France:Fitch abaisse la note à « A+ » et les perspectives sont stables

Dakar,13 Septembre 2025(JVFE)-Au vu de l’état des finances publiques françaises et de la crise politique persistante depuis la dissolution, la notation Fitch Ratings était attendue avec fébrilité. Et, sans grande surprise, l’agence de notation américaine a dégradé, vendredi 12 septembre, la dette souveraine de la France, dont la note passe de “AA-“, à “A+”, avec perspective stable. “La chute du gouvernement lors d’un vote de confiance illustre la fragmentation et la polarisation croissante de la politique intérieure”, a déclaré Fitch dans un communiqué. “Cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mettre en œuvre une consolidation budgétaire d’ampleur”, a-t-elle ajouté, estimant improbable de ramener le déficit public sous 3% du PIB en 2029, comme l’ambitionnait le gouvernement sortant.

Les réactions politiques à la dégradation de la note souveraine par l’agence de notation Fitch, de AA- à A+, s’enchaînent tandis que Sébastien Lecornu effectue son premier déplacement sur le terrain depuis sa nomination à Matignon.

La dégradation par Fitch de la note souveraine française  relève «d’abord une responsabilité politique», a estimé samedi le président de la Fédération bancaire française, Daniel Baal, appelant à «un budget de compromis» pour 2026. L’abaissement de AA- à A+ de la note de la dette française, qui se situe désormais dans la catégorie de qualité «moyenne supérieure» et non plus «haute», est «une mauvaise nouvelle», a estimé sur France Inter Daniel Baal, qui est également le président du Crédit Mutuel Alliance Fédérale.

«C’est juste le résultat de politiques, notamment de politiques budgétaires, menées depuis très longtemps dans ce pays qui nous conduisent dans cette situation extrêmement complexe», a-t-il développé. «C’est d’abord une responsabilité politique. Ce n’est certainement pas une responsabilité des entreprises» et «ce qui s’est passé ces derniers mois n’arrange pas la situation», a-t-il ajouté, citant «l’incertitude constante» née de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024.

Daniel Baal a également souligné «le manque de dialogue» entre les responsables politiques et «un vrai malaise d’une grande partie des Français qui ont le sentiment de ne pas être écoutés et encore moins d’être entendus».

“La chute du gouvernement lors d’un vote de confiance illustre la fragmentation et la polarisation croissante de la politique intérieure”, a déclaré vendredi soir l’organisme américain dans un communiqué.

La France prévoit un déficit public de 5,4% du PIB en 2025, bien au-dessus de la limite de 3% fixée par les règles budgétaires européennes. Sa dette dépasse ainsi désormais 3 300 milliards d’euros, soit presque 114% du PIB.

Principaux facteurs de notation Fitch Ratings 

La dégradation reflète les facteurs de notation clés suivants et leurs pondérations relatives :

Ratio d’endettement élevé et en hausse : Le ratio d’endettement des administrations publiques françaises continuera d’augmenter, reflétant la persistance des déficits budgétaires primaires. Fitch prévoit que la dette atteindra 121 % du PIB en 2027, contre 113,2 % en 2024, sans horizon clair de stabilisation de la dette au cours des années suivantes. Le ratio d’endettement de la France en 2024, déjà deux fois supérieur à la médiane de la catégorie « A », était supérieur de 15 points de pourcentage à son niveau de 2019 et se classe désormais au troisième rang des pays souverains notés « A » et « AA ». L’endettement public croissant de la France limite sa capacité à réagir à de nouveaux chocs sans aggraver la détérioration de ses finances publiques.

La fragmentation politique freine la consolidation : La défaite du gouvernement lors d’un vote de confiance illustre la fragmentation et la polarisation accrues de la politique intérieure. Depuis les élections législatives anticipées de mi-2024, la France a connu trois gouvernements différents. Cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à assurer un assainissement budgétaire substantiel et rend improbable une réduction du déficit budgétaire global à 3 % du PIB d’ici 2029, comme l’avait visé le gouvernement sortant.

