Le président du Niger, effectue une visite d’«amitié et de travail» en Algérie

DAKAR, 16 février 2026(JVFE)Après près d’un an de crispations, l’Algérie et le Niger ont acté, le 12 février 2026, le retour simultané de leurs ambassadeurs. Un geste qui met officiellement fin à une crise ouverte au printemps 2025.

A l’invitation du président Abdelmadjid Tebboune, le général Abdourahamane Tiani, président du Niger, effectue une visite d’«amitié et de travail» en Algérie, à la tête d’une importante délégation.

L’annonce faite par la Présidence consacre ainsi la relance des relations bilatérales entre Alger et Niamey. Selon le communiqué officiel, cette visite vise à «renforcer les liens de fraternité, de coopération et de bon voisinage» entre les deux pays.

Le communiqué fait également référence à «l’exploitation optimale des capacités et des potentialités» des deux pays.
Ainsi, les relations avec les pays du Sahel connaissent un apaisement progressif.

Cette normalisation marque un tournant diplomatique majeur au Sahel. Le retour des ambassadeurs, annoncé officiellement via le Ministère des Affaires Étrangères algérien, permet de restaurer les canaux de communication rompus depuis le printemps 2025.

Ce dégel fait suite à une période de tensions liées notamment aux expulsions de migrants et aux divergences sur la transition politique nigérienne. Le rétablissement des relations est essentiel pour la coordination sécuritaire aux frontières et la relance de projets stratégiques comme le Gazoduc Trans-Saharien (TSGP)

Un geste qui met officiellement fin à une crise ouverte au printemps 2025. Le fait est que ni Alger ni Niamey n’ont intérêt à une rupture durable, encore moins à une escalade diplomatique aux frontières sud de l’Algérie.
A la suite de la destruction d’un drone malien ayant violé l’espace aérien algérien près de Tinzaouatine, les pays de l’Alliance des Etats du Sahel, à savoir le Mali, Burkina Faso et Niger, avaient rappelé leurs ambassadeurs d’Alger. L’Algérie avait réagi par des mesures similaires.

Mais le Niger, confronté à une pression sécuritaire, ne pouvait durablement se priver d’un partenariat avec l’Algérie, qui constitue selon les observateurs un acteur important de l’équilibre régional. Dès novembre 2025, un message de félicitations du général Tiani à l’occasion du 1er Novembte avait laissé entrevoir une volonté d’apaisement. Mais le véritable tournant intervient le 26 janvier 2026, avec la visite à Niamey du ministre algérien de l’Energie, Mohamed Arkab, à la tête d’une délégation de haut niveau incluant le PDG de Sonatrach. Reçu par le chef de l’Etat nigérien, le général Tiani, et le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, le ministre algérien a réaffirmé l’engagement d’Alger à approfondir la coopération énergétique, notamment autour du bloc pétrolier de Kafra et du gazoduc transsaharien. Au cœur de la coopération à venir entre les deux pays se trouve le projet de gazoduc transsaharien (TSGP), destiné à relier les champs gaziers du Nigeria aux côtes méditerranéennes algériennes via le Niger.

Réouverture des axes commerciaux

Long de 4200 km, doté d’une capacité annuelle de 30 milliards de mètres cubes et estimé à 13 milliards de dollars, le projet a longtemps été relégué au rang des chimères africaines. Pourtant, il devient peu à peu désormais une réalité.

En février 2025, l’Algérie, le Niger et le Nigeria avaient signé à Alger trois accords entre Sonatrach, Sonidep et NNPC : mise à jour de l’étude de faisabilité, mécanisme de compensation et accord de non-divulgation.
Le cabinet britannique Penspen a été mandaté pour l’actualisation technique. Selon les données disponibles, près de 60% du tracé serait déjà réalisé, principalement en Algérie et au Nigeria, faisant du Niger le maillon essentiel du projet. Face au projet concurrent passant par la côte atlantique marocaine, le TSGP présente un avantage. Et pour cause, il est plus court, moins coûteux et s’appuie sur des infrastructures existantes. L’Algérie offre un accès direct aux marchés européens via ses réseaux vers l’Espagne et l’Italie, renforçant la crédibilité commerciale de l’option transsaharienne.
L’on ne peut néanmoins réduire ce rapprochement à la seule dimension énergétique. L’Algérie et le Niger partagent près de 950 km de frontière. La sécurisation de cet espace, la lutte contre les groupes armés et la réouverture des axes commerciaux sont des enjeux importants pour les deux pays. La Route transsaharienne reliant l’Algérie au Nigeria via le Niger s’inscrit dans cette même logique.
Au Niger, les récents développements sécuritaires, dont l’attaque de l’aéroport de Niamey et les tensions autour des intérêts miniers, ont rappelé la nécessité de s’appuyer sur des alliances régionales solides. D’ailleurs, le communiqué du ministère des Affaires étrangères annonçant le retour immédiat de l’ambassadeur d’Algérie à Niamey après la reprise de fonctions de l’ambassadeur nigérien à Alger insiste sur la relance du dialogue politique au plus haut niveau et la concrétisation de projets au service de l’intégration régionale. En outre, la visite jeudi de M. Arkab, ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures et des Mines, à Ouagadougou (Burkina Faso) a permis aux deux pays de s’engager dans la vie de la coopération avec la signature d’un mémorandum d’entente visant à élever la coopération au rang de partenariat stratégique dans les secteurs des hydrocarbures, de l’électricité et des mines.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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