Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
DAKAR,07 AVRIL 2026(JVFE)-Alors que le monde traverse une nouvelle ère de turbulences énergétiques, marquées par une envolée des cours du baril au-delà des 95 dollars, une réalité persistante vient ternir les bilans records des multinationales pétrolières : la fuite orchestrée de leurs “superprofits” vers les juridictions de l’ombre. Ce que l’on nomme pudiquement « optimisation » ressemble de plus en plus à une saignée pour les économies nationales, notamment celles du Sud.
Une prospérité bâtie sur le paradoxe
En ce début d’année 2026, la guerre au Moyen-Orient a ravivé la flambée des prix à la pompe. Pour les géants du secteur, c’est une manne inespérée. Pourtant, au moment de passer à la caisse fiscale, le scénario s’enraye. On estime qu’environ 36 % des profits réalisés à l’étranger par ces multinationales sont artificiellement délocalisés vers des paradis fiscaux [Analyse contextuelle]. Le mécanisme est bien huilé : prix de transfert opaques, sociétés écrans et exploitation des failles législatives permettent de déclarer les bénéfices là où ils ne sont pas imposés, plutôt que là où l’extraction ou la vente ont lieu.
La fronde européenne et l’inertie globale
Face à ce constat, une coalition de cinq pays européens (dont l’Allemagne et l’Italie, mais sans la France pour l’instant) réclame ce mois-ci une nouvelle taxe exceptionnelle sur les bénéfices énergétiques. L’objectif est clair : récupérer une partie de ces richesses pour financer la transition écologique et protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
Pendant ce temps, les sommes en jeu donnent le vertige. Selon les données les plus récentes, l’évasion fiscale globale représente un manque à gagner de plus de 480 milliards d’euros par an pour les États. Pour un pays comme le Sénégal, qui attend environ 72,5 milliards de FCFA de recettes pétrolières en 2025, chaque point de pourcentage d’évasion fiscale est une école ou un hôpital en moins.
Vers la fin de l’impunité ?
La riposte s’organise, mais avec lenteur. L’impôt minimum mondial de 15 % commence à peine à produire ses effets, et la Commission européenne intensifie ses enquêtes sur les marges des raffineries. Toutefois, tant que des territoires resteront sur les “listes noires” sans sanctions réelles, les superprofits continueront de trouver refuge dans ces bunkers fiscaux.
L’enjeu de 2026 n’est plus seulement énergétique, il est moral. Peut-on accepter que l’exploitation des ressources naturelles d’une nation serve à engraisser des comptes offshore pendant que les consommateurs locaux étouffent sous l’inflation ? Le pétrole ne doit plus seulement alimenter les moteurs, il doit nourrir les services publics des pays qui le voient passer.
En Afrique de l’Ouest, les perspectives pour 2025-2026 montrent une dynamique à deux vitesses : l’émergence de nouveaux producteurs comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, face à des géants historiques comme le Nigéria qui tentent de stabiliser leur production.
Comparaison des prévisions de recettes (2025-2026)
| Pays | Prévisions de Recettes 2025 | Prévisions de Recettes 2026 | Statut & Dynamique |
|---|---|---|---|
| Nigéria | ~ | ~ | Leader en baisse : Recettes attendues en retrait en 2026 due à la volatilité des prix. |
| Sénégal | ~ | ~ | Nouvel entrant : Production de Sangomar stabilisée après un démarrage record. |
| Côte d’Ivoire | Inves. > | En forte croissance | Montée en puissance : Objectif de |
| Ghana | ~ | En baisse structurelle | Essoufflement : Chute des recettes de |
Points clés par pays
- Sénégal : Après le début de l’exploitation de Sangomar (pétrole) et de GTA (gaz avec la Mauritanie) début 2025, l’État prévoit de mobiliser environ 227 milliards de FCFA de recettes sur la période 2026-2028.
- Côte d’Ivoire : Le pays devient un acteur central avec le gisement Baleine. La part de l’État dans les contrats est estimée à environ 30 % (fiscalité incluse), un taux supérieur à la moyenne régionale.
- Nigéria : Malgré une diversification vers le non-pétrolier, les recettes pétrolières restent vitales. Le gouvernement cible une production de 1,8 million de barils/jour en 2026 pour compenser la baisse des cours.