Nous prévoyons que la période précédant l’élection présidentielle de 2027 limitera encore davantage la marge de manœuvre en matière de consolidation budgétaire à court terme et nous estimons qu’il est fort probable que l’impasse politique perdure au-delà de l’élection.

Bilan budgétaire fragile : La France affiche un bilan médiocre en matière d’assainissement budgétaire et de respect des règles budgétaires de l’UE. Malgré des périodes de resserrement budgétaire, le déficit budgétaire global a dépassé 3 % du PIB au cours de toutes les vingt dernières années, sauf trois, et le pays n’a pas enregistré d’excédent budgétaire primaire depuis 2001.

Déficit élevé en 2025 : Le budget 2025 vise un ajustement budgétaire de 0,7 % du PIB, dont plus de la moitié provient de mesures temporaires d’augmentation des recettes, notamment des prélèvements exceptionnels sur les grandes entreprises et les particuliers fortunés. Fitch prévoit un déficit budgétaire de 5,5 % du PIB en 2025, proche de l’objectif de 5,4 % du gouvernement, et en baisse par rapport aux 5,8 % du PIB prévus en 2024. Cependant, le chiffre de 2025 reste élevé par rapport au déficit médian projeté de la zone euro de 2,7 % et à la médiane « A » de 2,9 %.

Consolidation budgétaire incertaine : Fitch prévoit que les déficits budgétaires de la France resteront supérieurs à 5,0 % du PIB en 2026-2027. Cette prévision intègre l’hypothèse de Fitch selon laquelle les mesures de consolidation atteindront environ 0,5 % du PIB par an, compensant la hausse des charges d’intérêt et des dépenses de défense. Nous supposons que les prochaines négociations budgétaires aboutiront à un plan de consolidation budgétaire plus dilué que celui proposé par l’administration sortante, et que l’absence d’adoption d’un budget avant la fin de l’année pourrait déclencher une période de « services votés », durant laquelle aucune nouvelle mesure discrétionnaire de consolidation ne pourrait être mise en œuvre.

Rigidités budgétaires : La forte pression fiscale et la part importante des dépenses structurelles rendent difficile un assainissement budgétaire durable. Le ratio impôts/PIB de la France est le plus élevé de l’UE, à 45,6 % du PIB, contre une moyenne européenne de 40 % (2023, Eurostat), ce qui laisse une marge de manœuvre limitée pour augmenter davantage les impôts. Les efforts visant à réduire les dépenses sociales par le biais de réformes structurelles au cours de la dernière décennie ont eu des résultats limités et se sont heurtés à une forte opposition politique et sociale. Malgré les réductions des allocations de logement et de chômage, la rationalisation des dépenses de santé et la réforme du marché du travail, la France a eu du mal à réduire les dépenses sociales globales, qui s’élèvent à 32 % du PIB (moyenne européenne de 26 %).

Les IDR « A+ » de la France reflètent également les facteurs de notation clés suivants :

Fondamentaux de crédit : Les notes de la France reposent sur la taille et la diversification de son économie à revenu élevé, avec un revenu par habitant et des indicateurs de gouvernance bien supérieurs à la médiane des pays de la catégorie « A ». Ces atouts sont complétés par une solide qualité institutionnelle, l’appartenance à la zone euro, un secteur bancaire solide et un excellent accès au financement auprès d’une base d’investisseurs diversifiée. Ses notes sont plombées par un endettement élevé et croissant, un contexte sociopolitique qui rend la consolidation budgétaire difficile et un faible potentiel de croissance, à l’instar de nombreux autres pays de la zone euro.

