DAKAR,22 MARS 2026(JVFE)-La Chine a dépêché son envoyé spécial pour le Moyen-Orient, Jun Zhai, pour une tournée diplomatique régionale intensive qui a débuté la première semaine de mars 2026. L’objectif était de jouer un rôle de médiateur afin de mettre un terme à l’escalade des tensions militaires entre l’Iran d’une part, et les États-Unis et Israël d’autre part. Cette tournée faisait suite au déclenchement du conflit armé dans la région, qui a commencé par des frappes américano-israéliennes contre l’Iran fin février 2026, provoquant une riposte iranienne virulente visant des installations et des sites dans la région. Par cette médiation, la Chine cherche à protéger ses investissements économiques considérables dans le secteur énergétique du Moyen-Orient et à renforcer son image de puissance pacifique mondiale capable de combler le vide diplomatique dans la région. La position chinoise s’inscrit également dans le cadre de sa rivalité avec les États-Unis. Le soutien diplomatique et militaire américain continu à Israël contribue à renforcer les liens entre la Chine et les pays du Sud, qui perçoivent ce soutien américain comme une source de tensions persistantes dans la région. Cela pourrait mener à un conflit régional plus large, ce qui compliquerait davantage la rhétorique et les actions chinoises prônant un ordre international multipolaire plus juste.
La guerre au Moyen-Orient renforce au moins à court terme la main de la Chine vis-à-vis des États-Unis à l’approche d’un sommet très attendu entre les présidents Xi Jinping et Donald Trump, estiment les experts.
Les hostilités au Moyen-Orient ont télescopé les préparatifs de ces entretiens aux lourds enjeux. Leur report à la demande des États-Unis, avec un argumentaire évolutif, n’a pas surpris les Chinois.
Initialement programmée du 31 mars au 2 avril, la rencontre aura lieu dans « cinq ou six semaines », a dit M. Trump mardi, donc plutôt vers la fin avril.
Dans les rues de Pékin, M Huang, un informaticien de 50 ans lance : M. Trump « change d’avis tous les jours, vous savez, il est comme ça […] On ne peut pas lui faire confiance ». M. Huang espère la venue du président américain : « Après, les relations entre la Chine et les États-Unis se détendront peut-être ».
Pékin a fait preuve de retenue dans ses commentaires sur l’ajournement de la visite, y compris quand M. Trump en a lié la date à une aide chinoise pour débloquer le détroit d’Ormuz.
C’est que ces retrouvailles sont vues comme l’occasion de poursuivre l’effort de détente amorcé en octobre en Corée du Sud. Les deux leaders s’étaient alors entendus sur une trêve dans la bataille commerciale livrée après le retour de M. Trump à la Maison-Blanche.
La confrontation, aux retombées mondiales, a fortement affecté la Chine, malgré un excédent commercial record en 2025. Vers les États-Unis, les expéditions ont diminué de 20 % en dollars.
Pékin veut à toute force éviter un nouveau bras de fer, alors que l’administration Trump travaille à de nouveaux droits de douane après l’annulation par la Cour suprême d’une grande partie de ceux qu’elle avait imposés.
La guerre crée de nouvelles conditions autour du sommet, sans que son impact n’apparaisse précisément sur la teneur des discussions, a fortiori avec l’inconnue quant à la durée du conflit.
Les analystes mettent en garde contre des attentes trop élevées. Ils prédisent que les circonstances actuelles consolident à court terme les positions de M. Xi. Ils soulignent aussi que la Chine n’a pas intérêt à ce que dure la guerre.
La Chine intensifie sa diplomatie au Moyen-Orient, se positionnant activement comme un “médiateur de paix” constructif, contrastant avec l’image d’une “puissance guerrière” ou interventionniste qu’elle attribue aux États-Unis dans la région. Cette posture vise à protéger ses intérêts économiques majeurs, la Chine étant devenue le premier partenaire commercial des pays du Golfe.
Posture chinoise : médiation et diplomatie
La Chine a envoyé un envoyé spécial, Zhai Jun, pour une tournée diplomatique intensive visant à apaiser les tensions, notamment entre l’Iran, Israël et les États-Unis.
Pékin appelle régulièrement à un cessez-le-feu immédiat et à une solution politique au conflit Iran-USA-Israël, fustigeant la “catastrophe humanitaire”.
La Chine soutient fermement la création d’un État palestinien souverain basé sur les frontières de 1967, se positionnant contre l’annexion de territoires.
Chine contre États-Unis : deux visions du Moyen-Orient
- Chine (“Médiateur”) : Utilise des moyens diplomatiques, prône la réconciliation (comme l’accord Iran-Arabie saoudite en 2023) et met en avant son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour promouvoir la stabilité.
- États-Unis (“Puissance guerrière”) : La Chine perçoit les frappes américaines et israéliennes en Iran comme une escalade des tensions et une menace pour la paix régionale. La diplomatie chinoise cherche à combler le vide diplomatique laissé par la baisse d’influence américaine.
Enjeux économiques : La Chine tente de sécuriser ses importations d’énergie (5,4 millions de barils/jour par le détroit d’Ormuz) face aux risques de guerre en Iran.
Malgré des tensions croissantes avec Washington, Pékin maintient un ton relativement mesuré, cherchant à éviter que les conflits régionaux n’impactent directement ses relations sino-américaines globales.
Le conflit a pour la Chine l’avantage d’accaparer les États-Unis. M. Trump « doit se concentrer sur la gestion de la guerre car celle-ci aura des effets négatifs sur la politique intérieure et l’économie américaines », et donc potentiellement sur les élections de novembre, qui décideront de la majorité au Congrès et de la suite du mandat de M. Trump, commente Wu Xinbo, directeur du Centre d’études américaines de l’université Fudan à Shanghai.