- Ghana : Les recettes sont en nette baisse (seulement 399,6 millions $ au second semestre 2025) en raison d’un manque d’investissement dans les champs existants (Jubilee, TEN).
le projet phare à la frontière sénégalo-mauritanienne est le complexe Grand Tortue Ahmeyim (GTA). C’est l’un des projets de gaz naturel liquéfié (GNL) les plus profonds au monde, piloté par BP, Kosmos Energy, et les sociétés nationales Petrosen (Sénégal) et SMH (Mauritanie).
Voici les points clés du projet pour 2025-2026 :
1. Calendrier et Production
- Démarrage imminent : Après plusieurs reports, la production commerciale est attendue pour le deuxième trimestre 2025.
- Capacité Phase 1 : Le projet vise la production de 2,5 millions de tonnes de GNL par an.
- Phase 2 : Les discussions sont en cours pour doubler cette capacité à 5 millions de tonnes d’ici 2027-2028.
2. Infrastructures clés
- Le FPSO (Unité flottante de production) : Arrivé sur zone en 2024, il traite le gaz pour en extraire les liquides.
- Le FLNG (Unité de liquéfaction flottante) : Baptisé Gimi, il transforme le gaz en liquide à
pour l’exportation.
- Le Brise-lames : Une structure de 1,2 km de long protège les navires de la houle atlantique pendant le chargement.
3. Partage de la rente et impact local
- Partage 50/50 : Les deux pays se partagent équitablement les ressources du champ transfrontalier.
- Gaz pour l’électricité : Une partie du gaz est réservée au marché domestique (Gas-to-Power) pour réduire le coût de l’électricité au Sénégal et en Mauritanie.
- Revenus : Pour le Sénégal seul, les recettes liées au gaz de GTA devraient s’ajouter aux 127,7 milliards de FCFA de recettes pétrolières globales prévues en 2025.
4. Enjeux stratégiques
- Exportation vers l’Europe : Avec la réduction des importations de gaz russe, le gaz de GTA est stratégique pour la sécurité énergétique européenne.
- Souveraineté : Le Sénégal utilise ces revenus pour financer son plan “Sénégal 2050”, visant à transformer structurellement l’économie nationale.
Alors que le projet GTA est une coopération internationale tournée vers l’exportation, Yakaar-Teranga est considéré comme le véritable moteur de l’industrialisation intérieure du Sénégal.
Voici les principales différences entre ces deux géants gaziers :
1. Localisation et Gouvernance
- GTA (Grand Tortue Ahmeyim) : Gisement transfrontalier (Sénégal/Mauritanie). La gestion est partagée à 50/50, ce qui implique une diplomatie constante et des infrastructures complexes en mer profonde.
- Yakaar-Teranga : Gisement 100 % sénégalais, situé au large de Cayar. Depuis le départ de BP fin 2023, l’État sénégalais a repris une place centrale via Petrosen (passée de 10 % à 35 % de parts), aux côtés de l’opérateur américain Kosmos Energy.
2. Destination du Gaz (Le “Gas-to-Power”)
- GTA : Principalement orienté vers l’exportation de GNL (Gaz Naturel Liquéfié) pour générer des devises étrangères. Seule une petite portion est réservée au marché local.
- Yakaar-Teranga : C’est le pilier de la stratégie “Gas-to-Power”. L’objectif prioritaire est de fournir du gaz aux centrales électriques sénégalaises pour diviser par deux le coût de l’électricité et favoriser l’émergence d’industries locales (pétrochimie, engrais).
3. État d’avancement et Chiffres clés
| Caractéristique | GTA (Phase 1) | Yakaar-Teranga |
|---|---|---|
| Réserves estimées | ~15 à 20 TCF (milliers de milliards de pieds cubes) | ~25 TCF (Potentiel supérieur à GTA) |
| Horizon de production | 2ème trimestre 2025 | 2027 – 2028 (en cours de développement) |
| Investissement (FID) | Déjà validé et infrastructures en place | Décision finale d’investissement attendue en 2025 |
4. L’enjeu de la souveraineté
Avec Yakaar-Teranga, le Sénégal a plus de liberté de manœuvre. Le gouvernement actuel (stratégie Sénégal 2050) mise énormément sur ce gisement pour ne plus dépendre des importations de combustibles fossiles coûteux et polluants pour ses centrales électriques.
Le projet phare à la frontière sénégalo-mauritanienne est le complexe Grand Tortue Ahmeyim (GTA). C’est l’un des projets de gaz naturel liquéfié (GNL) les plus profonds au monde, piloté par BP, Kosmos Energy, et les sociétés nationales Petrosen (Sénégal) et SMH (Mauritanie).