Perspectives de croissance modestes : Les prévisions de Fitch pour le PIB réel restent inchangées. Nous prévoyons une croissance du PIB réel de 0,6 % en 2025, 0,9 % en 2026 et 1,2 % en 2027, reflétant une croissance tendancielle faible que nous estimons à 1,1 %. La France n’est que modérément exposée directement au commerce américain, mais l’impact indirect des droits de douane de 15 % imposés par les États-Unis à l’échelle de l’UE pèsera sur la croissance. La demande intérieure stimulera la croissance du PIB. L’incertitude politique et les politiques publiques actuelles pourraient peser sur le sentiment économique, mais le taux d’épargne élevé des ménages français et la solidité des bilans des entreprises devraient soutenir la consommation et l’investissement, en particulier dans le contexte actuel de faible inflation.

Finances extérieures saines : La dette extérieure nette de la France, qui s’élèvera à 36 % du PIB en 2024, reflète largement son rôle d’émetteur majeur de dette sur les marchés mondiaux. Une position nette d’investissement direct étranger positive, d’environ 15 % du PIB, souligne la portée mondiale des multinationales françaises et leur capacité à absorber les chocs externes. Nous prévoyons que le compte courant restera proche de l’équilibre, grâce à la résilience des exportations de services et à la baisse de la facture énergétique.

ESG – Gouvernance : La France obtient un score de pertinence ESG (RS) de « 5[+] » pour la stabilité et les droits politiques, l’État de droit, la qualité institutionnelle et réglementaire et la lutte contre la corruption. Ces scores reflètent le poids important des indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale (WBGI) dans notre modèle exclusif de notation souveraine. La France obtient un classement WBGI élevé, au 80e percentile, reflétant son long historique de transitions politiques stables et pacifiques, un droit de participation au processus politique bien établi, une forte capacité institutionnelle, un État de droit efficace et un faible niveau de corruption.

SENSIBILITÉS DE NOTATION

Facteurs qui pourraient, individuellement ou collectivement, conduire à une action négative ou à une dégradation de la notation

Finances publiques : Une augmentation soutenue de la dette publique par rapport au PIB à moyen terme, en raison de l’absence de mise en œuvre de mesures d’assainissement budgétaire et/ou d’une augmentation persistante des coûts de financement.

Macro : Perspectives de croissance économique sensiblement plus faibles et compétitivité affaiblie.

Facteurs qui pourraient, individuellement ou collectivement, conduire à une action/mise à niveau positive de la notation

Finances publiques : Confiance que la dette publique/PIB sera orientée vers le bas à moyen terme, par exemple en raison d’une consolidation budgétaire et/ou d’une croissance économique plus forte.

Modèle de notation souveraine (SRM) et superposition qualitative (QO)

Le SRM, propriété de Fitch, attribue à la France un score équivalent à une note « A+ » sur l’échelle IDR des devises à long terme (LT FC).

Le comité de notation souveraine de Fitch a ajusté les résultats du SRM pour arriver à l’IDR FC LT final en appliquant son QO, par rapport aux données et aux résultats du SRM, comme suit :

– Macro : +1 cran pour refléter la dégradation de la variable volatilité du PIB causée par un choc exogène très important qui a touché la grande majorité des souverains en 2020. Fitch estime que la France a absorbé le choc sans effets durables sur sa stabilité macroéconomique à long terme, et que le choc ajouterait sinon une volatilité excessive à la notation.

Finances publiques : -1 cran pour refléter le niveau très élevé et la hausse persistante du ratio dette publique/PIB, bien supérieur à la médiane « A ». Le SRM est estimé selon une approche linéaire du ratio dette publique/PIB et ne reflète pas pleinement le risque lié à des niveaux d’endettement élevés. Ce cran reflète également le contexte politique difficile pour l’assainissement budgétaire, qui, combiné, crée des vulnérabilités par rapport aux États de catégorie « A ».

