Sénégal: les activités du Secteur du BTP du Bâtiment et travaux publics ont connu une progression en 2025 mais beaucoup reste à faire

Dakar,18 Septembre 2025(JVFE)-Contrairement à l’affirmation d’une progression en 2025, les données de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) montrent que le secteur du BTP au Sénégal a connu une baisse de 0,2% au premier trimestre 2025 par rapport au trimestre précédent. Cette tendance négative, qui s’est confirmée en 2024, est due à un recul généralisé de l’activité, affectant la construction de bâtiments (-7,6%), le génie civil (-9,0%) et les activités spécialisées. Les difficultés sont liées à la suspension de chantiers et à l’incertitude du climat des affaires, malgré l’importance de ce secteur pour l’économie nationale. 

Les entreprises du bâtiment et de travaux publics alertent sur la crise du secteur. Chantiers à l’arrêt, carnets de commande vides et licenciements. En l’espace d’un an, de nombreux chantiers ont été mis en pause par l’État pour être audités et les investissements ne suivent pas. Salariés et chefs d’entreprise appellent l’État à payer ses dettes et à relancer l’activité de construction.

Une situation similaire est observée dans les autres entreprises du secteur, avec cet effet cumulé de chantiers à l’arrêt, le temps d’être audité par les autorités, et des dettes non payées par l’État, pour certaines depuis plus de 20 ans, pour un montant cumulé estimé à 250 milliards de FCFA. S’ajoute à cela un contexte de redressement économique et d’absence d’investissements. Oumar Ndir président de l’un des syndicats des entrepreneurs du BTP, alerte sur les conséquences économiques d’un secteur à l’arrêt. « Le secteur du BTP au sénégal , c’est entre 500 à 600 000 emplois qualifiés et non qualifiés et indirects. Donc le BTP ce n’est pas que des maçons, des ferrailleurs, des menuisiers etc… c’est toute une chaîne de valeur qui est au chômage tout simplement, car il n’y a pas d’activité ».

En un an, le Chiffre d’affaires dans la construction a reculé de 19,6% selon l’agence nationale de la statistique et de la démographie. Un coup dur pour ce secteur qui pèse plus de 4% du PIB. Début août lors de la présentation du plan de redressement économique, le Premier ministre Ousmane Sonko a promis de régler l’ensemble de ses dettes dans le secteur, au nom de la continuité de l’État. Mais les entreprises de BTP attendent toujours.

Une situation contrastée

  • Évolution négative du chiffre d’affaires : Le chiffre d’affaires global du secteur a chuté de 9,9% au dernier trimestre 2024. 
  • Pourtant, une hausse des coûts de construction : L’Indice des Coûts du BTP (IBTP) a enregistré une augmentation de 0,2% au T1 2025 et de 0,9% au T2 2025, principalement due aux coûts des bâtiments et du génie civil. 
  • Des sous-secteurs touchés :
    • La promotion immobilière a vu une baisse de 10,9 % dans le secteur de la construction de bâtiments. 
    • Les activités spécialisées de construction ont aussi vu leur chiffre d’affaires reculer de 9,3 %. 

Les causes de la crise

  • Suspension des chantiers : La décision de suspendre les travaux sur le littoral de Dakar, dès avril 2024, a eu un impact négatif important.
  • Manque de visibilité : Le secteur souffre d’une incertitude quant aux décisions futures, ce qui affecte les investissements.
  • Dette interne : La situation est aggravée par la dette interne, qui pèse sur l’activité du secteur. 

Que faire ?

Mesures d’accompagnement : Il est nécessaire de mettre en place des mesures de soutien pour les acteurs du BTP et de trouver des solutions pour lever l’incertitude qui frappe le secteur. 

Reprise de l’activité : Pour relancer le secteur, il faut restaurer la confiance et encourager les investissements, afin de retrouver le dynamisme d’autrefois. 

Dans la zone de l’union économiques et monétaire Ouest Africaine (UEMOA), les données officielles estiment que  les activités dans le secteur des Bâtiments et travaux publics (Btp), ont connu une progression en mars 2025, par rapport à la situation du mois précédent.

Mesures d’accompagnement : Il est nécessaire de mettre en place des mesures de soutien pour les acteurs du BTP et de trouver des solutions pour lever l’incertitude qui frappe le secteur. 

Cette information émane des services de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). L’écart de l’indice d’activité dans les Btp par rapport à la moyenne de long terme (100) est resté positif, ressortant à +6,2 points contre +6,9 points en février 2025.

Le rapport dévoie une amélioration de l’activité dans le secteur des Btp a été relevée au Sénégal (+33,3 points), au niveau des Etats membres, notamment, au Bénin (+25,6 points), au Burkina (+14,9 points), en Côte d’Ivoire (+9,0 points), en Guinée-Bissau (+8,2 points) et au Togo (+0,9 points).

Notons que la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest fait savoir qu’une contraction de l’activité a été observée au Mali (-42,8 points) et au Niger (-21,9 points).

