Dakar,25 Septembre 2025(JVFE)-Le Maroc met en œuvre une réforme progressive du régime de change, visant à passer d’un régime de change fixe à un régime flexible, avec une étape majeure de ciblage d’inflation prévue pour janvier 2027. La réforme, démarrée en 2018, a déjà élargi la bande de fluctuation du dirham et vise à renforcer la compétitivité et la résilience de l’économie marocaine face aux chocs. Bank Al-Maghrib joue un rôle clé en assurant la gestion opérationnelle de cette transition, qui sera accompagnée par la création d’un marché des swaps de devises dès 2025 pour offrir des outils de gestion des risques aux acteurs économiques.
Le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a jugé approprié de maintenir l’orientation actuelle de la politique monétaire. Il a ainsi décidé de garder le taux directeur inchangé à 2,25%, tout en continuant de suivre de près l’évolution de la conjoncture économique et sociale. Voici les prévisions macroéconomiques nationales et internationales qui justifient cette décision.
Le Conseil de Bank Al-Maghrib a tenu mardi 23 septembre sa troisième réunion trimestrielle de l’année 2025. Lors de cette session, il a analysé l’évolution de la conjoncture nationale et internationale ainsi que les projections macroéconomiques à moyen terme de la Banque. Au regard de ces données, il a jugé approprié de maintenir l’orientation actuelle de la politique monétaire. Il a ainsi décidé de garder le taux directeur inchangé à 2,25%, tout en poursuivant le renforcement des mesures visant l’assouplissement des conditions de financement des entreprises notamment les TPE. Cela étant, le Conseil continuera de suivre de près l’évolution de la conjoncture et de fonder ses décisions, réunion par réunion, sur la base des données les plus actualisées.
Sur le plan international, le Conseil a d’abord passé en revue les développements récents de la politique commerciale américaine, marqués par la conclusion de quelques accords bilatéraux, sans que cela fasse dissiper les incertitudes de manière significative. Celles-ci continuent de peser sur les perspectives de l’économie mondiale qui devrait poursuivre son ralentissement à un rythme toutefois moins rapide que prévu en juin. Dans ce contexte, et favorisée par le recul des prix de l’énergie, l’inflation maintiendrait sa décélération, avec des dynamiques différenciées d’une économie à l’autre.
Au niveau interne, les dernières données des comptes nationaux relatives au premier trimestre de 2025 font ressortir la poursuite de l’évolution favorable de l’activité observée en 2024, avec une amélioration notable dans les secteurs non agricoles. Cette dynamique, qui devrait se consolider à moyen terme à la faveur des nombreux chantiers d’envergure lancés et programmés, s’est reflétée sur le marché du travail avec une forte reprise des créations d’emplois à partir du troisième trimestre 2024. Toutefois, les données récentes, relatives au deuxième trimestre 2025, révèlent un net affaiblissement de ces créations, notamment dans les services.
S’agissant de l’inflation, elle continue d’évoluer à des niveaux modérés, avec un taux moyen de 1,1% sur les huit premiers mois de 2025. Selon les projections de Bank Al-Maghrib, elle devrait ressortir à 1% cette année, quasi-stable par rapport à 2024, avant de s’accélérer à 1,9% en 2026. Sa composante sous-jacente passerait de 2,2% en 2024 à 1,1% en 2025 et s’accélérerait à 2% en 2026. De leur côté, les anticipations d’inflation restent bien ancrées, les experts du secteur financier tablant, au troisième trimestre 2025, sur des taux de 2,1% en moyenne à l’horizon de 8 trimestres et de 2,2% à celui de 12 trimestres.
Au niveau national, les projections de Bank Al-Maghrib tablent sur une accélération de la croissance économique de 3,8% en 2024 à 4,6% cette année, et sur une consolidation à 4,4% en 2026. La valeur ajoutée agricole ressortirait en hausse de 5% cette année, tenant compte d’une récolte céréalière de 41,3 millions de quintaux (MQx), puis de 3,2% en 2026, sous l’hypothèse d’une production de 50 MQx. Pour les secteurs non agricoles, et à la faveur notamment de la forte dynamique de l’investissement dans les infrastructures, leur croissance avoisinerait 4,5% en 2025 et en 2026.
