DAKAR, 19 NOVEMBRE 2025(JVFE)-Premier élu européen à se rendre à Madagascar depuis le départ d’Andry Rajoelina, le député français Bruno Fuchs, président de la Commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale, livre son témoignage.
Trois semaines après l’investiture du colonel Michael randrianirina comme président de la Refondation de la République de Madagascar, à la suite de chute du président Andry Rajoelina, le député français et président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Bruno Fuchs, s’est rendu la semaine dernière à Madagascar. Il est le premier élu européen à se rendre sur la Grande Île depuis le changement de pouvoir.
Sa visite intervient dans un contexte de tensions croissantes, marqué par l’arrestation de deux étrangers suspectés de vouloir renverser le nouveau dirigeant, Michaël Randrianirina.
“Il y a beaucoup de sources de déstabilisation possibles, de l’étranger, des milieux économiques, politiques, qui veulent effectivement reprendre le pouvoir”, a-t-il déclaré sur le plateau de TV5MONDE ce lundi 10 novembre. Le nouvel homme fort du pays, Michaël Randrianirina, a promis un retour à l’ordre démocratique dans deux ans et la transition politique à Madagascar est scrutée de près par la communauté internationale. “Moi, j’ai la conviction qu’il va tout faire pour, dans 24 mois, restituer le pouvoir”, déclare Bruno Fuchs.
Le député français a également rencontré une quinzaine de représentants du mouvement Gen Z, qui a joué un rôle crucial dans les récentes manifestations. Ces jeunes malgaches expriment une volonté de changement et une aspiration à un avenir meilleur, loin des inégalités persistantes. Bruno Fuchs a salué leur engagement, leur a dit son “admiration” pour leur “révolution”, tout en reconnaissant leurs craintes d’être dépossédés de leur lutte.
‘L’exfiltration de Rajoelina en elle même est plutôt bénéfique pour la stabilité de la transition de la Refondation.‘
Bruno Fuchs, député français et président de la Commission des Affaires étrangères
Bruno Fuchs a rappelé que les relations entre Paris et l’ancien président Rajoelina, qui a été déchu de sa nationalité malgache mais jouit de la nationalité française, n’étaient pas aussi harmonieuses qu’on pourrait le croire. “Il y avait des tensions permanentes, Andry Rajoelina demandait notamment de renvoyer à Madagascar un certain nombre d’opposants à Paris qui critiquaient son régime, la France ne l’a jamais fait”. Et d’ajouter par ailleurs : “Le président Rajoelina n’a pas mis en oeuvre 75% des projets que la France lui a proposés”.
Reste que l’influence de la France à Madagascar est un sujet sensible, ravivant des souvenirs de l’époque coloniale. L’exfiltration du président déchu Andry Rajoelina supposément par la France a suscité des interrogations parmi la population locale. À cet égard, Bruno Fuchs estime que “l’exfiltration en elle même est plutôt bénéfique pour la stabilité de la transition de la Refondation. S’il était resté, il y aurait certainement eu un bain de sang”.
En revanche, il ne peut affirmer que c’est bien la France qui a exfiltré Andry Rajoelina. “J’ai posé cette question à mon gouvernement, je n’ai pas eu la réponse”, déclare le député français et président de la Commission des Affaires étrangères. “Je pense que la France doit clarifier sa position, parce qu’il y a 35 à 40.000 Français qui sont à Madagascar, et elle les met en précarité. En tout cas, c’est ce que m’ont dit les Français que j’ai rencontrés.”


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