Madagascar – L’ariary peine à se redresser

dakar ,23 juin 2025 (JVFE) -L’Ariary est l’unité monétaire de la République de Madagascar. Avant la période coloniale française, l’Ariary était l’unité monétaire en usage à l’époque du royaume de Madagascar au XIXe siècle.

L’ariary continue de se déprécier face aux principales devises étrangères, notamment l’euro. Malgré un contexte international parfois favorable, la monnaie malgache reste fragile.

e gouverneur de la Banky Foiben’i Madagasikara, Aivo Andrianarivelo, lors du lancement officiel de l’e-Ariary,  à l’Hôtel de Ville d’Antananarivo

La Banky Foiben’i Madagasikara (BFM) avait lancé officiellement, à l’Hôtel de Ville d’Antananarivo, l’e-Ariary, première monnaie numérique émise par l’État malgache. Cette innovation marque le début d’une phase expérimentale visant à moderniser les paiements, renforcer la souveraineté monétaire et favoriser l’inclusion financière.

Version numérique de l’Ariary, l’e-Ariary conserve la même valeur que la monnaie physique, mais s’utilise via différents supports technologiques : smartphone, téléphone mobile classique avec code USSD, QR code ou carte électronique. À la différence des cryptomonnaies, il s’agit d’une monnaie centralisée, encadrée par la banque centrale, et reconnue comme ayant cours légal.

« Cette innovation est le fruit de plusieurs années de travail avec les banques, les opérateurs de mobile money, les commerçants et les experts du secteur », a déclaré le gouverneur de la BFM, Aivo Andrianarivelo. Il a souligné que l’e-Ariary est pensé pour s’adapter aux réalités sociales et économiques du pays. L’objectif est notamment de réduire les coûts de gestion des espèces, d’accélérer les paiements et de rendre les services financiers plus accessibles aux personnes non bancarisées.

Le lancement de cette monnaie numérique suscite toutefois des interrogations. Certains économistes expriment des réserves quant au risque d’un renforcement du contrôle de l’État sur les transactions. D’autres pointent les défis techniques, en particulier dans les zones rurales, où la connectivité demeure limitée, ainsi que la concurrence potentielle avec les services de mobile money déjà bien implantés dans le pays.

Pour répondre à ces enjeux, une phase pilote de dix mois sera menée dans des zones géographiques ciblées. Elle permettra de tester le système en conditions réelles, d’en évaluer les usages et de mesurer son impact économique et social. Si les résultats sont jugés concluants, un déploiement progressif à l’échelle nationale pourrait suivre.

Depuis plusieurs mois, l’ariary continue de perdre de la valeur. Hier, un euro s’échange à environ 5 084 ariary et un dollar à 4 435 ariary, selon la Banque centrale de Madagascar. Entre février et avril, la monnaie malgache a encore reculé de près de 9 % face à l’euro.

Cette baisse n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une tendance observée depuis deux ans. Pour certains économistes, cette situation est liée à un déséquilibre durable entre la production nationale et la consommation du pays.

« Nous importons beaucoup plus que nous n’exportons. Donc, nous avons besoin de devises étrangères, et ça fragilise l’ariary », explique un économiste basé à Antananarivo.

Même si le dollar s’est affaibli ces derniers mois sur les marchés internationaux, cela n’a pas profité à la monnaie nationale. L’euro, lui, s’est renforcé grâce à une politique monétaire plus stricte en Europe. « L’Union européenne a mieux géré sa politique monétaire, ce qui a renforcé l’euro. En face, la confiance dans le dollar a un peu baissé, mais ce contexte n’a pas aidé l’ariary, car nos problèmes sont surtout internes », poursuit-il.

À Madagascar, l’économie repose beaucoup sur les importations. Le pays produit peu de biens transformés et dépend fortement de l’extérieur, notamment pour les produits alimentaires ou les biens de consommation. Cette dépendance se traduit également par une hausse des prix, comme ceux de la farine ou du paddy, qui ont fortement augmenté en juin.

« Tant qu’on ne produit pas plus localement, on restera dépendants de l’extérieur. Et donc, de la valeur des monnaies étrangères », note l’économiste.

D’autres pays de la région, comme Maurice ou les Seychelles, ont réussi à mieux stabiliser leur monnaie en misant sur des secteurs comme le tourisme ou l’industrie légère. Madagascar, lui, n’a pas encore pu faire de ces secteurs des piliers forts d’entrée de devises. Selon l’économiste, des injections de devises par la Banque centrale peuvent aider à court terme, mais elles ne suffisent pas.

« La vraie solution, c’est d’avoir une économie qui attire naturellement des devises, avec des produits ou services compétitifs. Sinon, la monnaie reste vulnérable. »

En résumé, la faiblesse de l’ariary s’explique surtout par un manque de production locale et une forte dépendance aux importations. Tant que ces déséquilibres ne sont pas corrigés, la monnaie nationale aura du mal à se redresser de façon durable.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *