L’or a atteint la barre symbolique des 4.000 dollars l’once, un seuil lointain il y a encore un an

Dakar,08 OCTOBRE 2025(JVFE)-Entre tensions politiques, conflits armés et retour au pouvoir de Donald Trump, l’or a dépassé mercredi 8 octobre la barre symbolique des 4.000 dollars l’once, un seuil lointain il y a encore un an.

L’or a dépassé pour la première fois la barre des 4 000 dollars l’once , alors que les investisseurs se sont rués sur cette valeur refuge dans le cadre d’un rallye historique, afin de se prémunir contre les incertitudes économiques et géopolitiques mondiales, tout en anticipant une baisse des taux d’intérêt américains.

L’or au comptant progressait de 1,3 % à 4 034,59 dollars l’once à 09h31 GMT. Les contrats à terme sur l’or américain pour livraison en décembre gagnaient 1,3 % à 4 056,80 dollars.

L’argent profitait également de la dynamique de l’or, enregistrant une hausse de 2,2 % à 48,85 dollars l’once, se rapprochant de son record absolu de 49,51 dollars.

Convoité pour son utilisation dans la joaillerie, l’industrie ou comme actif de réserve, l’or incarne depuis toujours la “valeur refuge” par excellence car il conserve sa valeur intrinsèque, bien qu’il ne rapporte pas d’intérêts.

Les investisseurs se tournent vers lui pour se protéger contre le risque de perdre de l’argent quand ils anticipent des perspectives moroses. La barre des 2.000 dollars l’once a ainsi été franchie pour la première fois en août 2020, au moment de la pandémie de Covid-19.

Le métal a ensuite fluctué autour de cette valeur jusqu’en 2024 où son cours a subitement explosé: il a passé les 2.500 dollars en août 2024, puis les 3.000 dollars en mars dernier, avant les 3.500 dollars en septembre. Il a, enfin, franchi les 4.000 dollars ce mercredi dans les échanges asiatiques.

“Les chiffres parlent d’eux-mêmes: l’or a déjà augmenté de plus de 40% en 2025 et se dirige vers une troisième année consécutive de gains à deux chiffres”, relève Stephen Innes, de la société de gestion SPI Asset Management.

Les inquiétudes liées aux risques géopolitiques et économiques mondiaux sont les principaux moteurs de la hausse de 53% du prix de l’or cette année, qui atteint un niveau record de plus de 4.000 dollars l’once, les analystes ne voyant que peu de moyens de stopper cette hausse.Le métal précieux a doublé sa valeur au cours des trois dernières années, les investisseurs cherchant la sécurité au milieu du plus grand conflit européen depuis la Seconde Guerre mondiale entre la Russie et l’Ukraine, et des combats à Gaza entre Israël et le Hamas qui ont tué des milliers de personnes, principalement des Palestiniens, et se sont étendus pour inclure des frappes aériennes sur l’Iran et le Yémen et des perturbations du commerce maritime.

Sur le plan économique, l’inquiétude des investisseurs est alimentée par l’incertitude entourant l’économie américaine, alors que le président Donald Trump a imposé des tarifs douaniers qui ont bouleversé le commerce mondial, par les inquiétudes concernant la force du dollar américain, l’indépendance de la Réserve fédérale, l’inflation persistante et la faible croissance européenne.Les lingots ont bondi de 12 % en septembre seulement, entraînant également l’argent, le platine et le palladium à la hausse.« Le rallye est incroyable, il nous indique que quelque chose de mauvais se produit et que nous devrions être nerveux », a déclaré Dan Smith, directeur général de Commodity Market Analytics.Les décideurs politiques ont également soutenu les prix de l’or en maintenant les coûts d’emprunt bas et en retardant les hausses de taux, incitant les investisseurs à se tourner vers le métal comme réserve de valeur sûre.

