Madagascar :les manifestants accèdent à Ambohijatovo

Dakar,1ER  OCTOBRE 2025(JVFE)-La place d’Ambohijatovo a été investie hier par des manifestants du mouvement Génération Z, mais leur occupation n’a duré que quelques heures. Les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser la foule à coups de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation, dans plusieurs quartiers du centre-ville..

La capitale a connu une nouvelle journée de tension. Symbole de contestation et interdite d’accès depuis plusieurs semaines, Ambohijatovo a finalement été atteinte par les manifestants, avant l’intervention de l’État-major mixte opérationnel (Emmo), chargé de la sécurité. La dispersion a duré jusque dans la soirée, s’étendant à Ambatonakanga, Ambohidahy et jusqu’à l’entrée du tunnel d’Ambanidia.

Contrairement aux précédentes mobilisations, qui partaient du campus d’Ankatso, le mouvement Génération Z avait cette fois communiqué de nouvelles consignes via sa page Facebook. Les participants étaient appelés à se regrouper en petits comités dans différents quartiers avant de converger vers des points stratégiques. Une stratégie destinée à contourner les dispositifs de l’Emmo.

Dès 10 heures, un premier rassemblement s’est tenu à Ataninandro. Le groupe, d’abord restreint, s’est progressivement élargi, notamment avec la présence d’artistes venus apporter leur soutien. Les manifestants ont tenté de négocier avec les forces de l’ordre pour rejoindre pacifiquement la place d’Ambohijatovo. Ces dernières leur ont proposé des alternatives, comme le stade Maki d’Andohatapenaka ou le stade Malacam d’Antanimena. Les protestataires ont refusé, considérant Ambohijatovo comme le seul lieu légitime de leur mobilisation.

Après un passage par Ankadifotsy, où un autre groupe était déjà réuni, le cortège a pris de l’ampleur. Les discussions se sont poursuivies, mais vers 13 h 50, face à l’impasse, une première salve de gaz lacrymogènes a été lancée. Les manifestants se sont repliés dans les ruelles voisines, donnant lieu à des affrontements sporadiques qui se sont prolongés tout l’après-midi.

Parallèlement, une autre mobilisation est partie de Vontovorona. Des étudiants de l’École supérieure polytechnique d’Antananarivo (ESPA), rejoints par des habitants d’Imerintsiatosika conduits par le maire élu de la ville, Parisoa Andriambolanarivo, ont entamé une marche vers la capitale, parcourant à pied une trentaine de kilomètres. Leur action visait au début  à réclamer la libération du député d’Arivonimamo, Antoine Rajerison, arrêté lundi mais déjà libéré hier matin. Ils ont décidé, par la suite, de rejoindre la Génération Z à Ambohijatovo. 

Tout au long du trajet, de Fenoarivo à Anosibe en passant par Anosizato, d’autres habitants se sont agrégés au cortège. À Ampitatafika, un groupe de forces de l’ordre les a escortés jusqu’à Anosy, où un barrage de l’Emmo avait été érigé. Après des échanges tendus, les Forces de défense et de sécurité (FDS) ont finalement laissé passer la foule, qui a pu poursuivre sa marche sans incident majeur jusqu’à Ambohijatovo.

Journée symbolique pour le mouvement Gen Z hier. Les manifestants dont certains sont venus de loin, comme d’Imerintsiatosika ou de Fenoarivo, ont investi l’espace d’un court instant hier, le jardin d’Ambohijatovo, symbolique de la vie politique malgache et surnommé place de la démocratie.

À leur arrivée, les marcheurs ont rejoint d’autres manifestants venus d’Ambondrona et de Behoririka. Une partie de la foule est entrée dans le jardin d’Ambohijatovo avant de ressortir pour se diriger vers le parvis de l’Hôtel de Ville, à Analakely. Certains ont appelé à investir la place du 13-Mai, plus symbolique, mais le mouvement Génération Z a aussitôt demandé sur les réseaux sociaux de ne pas céder à cette option et de rester concentrés sur Ambohijatovo.

C’est à ce moment que les forces de l’ordre, positionnées près du camp ex-RM1, ont lancé une nouvelle offensive avec des grenades lacrymogènes. La foule s’est dispersée dans les rues voisines, plusieurs groupes tentant de se reconstituer.

Jusqu’en début de soirée, des heurts ont encore été signalés dans plusieurs zones du centre-ville. Les forces de l’ordre ont multiplié les tirs de sommation pour empêcher toute nouvelle concentration. Vers 17 heures, le mouvement Génération Z a diffusé un message sur les réseaux sociaux, appelant ses membres à quitter les lieux pour éviter les risques d’escalade. Malgré cet appel, plusieurs dizaines de manifestants sont restés sur place, avant d’être progressivement dispersés.

Parisoa Andriambolanarivo, maire d’Imerintsiatosika, a pu accéder à Ambohijatovo après avoir marché depuis sa commune à 30 km d’Antananarivo pour rejoindre la contestation contre les coupures d’eau et d’électricité ainsi que d’autres revendications sociales de la Gen Z. Le fait qu’il ait franchi sans difficulté les barrages des forces de l’ordre à Anosy et sous le tunnel d’Ambohidahy a suscité des interrogations. Son arrivée à Ambohijatovo a été perçue comme une grande victoire pour les manifestants. Sur la place, le jeune maire, également enseignant en géographie à l’Université d’Antananarivo, a réclamé la démission du président Andry Rajoelina et le départ de l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga. Répondant aux critiques, il a nié toute proximité avec ce dernier : « Personne ne pourra m’acheter, même avec de l’argent par conteneurs », a-t-il affirmé.

Les trois conseillers municipaux de la Commune urbaine d’Antananarivo étaient apparus hier lors des manifestations après leur audience au tribunal d’Anosy. Leur procès a été reporté au 7 octobre prochain. Alban Rakotoarisoa alias Baba a brièvement pris la parole à Ambohijatovo aux côtés du maire d’Imerintsiatosika et d’un représentant du mouvement Gen Z, avant que les forces de l’ordre n’interviennent pour disperser la foule nombreuse présente sur les lieux.

Plusieurs artistes connus, dont les membres du groupe Ambondron

Vers 11h30, le président du Sénat, le général retraité Richard Ravalomanana, a été hué par la foule à Ambatonakanga alors qu’il se rendait à son bureau. Agacé, l’ancien secrétaire d’État à la gendarmerie nationale, surnommé « Général Bomba », est descendu de son véhicule pour menacer les manifestants. Il aurait ensuite ordonné aux forces de l’ordre présentes de « ne pas se laisser faire ». À partir de ce moment, les répressions se sont intensifiées et n’ont plus cessé dans l’après-midia, le slameur et rappeur Bolo, ainsi que les Oladad, se sont joints à la mobilisation qui se poursuit depuis le 25 septembre. Aperçus à Antaninandro, ils ont, comme les manifestants, été pris pour cible par les gaz lacrymogènes. Dans un premier temps, les forces de l’ordre avaient laissé les participants choisir librement leur lieu de rassemblement, avant d’intervenir violemment lorsque certains groupes ont décidé de se déplacer en masse vers un site précis. D’autres artistes tels que Yzit, Lola, Francis Turbo, Melky, Stéphanie et Nosy Rose avaient déjà été vus sur le terrain lundi.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a réagi face à la réponse violente aux manifestations contre les coupures d’électricité et d’eau. Dans un communiqué publié hier, il se dit « choqué par la répression des manifestations contre les coupures d’eau et d’électricité ». A défaut d’un bilan officiel émanant des autorités, l’OHCHR a évoqué un bilan d’au moins 22 morts et plus d’une centaine de blessés en seulement quelques jours dans la capitale et dans les autres provinces et grandes villes de la Grande île.

Parmi les victimes figurent des manifestants et des journalistes abattus par les forces de sécurité, sans oublier des morts collatérales dues à des pillages par des « individus et gangs » non liés aux protestataires, déclare l’OHCHR. Il dénonce une force non nécessaire– gaz lacrymogènes, charges et tirs à balles réelles – et exhorte à libérer les arrestations arbitraires. « Je réitère que les forces de l’ordre doivent s’abstenir de recourir à une force disproportionnée », insiste le Haut-Commissaire Volker Türk , appelant à des enquêtes transparentes sur les violences.

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