Pour les comptes extérieurs, la dynamique des échanges se poursuivrait à moyen terme, l’impact des récentes mesures tarifaires américaines devant demeurer faible. Ainsi, les exportations de biens augmenteraient de 6,2% en 2025, portées essentiellement par une hausse des ventes de phosphate et dérivés à 110,7 milliards de dirhams, puis de 9,4% en 2026, en lien avec la reprise attendue de l’industrie automobile. Les ventes de cette dernière devraient, après un léger recul cette année, rebondir de 20% en 2026 à 187,6 milliards de dirhams. En regard, les importations s’accroîtraient de 7,4% en 2025 puis de 7,1% en 2026, reflétant en particulier une forte augmentation des acquisitions de biens d’équipement, alors que la facture énergétique continuerait de s’alléger pour revenir à 94,4 milliards en 2026. En parallèle, les recettes de voyages maintiendraient leur performance, avec de nouvelles progressions de 11,3% cette année et de 4,8% l’année prochaine à 131,2 milliards. Pour les transferts des MRE, après une quasi-stabilité attendue cette année, ils s’accroitraient de 4,8% en 2026 à 125,5 milliards. Dans ces conditions, le déficit du compte courant resterait contenu, se situant autour de 2,3% du PIB en 2025 et de 2% en 2026, après 1,2% en 2024. Concernant les investissements directs étrangers, les recettes avoisineraient l’équivalent de 3,3% du PIB en 2025 et de 3,5% en 2026. Au total, compte tenu des financements extérieurs prévus du Trésor, les avoirs officiels de réserve de Bank Al-Maghrib continueraient de se renforcer pour atteindre 418 milliards de dirhams à fin 2025 et 434,5 milliards à fin 2026, des niveaux équivalents à 5 mois et demi d’importations de biens et services.
En ce qui concerne les conditions monétaires, le déficit de liquidité devrait s’alléger à 115,3 milliards de dirhams à fin 2025, mais se creuserait à nouveau à 133 milliards en 2026, tiré par la hausse de la circulation fiduciaire. Pour ce qui est du crédit bancaire, au regard de l’évolution prévue de l’activité économique et des anticipations du système bancaire, sa composante destinée au secteur non financier connaitrait une nette accélération, progressant de 5,9% en 2025 et en 2026, au lieu de 2,7% en moyenne durant les deux années précédentes. S’agissant du taux de change effectif réel, il ressortirait stable au terme de l’horizon de prévision, résultat d’une appréciation de 2,2% prévue cette année et d’un recul de 2,3% attendu en 2026. Sur ce même registre, les évaluations trimestrielles réalisées par Bank Al-Maghrib, selon la dernière version de la méthodologie utilisée au niveau international, indiquent que la valeur de la monnaie nationale reste globalement alignée avec les fondamentaux économiques.
Sur le volet des finances publiques, l’exécution budgétaire à fin août 2025 fait ressortir une nette amélioration de 14,5% des recettes ordinaires, portées principalement par la performance des rentrées fiscales. En parallèle, reflétant l’accroissement des dépenses ordinaires et de l’investissement, les dépenses globales se sont alourdies de 12,6%. Tenant compte de ces réalisations, des données de la Loi de Finances 2025, de la Programmation Budgétaire Triennale 2025-2027, des crédits supplémentaires ouverts par le Gouvernement en avril dernier et de l’orientation du projet de Loi de Finances 2026, les projections de Bank Al-Maghrib tablent sur un déficit budgétaire, hors produit de cession des participations de l’Etat, stable à 3,9% du PIB cette année et en atténuation à 3,4% en 2026.
Objectifs de la réforme
- Flexibilité accrue du dirham: Le passage à un régime de change flexible vise à doter l’économie d’une plus grande autonomie et à améliorer sa compétitivité sur les marchés internationaux.