Les achats d’or par les banques centrales ont également soutenu les prix. Les banques centrales du monde entier sont en passe d’acheter 

1000 tonnes d’or en 2025, ce qui marquerait leur quatrième année d’achats massifs, en diversifiant leurs réserves des actifs libellés en dollars vers les lingots, selon le cabinet de conseil Metals Focus.Bien que chaque pas en avant ait soulevé la perspective d’une vente massive, avec des indicateurs montrant que le marché est de plus en plus suracheté, la conquête de 4 000 $ pourrait ouvrir la voie au métal pour prolonger sa course haussière jusqu’en 2026.Habituellement, au cours d’une année donnée, un ou deux facteurs de risque font bouger le prix de l’or, a déclaré David Wilson, analyste chez BNP Paribas : « Mais en ce moment, tout ce qui est un facteur de risque traditionnel de l’or se produit. »Si vous êtes investisseur, où placez-vous votre argent ? Si les perspectives de l’économie et de la dette américaines vous inquiètent, souhaitez-vous investir dans cette valeur refuge traditionnelle que sont les bons du Trésor américain ? Non, les rendements des bons du Trésor à long terme montrent que les investisseurs sont réticents.

Au fur et à mesure que le rallye progressait, de nouveaux moteurs ont changé de position pour pousser les prix à la hausse, de la demande des banques centrales à l’accélération des flux entrants dans les fonds négociés en bourse (FNB) adossés à l’or physique ces dernières semaines, ainsi qu’à la demande de lingots et de pièces.

Goldman Sachs a relevé lundi sa prévision de prix de l’or pour décembre 2026 à 4 900 dollars l’once.« Pour l’instant, l’opinion semble se dire que la situation va peut-être perdurer. Peut-être qu’il n’y a pas de baisse pour l’instant », a déclaré Wilson, de BNP Paribas.Quelle série d’événements doit se produire pour que le monde prenne une grande inspiration et se dise : « En fait, ce n’est pas si grave ? » Verra-t-on un changement dans la politique américaine en matière de droits de douane, de commerce et d’immigration ? À l’heure actuelle, il est difficile d’imaginer quels événements pourraient soudainement modifier le sentiment sur les perspectives mondiales.

L’imprévisibilité des décisions du président américain depuis son retour au pouvoir en janvier a eu un impact considérable, à commencer par sa politique commerciale et les menaces de droits de douane, notamment contre l’Union européenne et la Chine, qui ont chamboulé l’économie mondiale.

L’or a également été porté par les pressions de M.Trump sur la Réserve fédérale (Fed), la banque centrale américaine, pour qu’elle abaisse ses taux, faisant peser un doute sur son indépendance.

Autant d’éléments qui affaiblissent le dollar – une autre valeur refuge traditionnelle -, alimentent le risque d’inflation et incitent à se tourner vers l’or. Le blocage budgétaire (“shutdown”) actuel aux Etats-Unis constitue un dernier coup de fouet au métal jaune. La crise politique en France, deuxième économie européenne, exacerbe également le climat d’incertitude.

La ruée vers l’or a en toile de fond été alimentée ces derniers mois par les craintes continues liées à la guerre en Ukraine, débutée en février 2022, et à la situation au Proche-Orient depuis le 7 octobre 2023. Après l’invasion lancée par Moscou début 2022, les réserves de change de la banque centrale russe détenues à l’étranger ont été gelés, faisant gonfler les cours de l ‘or.

La guerre en Ukraine a aussi renforcé l’engouement des banques centrales pour le précieux métal: elles remplissent leurs coffres de lingots afin de se couvrir en cas de coup dur, stabiliser leur devise, ou encore comme garantie pour des prêts et des transactions.

La progression de l’or se produit sur des marchés globalement en hausse: les Bourses progressent, avec des valorisations élevées, et du côté des cryptomonnaies, le bitcoin a battu ce week-end un nouveau record.

“Il semble y avoir beaucoup de liquidités disponibles” de la part des investisseurs qui “continuent de rechercher la diversification”, souligne Chris Beauchamp, analyste chez IG.

L’or apparaît ces temps-ci comme un meilleur instrument de diversification que les achats de dette publique des Etats, devenus plus risqués. Dans ce contexte, “les investisseurs mondiaux se retrouvent confrontés à une insoutenable ‘peur de rater quelques chose’ (en anglais “Fomo”, ou “fear of missing out”)”, souligne Ipek Ozkardeskaya, analyste principale chez Swissquote Bank.

« Les facteurs de fond restent globalement inchangés, avec l’incertitude géopolitique, à laquelle s’ajoute l’élément de la fermeture du gouvernement », analyse Rhona O’Connell, analyste chez StoneX.

« Cette dernière n’entrave pas la vigueur des marchés actions, mais il y aura tout de même une certaine gestion du risque via les métaux précieux. »

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