Dakar,25 juin 2025 (jvfe) -En 20 ans, Pékin est devenu le premier partenaire commercial de l’Afrique, le premier investisseur dans les pays africains et son premier créancier.
Alors que les États-Unis menacent d’ériger de nouvelles barrières commerciales avec l’Afrique, la Chine joue la carte du libre-échange total. Une manœuvre stratégique de Pékin, qui pourrait bouleverser les équilibres du commerce sino-africain.
Alors que la quatrième édition de l’exposition économique et commerciale Chine-Afrique s’est ouverte ce 12 juin 2025 à Changsha (centre du pays), Pékin a annoncé son intention de supprimer les droites de douane sur les produits de 53 pays africains. Objectifs affichés par les autorités chinoises : stimuler les exportations africaines et réduire la balance commerciale largement en défaveur du continent. Le gouvernement chinois n’a pas encore précisé quand la mesure entrera en vigueur
la guerre des tarifs a-t-elle atteint l’Afrique ? À Changsha, du 10 au 12 juin 2025, la Chine a officiellement annoncé, par la voix de son président Xi Jinping, sa volonté de conclure un Accord de Partenariat économique Chine-Afrique pour un développement partagé, prévoyant la suppression des droits de douane sur 100 % des lignes tarifaires pour les 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec Pékin.
Une décision spectaculaire, au moment où l’administration américaine, sous l’impulsion d’un Donald Trump ressuscité sur la scène politique, promet des droits de douane réciproques et dissuasifs sur les produits africains. Alors que Washington ferme la porte, Pékin l’ouvre en grand. En écho à la rhétorique de la confrontation, la Chine brandit l’arme douce du commerce sans entrave.
« Nous souhaitons faciliter davantage les exportations africaines et construire ensemble une communauté sino-africaine moderne », a précisé Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
La mesure, encore en phase de négociation, vise à élargir un dispositif déjà en place. Actuellement, 33 pays africains les moins avancés bénéficient d’un traitement tarifaire zéro pour leurs exportations vers la Chine. Le nouveau pacte, s’il se concrétise, intégrerait les pays à revenu intermédiaire ou industrialisés, à l’instar du Kenya, du Nigeria, de l’Afrique du Sud, du Maroc ou de l’Égypte.
Pour Hannah Ryder, fondatrice du cabinet Development Reimagined, l’initiative est de taille : « Elle permettrait d’équilibrer les échanges sino-africains, en offrant un accès compétitif au marché chinois pour des produits manufacturés africains. »
Il s’agit donc autant d’un geste commercial que politique, à l’heure où la Chine entend consolider son influence sur le continent face aux incertitudes américaines.
La Chine demeure depuis 16 ans le premier partenaire commercial de l’Afrique. En 2024, les échanges bilatéraux ont atteint 295,56 milliards de dollars, selon les douanes chinoises. Mais la balance reste déséquilibrée : 178,76 milliards de dollars d’exportations chinoises vers l’Afrique (+3,5 % en un an), contre 116,79 milliards de dollars d’importations en provenance d’Afrique (+6,9 %).
Résultat : un déficit commercial africain de 61,93 milliards de dollars, en légère baisse mais toujours chronique. L’explication ? Les produits africains exportés vers la Chine restent massivement des matières premières (pétrole, minerais, cacao…), tandis que les importations chinoises sont dominées par des biens manufacturés (textile, électronique, machines…).
En supprimant les barrières douanières, Pékin entend stimuler la transformation des économies africaines, en valorisant les chaînes de valeur locales.
Objectif numéro un : stimuler les exportations africaines. Les grandes économies industrielles du continent – comme le Kenya, l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Égypte ou encore le Maroc – pourraient en tirer des bénéfices immédiats, en accédant plus facilement au marché chinois.
Mais Pékin veut aussi corriger un déséquilibre structurel : la Chine affiche aujourd’hui un excédent commercial de 62 milliards de dollars avec l’Afrique. En facilitant l’entrée de produits africains, elle espère rééquilibrer la balance tout en répondant aux attentes de ses partenaires.
Ce geste s’inscrit aussi dans une ambition géopolitique plus large : renforcer la solidarité Sud-Sud et construire une « communauté de destin Chine-Afrique », comme l’a souligné le président chinois Xi Jinping.
Si l’annonce est accueillie avec enthousiasme dans les milieux économiques africains, plusieurs zones d’ombre subsistent : aucune date d’entrée en vigueur n’a été précisée, les modalités techniques et juridiques de l’accord restent à définir, et surtout, les pays africains devront renforcer leurs capacités de production et de transformation pour tirer parti d’un tel accès au marché chinois.
Depuis 2005, les 27 pays d’Afrique les moins avancés bénéficient d’exemption sur la quasi totalité de leurs exportations, et l’impact reste marginal.
Ces suppressions de droits de douanes pourraient aussi inciter les pays africains à rester dans le système actuelle c’est à dire à rester dans une économie d’extraction plutôt que d’aller vers la transformation.
L’unique pays exclu du dispositif est l’Eswatini (ex-Swaziland), dernier allié de Taïwan en Afrique, rappelant que l’ouverture économique de la Chine reste arrimée à des considérations géopolitiques.
Reste à savoir si les États africains sauront coordonner leurs politiques commerciales, industrielles et fiscales pour convertir cette promesse tarifaire en bénéfices concrets pour leurs populations.