Le SRM de Fitch est son modèle de notation par régression multiple exclusif. Il utilise 18 variables basées sur des moyennes centrées sur trois ans, incluant une année de prévisions, pour produire une note équivalente à un IDR FC à long terme. Le QO de Fitch est un cadre qualitatif prospectif conçu pour permettre l’ajustement des résultats du SRM afin d’attribuer la note finale, en tenant compte des facteurs de nos critères qui ne sont pas entièrement quantifiables et/ou qui ne sont pas entièrement reflétés dans le SRM.

Plafond de campagne

Le plafond national pour la France est « AAA », soit quatre crans au-dessus de l’IDR LT FC. Cela reflète des contraintes et des incitations très fortes, par rapport à l’IDR, contre l’imposition de contrôles des capitaux ou des changes qui empêcheraient ou entraveraient significativement la conversion de la monnaie locale en devises étrangères par le secteur privé et le transfert des produits à des créanciers non résidents pour le service de la dette.

Le modèle de plafond pays de Fitch a généré une hausse initiale de +3 crans au-dessus de l’IDR. Le comité de notation de Fitch a appliqué un ajustement qualitatif supplémentaire de +1 cran à ce point, au titre du pilier « Caractéristiques institutionnelles à long terme », reflétant l’appartenance de l’État souverain à l’union monétaire de la zone euro et son statut de monnaie de réserve. Nous considérons que le risque d’imposition de contrôles des capitaux ou des changes au sein de la zone euro est exceptionnellement faible, mais non négligeable.

RÉFÉRENCES POUR UNE SOURCE SUBSTANTIELLEMENT IMPORTANTE CITÉE COMME FACTEUR CLÉ DE LA NOTE

Les principales sources d’information utilisées dans l’analyse sont décrites dans les Critères applicables.

Considérations ESG

La France obtient un score de pertinence ESG de « 5[+] » pour la stabilité politique et les droits de l’homme, car les WBGI ont la pondération la plus élevée dans le SRM de Fitch et sont donc très pertinents pour la notation, constituant un facteur de notation clé avec une pondération élevée. Le classement de la France au percentile supérieur à 50 pour l’indicateur de gouvernance concerné a un impact positif sur le profil de crédit.

La France obtient un score de pertinence ESG de « 5[+] » pour l’État de droit, la qualité institutionnelle et réglementaire et la lutte contre la corruption, car les indicateurs WBGI ont la pondération la plus élevée dans le SRM de Fitch. Ils sont donc très pertinents pour la notation et constituent un facteur de notation clé avec une pondération élevée. Le classement de la France au percentile supérieur à 50 pour les indicateurs de gouvernance respectifs a un impact positif sur le profil de crédit.

La France obtient un score de pertinence ESG de « 4[+] » pour les droits de l’homme et les libertés politiques, car le pilier « Voix et responsabilité » du WBGI est pertinent pour la notation et constitue un facteur de notation. Le classement centile de la France supérieur à 50 pour l’indicateur de gouvernance concerné a un impact positif sur le profil de crédit.

La France obtient un score de pertinence ESG de « 4[+] » pour les droits des créanciers, car la volonté de rembourser sa dette est un facteur déterminant pour la notation et constitue un facteur déterminant pour la France, comme pour tous les États souverains. L’absence de restructuration de la dette publique depuis plus de 20 ans, prise en compte dans notre variable SRM, a un impact positif sur le profil de crédit.

Le niveau le plus élevé de pertinence ESG pour le crédit est un score de « 3 », sauf mention contraire dans cette section. Un score de « 3 » signifie que les critères ESG sont neutres en termes de crédit ou n’ont qu’un impact minimal sur l’entité, soit de par leur nature, soit de par la manière dont ils sont gérés par l’entité. Les scores de pertinence ESG de Fitch ne sont pas des données d’entrée dans le processus de notation ; ils constituent une observation de la pertinence et de l’importance des facteurs ESG dans la décision de notation. Pour plus d’informations sur les scores de pertinence ESG de Fitch.

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