Dakar,10 Septembre 2025(JVFE)-L’Union africaine (UA), dont le siège est à Addis Abeba, organise de ce lundi 8 au mercredi 9 septembre son deuxième sommet continental sur le climat dans la capitale éthiopienne.
Le deuxième Sommet africain sur le climat est organisé en partenariat avec l’Union africaine et a lieu au centre de conférence international de la capitale éthiopienne.
Cette édition 2025 du Sommet africain sur le climat a pour thème : “Accélérer les solutions climatiques mondiales : financer le développement résilient et vert de l’Afrique”.
Tel est le thème de cette rencontre à laquelle participe l’Église africaine à travers le Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar, SCEAM. Lundi 8 septembre, lors de la cérémonie d’ouverture Mgr Coffi Roger Anoumou, a lu une déclaration du SCEAM, pointant le fait que «l’Afrique subit des impacts disproportionnés – sécheresses, cyclones, inondations, désertification – alors qu’elle contribue le moins aux émissions mondiales». Pourtant, une étude de la Banque mondiale sur le changement climatique, publiée il y a une dizaine d’années, révélait un scénario inquiétant pour l’Afrique en lien avec le réchauffement climatique. Un réchauffement de 2°C aurait, en effet, des conséquences dramatiques sur l’agriculture, le moyen de subsistance de 80% de la population du continent.
Elle a débuté ce lundi 8 septembre, par une cérémonie de plantation d’arbres dans l’enceinte du site. Pendant trois jours, jusqu’au 10 septembre, ce sont 45 chefs d’État et de gouvernement qui seront présents.
Alors que l’Afrique est en quête de justice climatique et de financements, l’enjeu de cette rencontre, est de parler d’une seule voix avec un même leadership dans l’action climatique mondiale. Dans une déclaration, le SCEAM appelle le continent, responsable de seulement 4% des émissions à effet de serre, à affronter avec ambition son avenir climatique.
Le constat du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et Madagascar (SCEAM ) est formel: «La crise climatique est à la fois une urgence morale et écologique». De ce fait, «L’Église catholique en Afrique appelle à une action audacieuse, équitable et urgente pour garantir que les solutions climatiques soient menées par l’Afrique, ancrées dans les communautés et justes», a déclaré Mgr Coffi Roger Anoumou, évêque de Lokossa au Benin, lundi 8 septembre, au centre de conférences internationales d’Addis-Abeba.
Face à cela, le symposium estime que «l’Afrique ne doit pas se contenter d’être le destinataire d’agendas externes, mais doit être l’architecte à part entière l’architecte de son avenir écologique», insiste l’épiscopat africain. D’où les solutions que l’épiscopat propose aux décideurs réunis dans la capitale éthiopienne.
Ainsi, le SCEAM préconise la promotion des approches fondées sur la nature en soutenant l’utilisation des énergies renouvelables, l’agriculture régénérative et les technologies appropriées qui protègent la biodiversité et respectent le patrimoine culturel. En outre, le symposium estime que les véritables solutions doivent également intégrer l’équité sociale, la dignité humaine ainsi que la protection de la création, et non le profit à court terme ou les «fausses solutions» telles que les compensations nuisibles ou les projets extractifs.
Le symposium suggère également l’investissement dans des systèmes renouvelables décentralisés et communautaires, en particulier solaires, qui créent des emplois décents, autonomisent les femmes et les jeunes et réduisent la pauvreté énergétique tout en limitant les émissions de carbone. Toutefois, exhortent les évêques africains, les efforts d’adaptation doivent préserver la sécurité alimentaire, les systèmes d’approvisionnement en eau et les moyens de subsistance, en donnant la priorité aux populations pauvres et marginalisées. Dans cette dynamique qu’ils appellent, les évêques d’Afrique précisent que «les communautés religieuses sont prêtes à collaborer pour éduquer, mobiliser et accompagner les populations touchées».
Pour ces dirigeants, l’objectif est de lancer un appel à passer de la parole à l’action, en faisant de l’Afrique non pas une victime du changement climatique, mais un acteur majeur qui propose des solutions vers une transition climatique mondiale.

Mgr Coffi Roger Anoumou, évêque de Lokossa au Benin, lors de la lecture de la déclaration du SCEAM
À l’instar des Etats africains, l’Église en Afrique appelle les nations riches à rembourser leur dette écologique. Pour le Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar, cela doit se faire par le biais d’un financement climatique transparent, accessible et non générateur de dette. Ainsi, souhaite le SCEAM les fonds pour les pertes et dommages et pour l’adaptation doivent être rapidement opérationnels, atteindre directement les communautés vulnérables et favoriser la résilience plutôt que la dépendance. «Les retards et les demi-mesures ne font qu’aggraver les souffrances de nos populations et mettre en péril les générations futures», souligne le symposium.
S’appuyant sur les deux encycliques du Pape François Laudato si’ et Laudate Deum, l’épiscopat africain entend s’engager à promouvoir la conversion écologique dans chaque paroisse, école et diocèse. De même que plaider, lors de la COP30 et d’autres forums mondiaux, en faveur d’une élimination progressive et équitable des combustibles fossiles et d’une transition vers les énergies renouvelables. L’épiscopat africain, qui a également affiché sa volonté de s’associer à des acteurs éthiques pour construire une Afrique verte et résiliente, s’engage à créer un observatoire ecclésial sur la justice climatique afin de surveiller la mise en œuvre des engagements climatiques.
Lors de l’ouverture du sommet, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a exhorté les partenaires à remplacer l’aide par des investissements. Il a notamment mis en avant l’initiative “Green Legacy” de l’Éthiopie, qui a permis de planter plus de 48 milliards d’arbres ou encore la mise en service imminente du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, qui devrait produire 5 000 mégawatts d’énergie renouvelable.
Le Premier ministre éthiopien a proposé un pacte africain pour l’innovation climatique, un partenariat de 50 milliards de dollars par an visant à mettre en œuvre 1 000 solutions climatiques africaines d’ici 2030 dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture, de l’eau, des transports et de la résilience.
Enfin, Abiy Ahmed a annoncé officiellement la candidature de l’Éthiopie pour accueillir la COP32 en 2027, proposant Addis-Abeba comme capitale africaine du climat.
Le changement climatique, un fléau pour l’Afrique
Selon l’Organisation météorologique mondiale, les conditions météorologiques extrêmes et les effets du changement climatique touchent tous les aspects du développement socio-économique en Afrique et aggravent la faim, l’insécurité et les déplacements de population.
Dans un rapport intitulé État du climat en Afrique 2024, l’agence onusienne note que la température moyenne à la surface de l’Afrique en 2024 était supérieure d’environ 0,86°C à la moyenne de la période 1991-2020.
L’Afrique du Nord a enregistré la température la plus élevée, soit 1,28°C au-dessus de la moyenne de la période 1991-2020. C’est la sous-région qui se réchauffe le plus rapidement sur le continent africain.
Au Soudan du Sud par exemple, les inondations dévastatrices qui ont frappé ces derniers mois ont privé des milliers d’éleveurs de leurs biens les plus précieux : chèvres, vaches et autres animaux d’élevage. Ces derniers sont essentiels à la vie des gens et à leurs coutumes ancestrales, notamment en ce qui concerne les mariages et les traditions culturelles. Tout cela risque d’être emporté ou brûlé par les ravages du changement climatique, alerte l’ONU.

Les délégués participent au Sommet africain sur le climat à Addis-Abeba, où l’OIM explique le rôle de la mobilité humaine dans le renforcement de la résilience et du développement durable.
Alors que l’Afrique est confrontée à certains des défis climatiques les plus urgents au monde, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) préconise une approche stratégique de la migration climatique basée sur les concepts d’adaptation et de résilience. C’est cet appel que l’OIM lancera lors du deuxième Sommet africain sur le climat (ACS2), où plus de 25 000 délégués, dont des dirigeants et des experts africains, se réuniront pour aborder les priorités climatiques urgentes du continent.
« La mobilité climatique vient avec son lot de problématiques, mais aussi d’opportunités qui peuvent être déterminantes pour l’avenir de l’Afrique », a déclaré Mohammed Abdiker, chef de cabinet de l’OIM, au début de la réunion. « Les recherches de l’OIM montrent que lorsque la migration est intégrée dans l’action climatique, les villes peuvent devenir des espaces d’innovation et d’inclusion, offrant aux populations des moyens de subsistance plus sûrs et une cohésion sociale plus forte. Il est essentiel pour l’Afrique d’avoir conscience de ces possibilités pour proposer des solutions qui reflètent ses réalités et ses ambitions. »
L’Afrique est responsable de moins de 4 % des émissions mondiales, mais elle est l’une des régions les plus touchées par le changement climatique. La multiplication des sécheresses, des inondations et la dégradation de l’environnement entraînent des déplacements de population à travers le continent, laissant des millions de personnes dans une situation vulnérable.
L’OIM préconise un changement de perspective et propose de considérer la mobilité humaine comme un catalyseur d’adaptation et de développement durable. Cette approche s’inscrit dans la lignée de la Stratégie de l’OIM pour l’Afrique 2025-2029 de l’Organisation, qui donne la priorité aux solutions basées sur des données et menées par l’Afrique pour renforcer la résilience des communautés.
La Mauritanie, déjà impacté par le changement climatique, en fait une affaire d’État, comme l’explique sa ministre de l’Environnement, Massouda Laghdaf. « La Mauritanie vient d’intégrer dans la politique nationale la dimension climatique et on espère que cela aboutira à une meilleure résilience des populations », veut-elle.
La résilience justement, c’est l’un des thèmes de la journée. Selon Jorge Patino, géographe à l’OCDE, l’urbanisation fulgurante à venir du continent impose de réfléchir. « Avoir de meilleurs programmes d’infrastructures vertes est très important car cela aide la santé publique et à économiser de l’argent sur le long terme. Cela aide aussi pour l’adaptation et la mitigation des risques », explique-t-il.
Les projets de résilience et d’adaptation existent donc, mais un problème majeur persiste d’après le docteur Kate Strachan, de l’organisation « Conseil national pour les initiatives locales ». « C’est la finance. Nous n’avons pas la finance pour s’adapter et il faut de nouveaux mécanismes pour garantir les flux financiers », affirme-t-elle. La finance justement fera partie des nombreux thèmes centraux abordés lors de ce second sommet.
“Trop souvent, l’histoire africaine dans les sommets sur le climat se résume à dire ce qui nous manque : manque d’argent, manque de technologies et manque de temps. Cette fois, commençons par dire ce que nous possédons. Nous avons la population la plus jeune, qui respire la créativité et l’innovation, le secteur solaire qui connaît la croissance la plus rapide au monde, les derniers puits de carbone avec nos forêts, nos tourbières et nos littoraux.“
Pendant le sommet se tiendront des discussions avec des décideurs politiques, des partenaires et des groupes tels que le Groupe africain des négociateurs sur le changement climatique. Les thématiques abordées iront de la politique climatique et de la coopération régionale à l’adaptation urbaine. L’OIM se joindra également aux gouvernements de l’Éthiopie, du Kenya et de la Somalie pour un dialogue ministériel de haut niveau sur le climat, les conflits, les migrations et la coopération transfrontalière.
D’autres débats porteront sur le rôle de la migration dans la consolidation de la paix, sur le renforcement de la préparation aux déplacements et sur les moyens d’améliorer la participation des jeunes aux processus politiques. La Déclaration ministérielle de Kampala sur la migration, l’environnement et le changement climatique (KDMECC) occupera également une place importante dans les échanges, l’OIM travaillant aux côtés des gouvernements africains pour répondre aux conséquences du changement climatique sur la mobilité humaine et pour trouver des possibilités de développement durable.
Le climat, la paix et la sécurité figurent également en bonne place à l’ordre du jour de l’ACS2, plusieurs discussions étant prévues entre l’OIM, l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement. En effet, le changement climatique devient un multiplicateur de risques pour les conflits et les déplacements dans des régions telles que le Sahel, la Corne de l’Afrique et le bassin du lac Tchad.
« Nous devons arrêter de croire que les changements climatiques, la mobilité et la sécurité sont des problématiques distinctes », a déclaré Rania Sharshr, directrice en charge de l’action climatique à l’OIM. « En collaboration avec l’Union africaine et ses partenaires, l’OIM montre que lorsqu’elle est gérée de manière inclusive, la mobilité humaine peut être plus qu’un simple mécanisme d’adaptation : elle peut être un moteur de paix et de développement résilient face au changement climatique. » Pour l’avenir, l’OIM appelle à une plus grande mobilisation des ressources et à prendre des décisions inclusives à la hauteur des ambitions fixées. L’Organisation plaide également en faveur d’un financement inclusif de la lutte contre le changement climatique et d’une représentation significative des migrants dans les forums mondiaux avant la COP30. Elle met également l’accent sur le rôle moteur des femmes et des jeunes dans les initiatives de renforcement de la résilience et défend la mobilité comme moteur de l’innovation et du développement.

