DAKAR, 18 NOVEMBRE 2025(JVFE)-Les débats sur le coût de la dette africaine ont ressurgi après la publication d’un rapport d’experts remis au G20, dont le sommet se tiendra à Johannesburg, en Afrique du Sud, les 22 et 23 novembre 2025. Ce document met en cause la manière dont les grandes agences de notation évaluent les États du continent. Le sujet revient au premier plan, car ces évaluations influencent directement les conditions d’emprunt des gouvernements africains.
La dette publique de l’Afrique est un problème majeur, estimée à 1 860 milliards d’euros en 2024, avec un taux d’endettement moyen qui a presque doublé en une décennie. Cette situation est due à une combinaison de facteurs, dont les coûts d’emprunt élevés, l’aide étrangère insuffisante et des flux financiers illicites. Les pays africains consacrent une part de plus en plus importante de leur budget au service de la dette, ce qui limite leurs dépenses dans les secteurs sociaux comme la santé et l’éducation. Des pays comme le Sénégal sont particulièrement touchés par l’endettement, ce qui a entraîné une dégradation de sa note souveraine et une perte de confiance des investisseurs.
Panorama de la dette africaine
- Montant et croissance : La dette publique africaine est estimée à 1 860 milliards d’euros en 2024, augmentant considérablement le ratio dette/PIB.
- Impact sur les budgets nationaux : Les pays africains ont consacré près de 90 milliards de dollars au service de la dette en 2024, un montant qui dépasse l’aide étrangère reçue et les budgets combinés de la santé et de l’éducation dans de nombreuses nations.
- Taux d’endettement : Le rapport dette/PIB a presque doublé en moins de 10 ans, passant de 44,4 % à 66,7 %.
- Situation de surendettement : 22 pays africains sont en situation de surendettement selon le FMI.
- Frais de service de la dette : La charge du service de la dette est en hausse constante, car les pays africains dépendent de plus en plus de financements privés coûteux.
Causes profondes
- Coûts d’emprunt élevés : Les pays africains font face à un coût d’emprunt élevé, ce qui rend le remboursement plus difficile.
- Flux financiers illicites : Les fuites de capitaux dues à l’évasion fiscale, à la fraude et à la corruption font perdre au continent entre 50 et 150 milliards de dollars par an, ce qui aggrave le problème de l’endettement.
- Dépendance aux financements concessionnels : Le continent a un accès limité au financement concessional, ce qui le rend plus vulnérable aux chocs exogènes.
Conséquences
- Pression budgétaire : L’endettement limite la marge de manœuvre budgétaire des gouvernements, ce qui entrave leur capacité à financer les services sociaux et les infrastructures essentielles.
- Chute de la confiance des investisseurs : Une dette élevée peut effrayer les investisseurs étrangers et entraîner une dégradation de la note souveraine d’un pays, comme cela a été le cas pour le Sénégal.
- Impact sur la santé : Les pays peinent à financer leurs programmes de santé, y compris ceux de lutte contre le VIH, en raison des contraintes budgétaires liées au service de la dette.
Solutions et défis
- Réformes économiques : Le FMI et d’autres institutions préconisent des réformes économiques pour attirer les investissements privés.
- Audit de la dette : Certains pays, comme le Sénégal, ont promis de procéder à un audit indépendant de leur dette pour évaluer l’ampleur du problème et assurer plus de transparence.
- Plan de redressement : Des plans de redressement sont en cours d’élaboration pour réduire les dépenses publiques et augmenter les recettes fiscales.
- Réformes fiscales : Des mesures comme la suppression de subventions et d’exonérations fiscales sont envisagées pour élargir l’assiette fiscale.
Le panel, créé sous la présidence du G20 sud-africain, présidé par l’ancien ministre sud-africain des Finances Trevor Manuel et composé notamment d’Esther Duflo et de Donald Kaberuka, estime que les modèles employés par les agences restent insuffisamment fiables. Les experts décrivent des méthodologies difficiles à examiner, peu ouvertes à la contestation et susceptibles de surévaluer le risque associé aux États africains. Selon eux, cette perception accentuée du risque entraîne des taux d’intérêt plus élevés, ce qui renchérit le service de la dette.
S&P Global Ratings, Moody’s et Fitch rejettent cependant l’idée d’un traitement défavorable. Les trois institutions affirment utiliser des critères identiques pour toutes les économies et assurent que leurs cadres d’évaluation sont publics. Les experts répliquent que ces méthodologies mériteraient d’être mises à jour, car elles ne reflètent pas suffisamment les spécificités des économies africaines, ce qui justifie selon eux un appel à une surveillance renforcée du secteur.
Les agences de notation jouent un rôle important : leurs décisions influencent la confiance des investisseurs, orientent les flux financiers et déterminent en grande partie les taux auxquels les États peuvent emprunter. Une note jugée faible se traduit généralement par des coûts d’emprunt plus élevés. Ce mécanisme, connu depuis des décennies, fait des notations souveraines un élément incontournable du financement international. C’est à partir de cette position stratégique que les critiques actuelles prennent tout leur poids.
Les experts recommandent au G20 de contraindre ces agences à davantage de transparence,
notamment en rendant plus accessibles les données et modèles utilisés. Ils estiment qu’une meilleure visibilité sur les outils d’évaluation permettrait aux pays africains de comprendre, d’analyser et éventuellement de contester des notes qu’ils jugent injustifiées.
Le rapport souligne également qu’une révision des cadres de notation pourrait atténuer certains biais de perception. D’après les experts, ceux-ci conduisent fréquemment à considérer les économies africaines comme plus risquées que des pays présentant pourtant des fondamentaux comparables. Cette situation pèse sur les finances publiques et complique la gestion budgétaire de nombreux États. Leur appel vise donc à réduire un facteur identifié comme amplificateur de la dette africaine.

