Capital Global Research (BKGR), cette nouvelle génération de connectivité pourrait générer d’ici 2030 une contribution économique estimée entre 4 et 6 milliards de dollars, soit l’équivalent de 1,5 à 2% du PIB projeté. Ce chiffre englobe les effets directs, comme les revenus des télécoms, mais également les retombées indirectes liées au développement de services numériques (cloud, IoT, applications industrielles) et les effets induits en matière de gains de productivité.

Pour rappel,Maroc Telecom est entré dans une nouvelle phase stratégique marquée par l’accélération de ses investissements dans la 5G et la fibre optique, portée par un partenariat inédit avec Inwi et un redressement marqué de sa capacité bénéficiaire. Selon BMCE Capital Global Research, le titre présente un potentiel de hausse de 13,7 % à moyen terme, soutenu par un retour attendu à un rendement attractif et une valorisation jugée encore intéressante.

Sur le premier semestre 2025, le chiffre d’affaires consolidé de Maroc Telecom recule de 1,2% à 18,04 milliards de dirhams (MMDH), affecté par la baisse de 3,4% des activités au Maroc, en particulier sur le mobile, sous pression concurrentielle et réglementaire.

BKGR souligne toutefois que «la bonne dynamique des filiales Moov Africa (+1,2%) et de la Data fixe au Maroc a partiellement compensé cette érosion».

Pour l’ensemble de 2025, les revenus devraient s’établir à 36,52 MMDH, en légère contraction de 0,5%. La société de recherches anticipe un maintien de l’EBITDA à un niveau élevé, bien que légèrement en retrait (-3,2%), avec une marge prévue à 50,9%, contre 52,3% en 2024.

Après un exercice 2024 marqué par l’impact du litige sur le dégroupage avec Wana Corporate, Maroc Telecom enregistre un retour significatif dans le vert, le RNPG publié atteint 4,12 MMDH au S1 2025, contre une perte de 1,15 milliard un an plus tôt. Ajusté des éléments exceptionnels, le RNPG semestriel progresse de 0,5% à 2,96 MMDH. Pour l’ensemble de 2025, BKGR prévoit un bond du bénéfice net part du groupe à 6,30 MMDH, soit 3,5 fois le niveau de 2024, avant un retour à un rythme plus normatif de 5,17 milliards en 2026.

Des investissements accélérés pour préparer la Coupe du monde 2030
L’un des piliers de la stratégie est le partenariat structurant avec Inwi, validé en juin par l’ANRT, qui se traduit par la création des coentreprises UNI Fiber et UNI Tower. Celles-ci visent respectivement le déploiement d’un million de prises FTTH raccordables d’ici deux ans et la construction ou modernisation de 2 000 tours télécoms en trois ans, avec une perspective de 6 000 tours à dix ans.

BKGR estime que cette mutualisation des infrastructures permettra «des économies d’échelle et une meilleure efficacité capitalistique», tout en soulignant les risques liés à la perte partielle de contrôle sur les actifs passifs et à une concurrence potentiellement renforcée.

En parallèle, Maroc Telecom a obtenu en juillet sa licence 5G (120 MHz) pour 900 MDH, avec un objectif de couverture de 25% de la population fin 2026 et 70% en 2030. L’opérateur devra mobiliser au moins 30 MMDH sur cinq ans pour le déploiement de cette technologie, une pression financière que BKGR qualifie de «non négligeable» avec un retour sur investissement encore incertain.

Après une année 2024 marquée par un dividende réduit à 1 dirham par action en raison du règlement du litige Wana, BKGR anticipe un retour à un DPA normatif de 5,20 dirhams dès 2025, soit un rendement de 4,2%.

Le PER, gonflé à 40x en 2024, devrait se normaliser autour de 17x sur 2025-2026, rendant la valorisation «encore intéressante» malgré la hausse du cours.

La dette nette a reculé de 21% à 17,6 MMDH, grâce aux remboursements bancaires et à une émission obligataire de 3 MMDH destinée à refinancer la dette et à financer les axes stratégiques. Le ratio dette nette/EBITDA devrait rester contenu à 1,1x en 2025, contre 1,2x en 2024.


BKGR souligne que la nouvelle gouvernance, avec Mohamed Benchaâboun confirmé en tant que directeur général, s’accompagne d’objectifs ambitieux en matière de RSE, notamment un plan vers la neutralité carbone à l’horizon 2050 et un taux de 50% de femmes dans l’entreprise d’ici 2030.

Cette orientation, associée à une politique sociale de fidélisation et de formation continue (70% des collaborateurs formés en 2024), participe à renforcer l’image de l’opérateur sur ses marchés.

