DAKAR,12 Septembre 2025(JVFE)-Le ministère sud-soudanais de la Justice accuse Riek Machar d’avoir coordonné une attaque menée contre une base militaire par l’«Armée blanche », milice active dans le Nil Supérieur, dans le nord-est du pays.
Le président sud-soudanais Salva Kiir Mayardit, a publié jeudi soir un décret présidentiel suspendant le 1er vice-président, Riek Machar, dans l’attente de son procès pour trahison, meurtre et crimes contre l’humanité à la suite des affrontements meurtriers qui ont éclaté en mars dernier.
Il a précisé, via le radiodiffuseur public SSBC, que M. Machar, ainsi que le ministre du Pétrole, Puot Kang Chol, resteraient suspendus de leurs fonctions jusqu’à la fin de la procédure judiciaire.
Cette suspension est survenue quelques heures après que le ministre de la Justice, Joseph Geng Akech, a déclaré que M. Machar, qui est assigné à résidence depuis mars, ainsi que sept responsables de l’opposition, seraient inculpés de trahison, de meurtre et de crimes contre l’humanité.
Riek Machar, qui dirige le Mouvement populaire de libération du Soudan en opposition (SPLM-IO), a été placé en résidence surveillée à la suite d’une enquête sur l’attaque d’une base militaire par l’Armée blanche, une milice qui serait liée à l’opposition. Cette attaque a tué plus de 250 soldats des Forces de défense populaires du Soudan du Sud (SSPDF), selon le ministre. Un hélicoptère de l’ONU a également été pris pour cible, entraînant la mort de son pilote.
“Les accusés ont été informés des charges retenues contre eux et de leurs droits constitutionnels, notamment le droit à un procès équitable et à une représentation juridique de leur choix”, a déclaré M. Geng à des journalistes à Juba, la capitale sud-soudanaise.
Le Soudan du Sud, qui est devenu indépendant en 2011, a vu la signature d’un accord de paix en 2018 qui a mis fin à une guerre civile entre les forces soutenant Salva Kiir et celles fidèles à Riek Machar.
Les relations entre les deux dirigeants, qui ont dominé la politique sud-soudanaise pendant des décennies, restent très tendues
Salma Kiir a publié dans la soirée un décret présidentiel démettant Riek Machar, ainsi que le ministre du Pétrole Puot Kang Choi, de leur poste au sein du gouvernement, selon une déclaration transmise à la télévision d’État. « Cette affaire envoie un message clair : ceux qui commettent des atrocités contre le peuple du Soudan du Sud, contre nos forces armées et contre le personnel humanitaire, devront rendre des comptes, peu importent leur position ou leur influence politique », affirme le ministère de la Justice. Les affaires judiciaires « ne peuvent pas faire l’objet de (…) débat diplomatique jusqu’au prononcé d’une décision », poursuit-il.
Fin mars, après plusieurs semaines tendues dans le pays, marquées par des frappes dans le nord-est et des tirs d’artillerie près de la capitale, Riek Machar avait été arrêté chez lui, puis placé en résidence surveillée. Son arrestation avait alimenté les craintes d’un retour à la guerre civile, près de sept ans après la fin d’un conflit sanglant entre ses partisans et ceux du président Salva Kiir, qui avait fait quelque 400 000 morts et 4 millions de déplacés entre 2013 et 2018.
La communauté internationale s’est régulièrement alarmée du sort réservé à Riek Machar, de nature selon elle à remettre en question l’accord de paix de 2018 entre Kiir et Machar et à replonger le pays dans le chaos. Plusieurs incidents ont été rapportés ces derniers mois entre l’armée sud-soudanaise et des forces soutenant le vice-président.
En mai, les ambassades du Canada, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Norvège, du Royaume-Uni, des États-Unis et de l’Union européenne à Juba avaient notamment réaffirmé leur « appel urgent » à sa libération, tout en exhortant tous les dirigeants « à mettre fin à l’utilisation de la violence comme outil de compétition politique » et à reprendre un dialogue.
L’ONU estime qu’environ 900 personnes sont mortes entre janvier et mi-avril au Soudan du Sud du fait des soubresauts politiques. Les troubles politiques ont également eu d’importantes conséquences pour la population sud-soudanaise. En juin, l’ONU faisait état de 165 000 personnes déplacées par les violences au Soudan du Sud les trois derniers mois, dont environ 100 000 ont fui dans les pays voisins. Des enfants sud-soudanais « meurent déjà » du fait du manque de nourriture, dénonçait en juillet l’ONG Action contre la faim.