Voici les points clés du projet pour 2025-2026 :
1. Calendrier et Production
- Démarrage imminent : Après plusieurs reports, la production commerciale est attendue pour le deuxième trimestre 2025.
- Capacité Phase 1 : Le projet vise la production de 2,5 millions de tonnes de GNL par an.
- Phase 2 : Les discussions sont en cours pour doubler cette capacité à 5 millions de tonnes d’ici 2027-2028.
2. Infrastructures clés
- Le FPSO (Unité flottante de production) : Arrivé sur zone en 2024, il traite le gaz pour en extraire les liquides.
- Le FLNG (Unité de liquéfaction flottante) : Baptisé Gimi, il transforme le gaz en liquide à -162°C pour l’exportation.
- Le Brise-lames : Une structure de 1,2 km de long protège les navires de la houle atlantique pendant le chargement.
3. Partage de la rente et impact local
- Partage 50/50 : Les deux pays se partagent équitablement les ressources du champ transfrontalier.
- Gaz pour l’électricité : Une partie du gaz est réservée au marché domestique (Gas-to-Power) pour réduire le coût de l’électricité au Sénégal et en Mauritanie.
- Revenus : Pour le Sénégal seul, les recettes liées au gaz de GTA devraient s’ajouter aux 127,7 milliards de FCFA de recettes pétrolières globales prévues en 2025.
4. Enjeux stratégiques
- Exportation vers l’Europe : Avec la réduction des importations de gaz russe, le gaz de GTA est stratégique pour la sécurité énergétique européenne.
- Souveraineté : Le Sénégal utilise ces revenus pour financer son plan “Sénégal 2050”, visant à transformer structurellement l’économie nationale.
L’impact de la baisse du coût de l’électricité, portée par la stratégie Gas-to-Power et le gisement Yakaar-Teranga, s’annonce comme le catalyseur majeur de la transformation industrielle du Sénégal d’ici 2030.
Presidence.SN +1
Voici l’analyse des effets attendus sur l’industrie manufacturière :
1. Gains de compétitivité immédiats
- Réduction des coûts de production : Actuellement, l’énergie représente une part écrasante des charges des industriels locaux. La conversion des centrales au gaz naturel local vise à soulager les usines et à rendre les produits “Made in Senegal” plus compétitifs face aux importations.
- Fiabilité du réseau : La modernisation prévue de 220 milliards FCFA garantira une électricité plus stable, réduisant les pertes liées aux coupures et l’usage coûteux de groupes électrogènes de secours.
2. Émergence de nouveaux pôles industriels
Le plan Sénégal 2050 prévoit la création de 45 zones industrielles et de 8 pôles économiques territoriaux pour décentraliser l’activité.
- Hub Métallurgique : Le gaz de Yakaar-Teranga permettra l’exploitation du fer de la Falémé, positionnant le pays comme un futur acteur régional de l’acier d’ici 2050.
- Agropoles : Trois agropoles (Nord, Sud, Centre) bénéficieront d’une énergie moins chère pour transformer localement les produits agricoles, créant ainsi de la valeur ajoutée au lieu d’exporter des matières brutes.
3. Développement de la chimie et des engrais
Grâce à la disponibilité directe du gaz (utilisé comme matière première et non plus seulement comme combustible), le Sénégal peut développer :
- Une industrie pétrochimique locale.
- La production d’engrais phosphatés, essentielle pour la souveraineté alimentaire nationale et régionale.
4. Indicateurs et Objectifs 2030
- Croissance industrielle : Le pays a déjà enregistré une hausse de 24 % de sa production industrielle en septembre 2025.
- Emplois : La transformation systémique vise à former 700 000 techniciens d’ici cinq ans pour répondre aux besoins de ces nouvelles usines.
- Souveraineté : En nationalisant les actifs de Yakaar-Teranga (Petrosen détenant 35 %), le Sénégal s’assure que les bénéfices de la baisse des coûts profitent prioritairement au tissu industriel national plutôt qu’aux dividendes des multinationales.
Le Sénégal, devenu producteur de pétrole avec le champ Sangomar (environ 36 millions de barils attendus en 2025), fait face à des défis fiscaux majeurs :
L’évasion fiscale et les fausses facturations coûtent au pays plus de 95 milliards de FCFA par an.