Le secteur du BTP en Afrique de l’Ouest est un pilier du développement des infrastructures, mais fait face à des défis importants tels que le financement, la baisse des marchés publics et l’incertitude politique, particulièrement suite à la suspension des travaux au Sénégal. Bien que le secteur ait connu un pic d’activité lié à la CAN, il est actuellement en retrait, contrastant avec d’autres segments de l’économie. La croissance de l’activité est mitigée, avec des améliorations au Sénégal, au Bénin, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, malgré un contexte budgétaire tendu dans plusieurs pays. 

Le BTP (Bâtiment et Travaux Publics) au Sénégal est un secteur clé de l’économie, axé sur les infrastructures et l’immobilier. Il connaît des fluctuations, avec des phases de croissance portées par des programmes gouvernementaux et des projets d’infrastructures, et des périodes de ralentissement dues à des facteurs comme la suspension de chantiers et les problèmes de paiement. Le secteur est dynamique et comprend de nombreux acteurs, du gouvernement aux entreprises privées, avec un accent sur l’écoconstruction et de nouvelles compétences. 

Défis majeurs

  • Financement et contexte budgétaire : Les gouvernements sont confrontés à des priorités sociales et des dépenses de sécurité croissantes, limitant les investissements publics dans le BTP. 
  • Incertitude politique et juridique : La suspension des travaux au Sénégal en 2024, due à une vérification de la conformité des permis, a plongé les opérateurs dans l’incertitude et entraîné des pertes d’emplois. 
  • Impact sur l’emploi : Les mesures de suspension et le ralentissement de l’activité ont un impact négatif sur l’emploi dans le secteur. 
  • Dépendance aux importations : Bien que des initiatives visent à industrialiser le secteur, la région reste dépendante des importations pour de nombreux biens. 

Facteurs de relance et opportunités

  • Importance des infrastructures : Le manque d’infrastructures adéquates freine le développement économique et social en Afrique de l’Ouest, ce qui crée un besoin continu de développement des routes, ponts et bâtiments publics. 
  • Croissance régionale : La croissance économique globalement dynamique dans la zone de l’UEMOA devrait se maintenir, offrant un potentiel pour le secteur du BTP. 
  • Projets d’envergure : Des projets de grande ampleur, comme la mise en exploitation des gisements de fer en Guinée, ou des projets d’infrastructures transfrontalières, peuvent stimuler l’activité. 
  • Solutions durables : L’accent est mis sur des projets d’infrastructures durables qui contribuent au développement économique et social des communautés locales. 

Perspectives

  • Développement des capacités locales : La stratégie est de renforcer les capacités industrielles locales et de favoriser des partenariats public-privé pour rendre le secteur plus compétitif. 
  • Rôle des diasporas : Les diasporas africaines jouent un rôle croissant en investissant dans l’immobilier et la construction dans leurs pays d’origine. 
  • Visibilité du marché : Des événements comme le salon ARCHIBAT 2025 en Côte d’Ivoire visent à transformer le secteur du BTP en un moteur de développement régional. 

A ces chantiers inachevés, il faut aussi ajouter le blocage des chantiers situés dans les zones concernées par les mesures correctives annoncées par le Premier ministre Ousmane Sonko. Il s’agit de «l’annulation des lotissements illégaux de Eogen et Eogen-extension implantés dans une zone militaire, du Plan directeur d’urbanisme de la Nouvelle Ville de Thiès, l’annulation du lotissement au niveau du Hangar des pèlerins, de la Boa, du recasement 2, des Pud de Guédiawaye et de Malika, de Mbour 4, de Ndiébène Gandiol, de la Pointe Sarène…».

Depuis cettte periode le secteur du Bâtiment et des travaux publics traverse un ralentissement des activités de construction, fournitures de ciments et autres activités connexes.

La demande locale en ciment a connu une baisse de 5, 4% au quatrième trimestre 2024, à cause de la suspension de certains projets de construction à travers le territoire national.

Après une légère hausse d’1, 1% au troisième trimestre 2024, la production de ciment a fortement diminué au quatrième trimestre 2024. Sur cette période, l’activité a baissé de 9, 3%. Cela, à cause de «la baisse de 26, 8% des commandes étrangères». Par ailleurs, relève la dernière note de conjoncture, «la demande locale a reculé de 5, 4% sur la période, en liaison avec la suspension de certains projets de construction».

Sur une base annuelle, la même tendance baissière de production de ciment est relevée au quatrième trimestre 2024, avec un recul de 8, 9% de l’activité des cimenteries, imputable aux exportations qui ont reculé de 32, 3%, notamment celles destinées à la Gambie régressant de 51, 7%. En cumul sur les douze mois de l’année 2024, une légère baisse de 0, 1% de l’activité de la branche est enregistrée comparativement à l’année précédente, imputable aux ventes de ciment à l’étranger qui ont décru de 4, 6%. Selon le document, «l’évolution de ces dernières est principalement due à la contraction des ventes de ciment en Gambie évaluée à 42%, suite à l’augmentation des taxes sur le ciment sénégalais. Elle a, toutefois, été atténuée par une hausse de 30, 3% des ventes de ciment vers le Mali. S’agissant de la demande intérieure, elle a légèrement augmenté de 0, 4% sur la période, en relation avec la baisse du prix de vente moyen de ciment d’1,8%».

Dans les ateliers du Consortium d’entreprises (CDE), au cœur du quartier industriel de Bel-Air à Dakar, le départ des ouvriers intervient de plus en plus tôt. Dès 15 heures, les entrepôts et la manufacture de cette entreprise du bâtiment et de travaux publics (BTP) sont désertés par des employés désœuvrés. « En temps normal, on est là jusqu’à 18 h 30 mais, en ce moment, il n’y a pas de travailOn fatigue de ne rien faire et on ne gagne pas d’argent », se désole un ouvrier.

« En un an, nous avons dû mettre à l’arrêt des dizaines de chantiers et perdu définitivement certains marchés », poursuit le directeur général adjoint de la société, Mariteuw Diaw. En difficulté, le CDE, parmi les premières entreprises de BTP au Sénégal, a arrêté de payer ses fournisseurs et même ses salariés, depuis quatre mois pour les cadres, depuis deux mois pour les non-cadres. Elle ne compte désormais plus que 1 000 employés, contre 4 500 au pic de son activité, il y a quelques années. « Ce ne sont pas des licenciements. Mais plutôt des contrats de prestataires et de CDD ouvriers mis en stand-by, comme les chantiers », assure M. Diaw qui se dit toutefois confiant dans « une sortie de crise rapide ».

La suspension de certains projets a également impacté le chiffre d’affaires de la construction. Au quatrième trimestre 2024, le chiffre d’affaires réalisé dans le secteur a reculé de 9, 9% relativement à celui réalisé au même trimestre de 2023. Cette évolution, d’après le dernier indice de l’Ansd, «est attribuable principalement à la diminution du chiffre d’affaires des activités spécialisées de construction de 9, 3%, du sous-secteur du génie civil estimée à 9% et de la construction de bâtiment reculant de 7, 6%. En cumul, sur les quatre trimestres de l’année 2024, le chiffre d’affaires réalisé dans le secteur de la construction se rétracte de 2, 6% comparativement à l’année 2023».

Le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a reçu en audience des représentants du secteur du Bâtiment et des travaux publics (BTP) pour discuter de l’arrêt des chantiers sur la corniche de Dakar.

Le Ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, le Pr Daouda Ngom, a été interrogé à ce sujet lors d’un atelier de partage des nouvelles dispositions issues du décret n°2022-2295 du 28 décembre 2022 portant Code des Marchés Publics et du nouveau cadre harmonisé des finances publiques (budget programme) qui s’est tenu ce mardi 7 mai. Il a répondu : « Je ne peux ni confirmer ni infirmer des décisions qui ont été prises. Je n’ai pas cette information ».

Dans l’optique d’une dynamique de refondation de la politique d’urbanisme, de construction et du logement, le Président de la République avait engagé le Gouvernement à poursuivre les efforts de promotion des constructions aux normes des habitations, bâtiments et édifices avec la mise à contribution du Laboratoire National de Référence des Bâtiments et Travaux publics qui assure l’homologation des matériaux et produits utilisés dans le secteur des BTP et garantit la qualité et la conformité des constructions.
Le Directeur général LNR BTP qui a salué cette décision de la plus haute autorité du pays s’est dit déterminé à relever le défi.

D’après le professeur Chérif Baldé « le LNR-BTP avait entrepris, un énorme chantier de régulation et de contrôle de la qualité dans le secteur des bâtiments et travaux publics pour répondre aux exigences normatives en matière de résilience des infrastructures ». Il s’agit, selon le directeur général, de l’élaboration de référentiels techniques des BTP (gros œuvres et second œuvre) avec l’ensemble des acteurs du secteur, du démarrage des procédures d’autorisation et d’homologation du fer importé et fabriqué localement et de l’agrément de dix-sept laboratoires par le LNR BTP.

C’est pourquoi, le professeur Chérif Baldé avait lancé un appel à l’ensemble des directions générales et services de l’Etat, des partenaires techniques à la collaboration dans l’exécution de décision du chef de l’Etat et de son Gouvernement.
Tenant son rang d’acteur majeur dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, poursuit-il, des performances à la hauteur des ambitions déclinées par les autorités dans le cadre de la vision d’un Sénégal souverain, prospère et juste à l’horizon 2050, ont été accomplies.

Pour le Directeur Général, le LNR BTP envisage d’être « un régulateur performant du secteur du BTP au service de la sécurité et de la sûreté des populations, garantissant la réalisation d’infrastructures résilientes et durables »

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