- Stabilité des prix et résilience: L’objectif final est de renforcer la stabilité des prix et la capacité de l’économie à faire face aux chocs externes, notamment par l’adoption du ciblage d’inflation.
- Attractivité de la place financière: La réforme doit contribuer à améliorer l’attractivité de la place financière de Casablanca.

Étapes clés de la réforme
- 2018 : La réforme débute avec un élargissement de la bande de fluctuation du dirham de ±0,3% à ±2,5%.
- 2020 : La bande de fluctuation est à nouveau élargie de ±2,5% à ±5%.
- 2025 : Un marché des swaps de devises est prévu pour offrir des outils de gestion des risques et des produits dérivés.
- 2026 : Une “année blanche” permettra de tester le ciblage d’inflation en parallèle du régime actuel avant son lancement officiel.
- Janvier 2027 : Lancement officiel du ciblage d’inflation comme nouvel outil de pilotage de la politique monétaire.
Rôles des acteurs
- Bank Al-Maghrib (BAM): Responsable de l’application du régime de change, de la gestion opérationnelle, et de la mise en place du cadre institutionnel et technique nécessaire.
- Ministère de l’Économie et des Finances: Décide du régime de change après consultation avec BAM.
- Office des changes: Élabore le cadre réglementaire, surveille les opérations de change, et améliore les textes pour permettre des produits de couverture plus efficaces.
Le Wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a réaffirmé que la transition vers un régime de change plus flexible se fait de manière progressive et encadrée. Il a insisté sur la préservation des entreprises des effets potentiellement déstabilisateurs de la volatilité monétaire. Lors du point de presse trimestriel à l’issue du conseil de BAM, il a détaillé les étapes franchies et les conditions nécessaires avant la mise en œuvre complète de cette réforme.
Pour le gouverneur, « la réforme est bel et bien là ». Il a souligné qu’un marché interbancaire des changes fonctionne désormais sans intervention directe de la Banque centrale, avec des positions longues et courtes en fonction des flux de devises entrants et sortants. Ce mécanisme s’inscrit dans la bande de fluctuation de ±5% instaurée par Bank Al-Maghrib, confirmant l’entrée en vigueur d’une première étape de flexibilité.
Toutefois, Abdellatif Jouahri a insisté sur le fait que le Maroc ne pouvait pas, dans l’immédiat, franchir le pas décisif de l’abandon de l’ancrage au panier de devises pour laisser le marché déterminer librement la valeur externe du dirham. « Notre tissu économique n’est pas encore prêt pour ce saut. Nous devons passer d’un ancrage de taux de change à un autre ancrage, celui de la politique monétaire, incarné par le taux directeur de la Banque centrale », a-t-il expliqué.
Le Wali a reconnu que le Fonds monétaire international (FMI) avait longtemps insisté pour que le Maroc accélère ce processus. « À un moment donné, dans les rapports de l’article IV, on pouvait lire : le Maroc est prêt. Mais nous avons trouvé un terrain d’entente. Nous avons accepté d’avancer sur le ciblage d’inflation sans franchir immédiatement cette deuxième étape du régime de change », a-t-il précisé. Le FMI a fini par entériner cette position, ne mentionnant plus cette exigence dans ses derniers comptes rendus.
Selon Abdellatif Jouahri, Bank Al-Maghrib a déjà mené des travaux préparatoires avec l’assistance technique du FMI afin de se doter des outils méthodologiques et des ressources humaines nécessaires à la mise en place du ciblage d’inflation. « Nous sommes prêts dans l’ensemble, mais nous devons finaliser certaines composantes du modèle », a-t-il affirmé. La feuille de route est désormais claire. Une « année blanche » est prévue en 2026, durant laquelle les deux méthodes (régime actuel et ciblage d’inflation) seront testées en parallèle. « Ce sera un passage à blanc pour s’assurer que nous sommes à l’aise avec le dispositif », a indiqué le Wali. L’objectif est de lancer officiellement la mise en œuvre du ciblage de l’inflation le 1er janvier 2027.

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