« Ce qui se voulait une démonstration de force américaine destinée à intimider Pékin a eu au contraire pour effet de briser l’illusion de l’omnipotence des États-Unis », commente Ali Wyne, spécialiste des relations sino-américaines au sein du groupe de réflexion International Crisis Group.
Washington a désormais besoin de son principal concurrent stratégique pour l’aider à gérer une crise qu’il a lui-même provoquée.
Ali Wyne, spécialiste des relations sino-américaines au sein du groupe de réflexion International Crisis Group
L’administration Trump a dit jeudi envisager d’alléger certaines sanctions ciblant le pétrole iranien, afin de contrer la hausse des prix. L’un des grands gagnants dans l’affaire pourrait être la Chine, disent les experts.
Elle était destinataire en 2025 de plus de 80 % des exportations de pétrole iranien, selon la société d’analyse Kpler. Elle pourrait mettre ce pétrole sur le marché. La contrepartie pourrait être qu’elle fasse pression sur l’Iran, conjecturent les analystes.
La Chine dispose d’un autre levier puissant si la guerre se prolonge : sa prédominance sur les terres rares, dit Jason Bedford, chercheur à l’Institut d’Asie de l’Est de l’Université nationale de Singapour.
Certaines sont essentielles à la production de matériel militaire. La demande américaine est forte, l’offre est contrainte. La Chine pourrait « paralyser la production de nouvelles armes », dit-il.
Les experts relèvent que la guerre présente aussi l’avantage de détourner l’attention ou les moyens américains du théâtre stratégique qu’est l’océan Pacifique.
Cependant, Pékin est consciente que le prix à payer pourrait être élevé si le conflit ne s’achève pas rapidement. « Il n’y a pas de vainqueur dans les guerres qui durent », a dit jeudi le chef de la diplomatie Wang Yi, selon l’agence Chine nouvelle.
« Le principal intérêt économique de la Chine dans la région réside dans la stabilité. (La guerre) constitue un problème majeur, non seulement pour les importations chinoises de sources d’énergie, mais aussi pour les exportations chinoises de véhicules électriques et de technologies vertes », dit Henry Tugendhat, expert auprès du Washington Institute for Near East Policy
Avec ses réserves pétrolières, « la Chine a su très bien se préparer sur le plan intérieur à un scénario de ce type, mais ce sur quoi elle n’a pas le contrôle, ce sont les retombées de cette guerre sur le reste du monde », notamment en Europe, qui absorbe une part considérable de ses marchandises, prévient-il.
Concernant les objectifs de la médiation chinoise, les efforts de la Chine se sont concentrés sur plusieurs points clés lors de cette tournée, notamment un appel à un cessez-le-feu immédiat et une injonction à cesser immédiatement les opérations militaires afin d’éviter que la région ne sombre dans l’incertitude. La Chine a également appelé à la protection des civils et des infrastructures par l’établissement de lignes rouges pour empêcher toute attaque contre les civils ou les installations non militaires, en particulier celles liées à l’énergie. La Chine a souligné l’importance du maintien de la sécurité énergétique et maritime pour garantir la sécurité des voies de navigation internationales, notamment dans le détroit d’Ormuz, et la stabilité des approvisionnements mondiaux en pétrole, dont elle est un important consommateur. La Chine a appelé toutes les parties au conflit à reprendre immédiatement les négociations, cherchant à renouer le dialogue politique entre les belligérants plutôt que de recourir à une confrontation militaire ouverte.
La Chine a appuyé la demande de la Russie, formulée à l’initiative de l’Iran, de convoquer une réunion d’urgence du Conseil de sécurité afin d’examiner les développements consécutifs aux frappes israéliennes et américaines de grande envergure sur le territoire iranien. Lors de cette session, le représentant permanent de la Chine auprès des Nations Unies, Fu Cong, a condamné les violations de la souveraineté, de la sécurité et de l’intégrité territoriale de l’Iran commises par Israël et les États-Unis. Pékin a également exprimé son opposition au recours à la force dans les relations internationales, aux sanctions unilatérales illégales et aux attaques armées contre les installations nucléaires pacifiques iraniennes. Il a ajouté que le pays exerçant une influence significative sur Israël se devait de jouer un rôle constructif et actif, faisant référence à Washington. La Chine, de concert avec les autres États membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), a condamné les frappes israéliennes et américaines sur le territoire iranien, qui portent atteinte à la sécurité régionale et internationale et mettent en péril la paix et la stabilité mondiales.
Si la Chine a déjà réussi à jouer un rôle de médiateur entre l’Arabie saoudite et l’Iran, le conflit actuel est fondamentalement différent en raison de plusieurs défis urgents, notamment son ampleur grandissante. Par conséquent, la médiation chinoise se heurte à des difficultés compte tenu de l’implication directe des États-Unis dans les opérations militaires et de la détérioration de la situation intérieure en Iran depuis début 2016. De plus, l’administration américaine du président Trump n’a pas publiquement indiqué son intention de faire appel à la médiation chinoise pour impliquer Pékin comme médiateur clé dans le conflit direct avec Téhéran. La médiation chinoise est également entravée par l’absence de dispositif de sécurité ou de présence militaire dans la région permettant à la Chine de faire respecter un cessez-le-feu, et son influence sur Israël demeure limitée par rapport à celle des États-Unis. Cependant, plusieurs indicateurs laissent entrevoir un succès quant au rôle potentiel de la Chine en tant que médiateur, notamment après que les pressions récentes exercées par la Chine ont réussi à persuader l’Iran de s’abstenir de cibler les pétroliers et les méthaniers dans le détroit d’Ormuz et les ports qataris, protégeant ainsi les approvisionnements énergétiques mondiaux.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