Pour 2025, le budget prévoit 72,53 milliards de FCFA de recettes issues du pétrole. Une évasion de 10 % via des prix de transfert non régulés annulerait presque les investissements sociaux prévus dans ces secteurs.
En mars 2026, le Sénégal a obtenu un score de 89/100 auprès de l’ITIE pour sa gouvernance extractive, renforçant la déclaration des propriétaires effectifs pour empêcher l’usage de sociétés écrans.
Liste noire des paradis fiscaux (Mise à jour Février/Avril 2026)
L’Union européenne a actualisé sa liste des juridictions non coopératives le 17 février 2026. Voici les territoires actuellement sous surveillance stricte :
| Juridictions sur “Liste Noire” (UE 2026) | Enjeux pour les multinationales |
| Panama, Fidji, Guam | Interdiction de déduire certains paiements vers ces zones. |
| Samoa (américaines et indépendantes) | Renforcement du reporting pays par pays (CbCR). |
| Trinité-et-Tobago, Vanuatu | Surveillance accrue des flux financiers pétroliers. |
| Îles Vierges américaines, Palaos | Accès limité aux fonds européens pour les projets liés. |
Source : Conseil de l’Union européenne et Actualités fiscales Deloitte.
Enjeux pour 2026-2028
Le gouvernement sénégalais anticipe environ 227 milliards de FCFA de recettes d’hydrocarbures sur la période 2026-2028. La maîtrise des prix de transfert (les prix auxquels les filiales s’échangent des services pour gonfler artificiellement leurs coûts au Sénégal) reste l’outil principal pour garantir que ces revenus profitent réellement au développement local
Pour sécuriser les revenus issus des gisements de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), le Sénégal a considérablement durci ses procédures de contrôle fiscal depuis 2024. L’objectif est simple : empêcher que les profits ne s’évaporent avant d’être taxés.
1. La Brigade Spécialisée Mixte
Le Sénégal a mis en place une unité d’élite regroupant des inspecteurs des Impôts et Domaines (DGID) et des experts de la Douane.
- Mission : Auditer en temps réel les coûts déclarés par les opérateurs (comme Woodside ou BP).
- Action : Si une entreprise facture un service technique via une filiale aux Bermudes à un prix jugé excessif, la brigade peut rejeter la déduction et recalculer l’impôt sur la base du “prix de pleine concurrence” (le prix normal du marché).
2. Le Dispositif de “Prix de Transfert”
C’est l’arme principale contre l’évasion fiscale. Depuis les réformes de 2023-2024, le Sénégal impose :
- La Documentation Obligatoire : Les pétroliers doivent fournir un “Fichier Principal” (stratégie mondiale du groupe) et un “Fichier Local” (détail des transactions avec le Sénégal).
- Le Reporting Pays par Pays (CbCR) : Les géants pétroliers doivent déclarer au fisc sénégalais combien d’impôts ils paient dans chaque pays où ils opèrent, permettant de repérer les anomalies vers les paradis fiscaux.
3. La Lutte contre la “Sous-Capitalisation”
Pour éviter que les entreprises ne vident leurs profits en se versant des intérêts mirobolants sur des prêts internes (entre la maison mère et la filiale sénégalaise) :
- Le Code Général des Impôts limite désormais strictement le montant des intérêts déductibles. Au-delà d’un certain seuil, ces intérêts sont considérés comme du profit taxable au Sénégal.
4. Transparence des Propriétaires Effectifs
Depuis 2025, il est obligatoire de déclarer l’identité réelle des personnes physiques qui contrôlent les sociétés sous-traitantes du secteur pétrolier. Cela permet d’éviter que des cadres ou des intermédiaires n’utilisent des sociétés écrans dans des paradis fiscaux pour percevoir des commissions occultes sur les contrats de service.
Les chiffres clés (Prévisions 2026)
- Recettes attendues : Le Sénégal compte sur ces contrôles pour sécuriser les 72,5 milliards de FCFA prévus au budget 2026.
- Sanctions : Les amendes pour défaut de documentation des prix de transfert peuvent atteindre 0,5 % du montant des transactions litigieuses, un signal fort envoyé aux investisseurs.
« L’or noir coule à flots, mais la richesse s’évapore au soleil des paradis fiscaux. »
Cette phrase résume l’idée de superprofits (or noir) qui disparaissent (s’évaporent) dans des lieux secrets ou opaques (archipels de l’ombre/paradis fiscaux).

