Dakar, 25 Septembre 2025(JVFE)-Les Journées du banquier 2025 ont débuté à Conakry ce mercredi, plaçant le rôle du secteur bancaire au cœur de la stratégie nationale de développement économique. Sous le thème « Banque et développement économique à l’ère du programme Simandou », l’événement a réuni les figures clés de la finance et de l’État guinéen, soulignant une vision commune : faire du méga-projet minier Simandou un véritable moteur de croissance inclusive et durable.
La deuxième édition du Rapport de suivi de la situation économique en Guinée propose une analyse approfondie de l’évolution de la situation macroéconomique du pays et examine comment le pays peut accroître la mobilisation et la gestion des ressources intérieures afin d’atteindre ses objectifs de développement.
Le rapport Mobilisation et gestion des ressources intérieures pour un développement inclusif et durable présente un axe double : une évaluation des évolutions et perspectives macroéconomiques et une analyse du potentiel de la Guinée à améliorer et gérer les recettes intérieures, notamment des revenus attendus du projet de minerai de fer de Simandou.
La première partie du rapport met en lumière la croissance économique actuelle et attendue de la Guinée, avec 5,7 % en 2024, 6,5 % en 2025 et de 10 % en moyenne en 2026-2027, tirée par l’expansion de l’activité minière. Toutefois, le rapport souligne que la croissance récente n’a pas fait reculer de manière significative la pauvreté, qui reste élevée à 52 %, en raison de la création limitée d’emplois dans les secteurs non miniers.
« Ces dernières années, la Guinée a enregistré une croissance robuste, tirée principalement par l’industrie minière et l’agriculture. Le principal défi reste donc de transformer la croissance en opportunités d’emploi pour les Guinéens, » souligne Marilyne Youbi, économiste au Groupe de la Banque mondiale et auteure principale du rapport.
La croissance économique de la Guinée s’accélère, mais les réformes visant à rendre la croissance plus inclusive et à améliorer la mobilisation des ressources intérieures sont essentielles au développement à long terme.
Le rapport souligne l’aggravation du déficit budgétaire (4,8 % du PIB en 2024) et l’augmentation de la dette publique, tirée par les investissements dans les infrastructures et la mobilisation encore limitée des recettes. Les recettes fiscales restent faibles, à 13,1 % du PIB, ce qui est nettement inférieur aux objectifs régionaux, ce qui limite la capacité du gouvernement à investir dans des services essentiels tels que la santé, l’éducation et les infrastructures.
La deuxième partie du rapport présente une analyse du paysage de la mobilisation et de la gestion des ressources intérieures de la Guinée. Il fait valoir qu’il est essentiel d’accroître et mieux gérer les recettes publiques, en particulier celles provenant du secteur minier, pour assurer la viabilité budgétaire, la diversification économique et l’amélioration des résultats sociaux. Le rapport appelle à une application plus stricte de la politique fiscale conformément au Code des impôts et au Code minier, et met en évidence les principaux domaines de réforme, notamment le renforcement des capacités de contrôle fiscal, l’amélioration de l’intégrité de la base de données des contribuables, la garantie de la déclaration et du paiement en temps opportun des impôts, et l’approfondissement de la numérisation de l’administration fiscale. Il appelle également à des réformes visant à renforcer la gestion des dépenses publiques et des programmes d’investissements publics.
« Ce rapport souligne l’urgence de mettre en œuvre des réformes pour une croissance plus inclusive et résiliente, » souligne Issa Diaw, représentant résident du Groupe de la Banque mondiale pour la Guinée. « Le projet de minerai de fer de Simandou étant en passe de transformer l’économie, la Guinée dispose d’une fenêtre étroite pour faire en sorte que les fruits de la croissance soient largement partagés. Le Groupe de la Banque mondiale apportera son appui au gouvernement et au secteur privé pour aider à la diversification de l’économie nécessaire pour atteindre cet objectif. »
Alors que la Guinée entre dans une phase potentiellement transformatrice de son développement, le rapport appelle à recentrer ses politiques sur la viabilité de la dette, la stabilité macroéconomique et les investissements dans le capital humain et physique.
C’est le président de l’APB (Association professionnelle des établissements de crédit de Guinée) qui a ouvert le bal des interventions. Dans son discours de bienvenue, M. Sidy Mohamed Chérif a qualifié le projet Simandou d’« opportunité historique » pour la Guinée. Il a mis en lumière la nécessité pour les banques de devenir des « catalyseurs de développement local » en soutenant les PME guinéennes, un impératif pour maximiser les retombées économiques du projet. Et que le financement interne, le développement du contenu local et la modernisation du cadre juridique ont été désignés comme les axes majeurs de cette transformation.
M. Mohamed Lamine Conté, premier vice-gouverneur de la Banque centrale, a renchéri, insistant sur le fait que Simandou est bien plus qu’un simple projet minier. Il s’agit, selon lui, d’un « levier de transformation économique, sociale et infrastructurelle » qui requiert des financements structurés et des services financiers adaptés aux PME et aux investisseurs nationaux.
L’inclusion financière comme clé de la souveraineté économique
Le discours de la ministre de l’Industrie et des PME, Dre Diaka Sidibé, a mis en lumière le lien direct entre le projet Simandou et la souveraineté économique de la Guinée. Elle a rappelé que l’impact réel du projet dépendra de la capacité du pays à créer de la valeur ajoutée locale et à faire émerger des champions nationaux.
En outre, elle a souligné les défis persistants pour les PME en matière d’accès au financement et a appelé le secteur bancaire à une synergie renforcée avec l’État pour développer des produits financiers adaptés. Les initiatives du ministère, comme la ligne de crédit de 220 milliards de francs guinéens via le Fonds de Développement Industriel et des PME, montrent un engagement fort du gouvernement.
Cette vision a été partagée par le ministre de l’Économie et des Finances, Mourana Soumah. Il a souligné la solidité macroéconomique de la Guinée, avec une croissance résiliente et une notation souveraine en amélioration.
Cependant, il a également mis en évidence un point faible : un taux de bancarisation et d’inclusion financière encore trop faible. « Le système bancaire est indiscutablement le poumon de l’économie », a-t-il déclaré, invitant les banques à combler le fossé et à devenir un véritable levier de croissance en s’ouvrant à un plus grand nombre d’entrepreneurs.
Des engagements concrets pour l’avenir
Les intervenants ont tous appelé à des actions concrètes pour que les réflexions de ces journées se transforment en résultats tangibles. Il s’agit de s’assurer que les banques ne sont pas de simples prêteurs, mais des catalyseurs d’une transformation économique.
Selon le ministre de l’Économie et des Finances, Les thèmes des panels qui auront lieu lors de ces assises, notamment le financement local, le cadre juridique, et la digitalisation, reflètent ces priorités.
Le succès de Simandou ne se mesurera pas uniquement à l’extraction du minerai, mais aussi à la capacité de la Guinée à structurer son économie autour d’acteurs locaux, compétents et bien accompagnés.
“L’heure n’est plus aux promesses, mais à l’action concertée entre l’État et le secteur bancaire pour bâtir un avenir prospère et inclusif”, a lancé le ministre Mourana Soumah.


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