Pour BKGR, la combinaison de la résolution des litiges, de la montée en puissance des projets 5G et fibre, et du redressement des bénéfices, justifie la recommandation d’«Accumuler» le titre. Mais l’analyse prévient que «la création de valeur dépendra de l’exécution opérationnelle des projets et de l’évolution du cadre concurrentiel».

Avec un objectif de 139 dirhams et un rendement du dividende rétabli, Maroc Telecom se présente comme une valeur de rendement redevenue attractive, mais dont la trajectoire dépendra étroitement de la capacité à transformer ses investissements massifs en relais de croissance durables.

Le lancement de la 5G dépasse largement le simple enjeu technologique. Il s’inscrit dans une dynamique régionale ambitieuse, à l’image de la zone MENA où la contribution de cette technologie au PIB est attendue à hauteur de 50 milliards de dollars à l’horizon 2030. Pour le Maroc, ce virage stratégique trouve un puissant levier dans l’organisation de deux événements sportifs majeurs : la Coupe d’Afrique des Nations en 2025 et la Coupe du Monde en 2030. Ces compétitions ont accéléré la modernisation des infrastructures télécoms, poussée par les exigences de la FIFA en matière de connectivité de haut niveau et de transmission globale sans interruption.

Pour soutenir cette transition, près de 40 milliards de dirhams d’investissements additionnels sont attendus dans les infrastructures et services associés à la 5G. Cela inclut les équipements télécoms, le déploiement de fibres optiques, l’expansion du réseau d’antennes 5G, mais aussi le développement de services numériques portés par les PME, start-ups technologiques, équipementiers et opérateurs du génie civil. Plusieurs secteurs économiques clés pourraient en tirer des bénéfices majeurs, notamment la logistique, l’industrie manufacturière, l’agriculture de précision, la santé connectée ou encore l’éducation à distance.

Le plan de déploiement national s’articule autour d’un calendrier ambitieux : une couverture initiale de huit grandes villes et de leurs aéroports d’ici novembre 2025, avec un élargissement à 25% de la population d’ici fin 2026, et 70% à l’horizon 2030. Dans un premier temps, la technologie 5G Non Stand Alone (NSA), qui s’appuie sur les infrastructures 4G existantes, sera utilisée pour accélérer la mise en œuvre. La transition vers une 5G Stand Alone (SA), offrant des latences inférieures à 1 milliseconde et des capacités démultipliées, est prévue de manière progressive d’ici la fin de la décennie, afin de répondre aux exigences des applications les plus complexes telles que les smart cities, l’industrie 4.0 ou les systèmes médicaux ultra-connectés.

Malgré cette dynamique prometteuse, plusieurs obstacles structurels ralentissent encore le plein essor du numérique. La confiance des usagers envers les solutions digitales reste fragile, entravée notamment par la faible interopérabilité entre les plateformes, la prédominance du cash dans les transactions quotidiennes et un manque général de sensibilisation. Ces limitations freinent notamment le développement du paiement mobile, dont le potentiel reste largement sous-exploité alors qu’il pourrait générer plusieurs dizaines de milliards de dirhams de flux d’ici 2030. Pour y remédier, une stratégie concertée impliquant banques, opérateurs télécoms et régulateurs est jugée nécessaire.

Ainsi, les arbitrages réglementaires au sein du secteur des télécommunications jouent également un rôle central. La suppression progressive des mesures de discrimination réglementaire, notamment l’asymétrie tarifaire imposée à l’opérateur historique (Maroc Telecom), est identifiée comme un levier indispensable pour rétablir une concurrence saine et favoriser l’investissement. L’ouverture du marché aux opérateurs mobiles virtuels (MVNO), qu’ils soient indépendants ou affiliés aux opérateurs en place, permettrait également de stimuler la segmentation des offres (jeunes, entreprises, low-cost) et d’injecter davantage d’agilité dans l’écosystème.

L’essor de la 5G pourrait aussi soutenir l’émergence d’un écosystème numérique marocain plus intégré et compétitif. Le rapprochement stratégique entre banques et télécoms, notamment pour le déploiement massif du mobile payment, fait partie des priorités. En parallèle, la diversification des contenus digitaux (streaming, jeux vidéo en ligne et e-sport) constitue un moteur de fidélisation client et de consommation accrue de données, contribuant à la rentabilité des offres convergentes (fixe, mobile, contenu).

BKGR estime que ces leviers combinés (MVNO, mobile payment, contenus digitaux) pourraient générer entre 4 et 5,5 milliards de dirhams de chiffre d’affaires additionnel annuel d’ici 2030, soit entre 10% et 15% du marché data projeté. Cette dynamique permettrait également de renforcer la rentabilité globale du secteur, avec un gain estimé de 1,5 à 2 points sur la marge d’excédent brut d’exploitation (EBE).Fin

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