L’éditorial de Fodé Cissé : « Macky Sall à l’assaut de l’ONU : Le destin d’un continent en balance »

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

DAKAR,23 avril 2026(JVFE)-Le passage de Macky Sall devant l’Assemblée générale des Nations unies, ce 22 avril 2026, marque un tournant historique. Pour la première fois depuis Kofi Annan, l’Afrique semble porter l’ambition sérieuse de diriger l’organisation mondiale. Mais au-delà de l’homme, c’est une vision du monde qui a été auditée hier à New York.

L’ancien président sénégalais a passé son “grand oral” le 22 avril 2026 au siège de l’ONU à New York. Il a été le dernier des quatre candidats en lice à être auditionné lors de ces dialogues informels.

Lors de son audition, il a plaidé pour des « choix audacieux » dans un monde fracturé. Il s’est engagé à restaurer la confiance envers l’organisation en prônant l’impartialité et la transparence.

Macky Sall a structuré sa défense d’un « multilatéralisme revitalisé » autour de trois axes techniques et stratégiques majeurs :

La Triple Intégration : Paix, Sécurité et Développement 

Macky Sall considère que les crises actuelles sont systémiques et non cycliques. Son approche technique repose sur le lien indissociable entre stabilité politique et progrès économique : 

Il appelle à une synergie accrue entre les opérations de maintien de la paix, les agences de développement et les acteurs humanitaires pour éviter les duplications administratives.

Mise en place de mécanismes d’alerte précoce et renforcement de la médiation en amont des conflits. 

Réforme de la Gouvernance et Modernisation Administrative

Pour restaurer la confiance envers l’institution, le candidat prône une gestion qu’il résume par trois impératifs : Rationaliser, Simplifier, Optimiser

Il propose une administration onusienne plus transparente et entièrement digitalisée pour gagner en efficacité.

Il a souligné l’opportunité d’intégrer l’Intelligence Artificielle au service des missions de l’ONU.

Plaidoyer pour des mécanismes de financement plus « stables et prévisibles » afin de réduire la dépendance aux contributions volatiles. 

Inclusion du Sud Global et Réformes Globales

Ancien président de l’Union africaine, il se positionne comme un « bâtisseur de ponts » entre le Nord et le Sud : 

Il demande une réforme en profondeur de l’architecture financière internationale pour mieux répondre aux urgences climatiques et migratoires.

Volonté de déléguer davantage de responsabilités aux organisations régionales (comme l’UA) pour la gestion des crises locales. 

Malgré ce plaidoyer technique solide, sa candidature reste un défi diplomatique majeur, faute d’un soutien unanime du continent africain et de son propre pays. 

Sa candidature a été formellement présentée par le Burundi le 2 mars 2026. Bien qu’il soit une figure africaine majeure, certains observateurs notent l’absence de soutien officiel explicite du gouvernement actuel du Sénégal ou de l’Union africaine à ce stade.

Macky Sall fait face à trois autres candidats, dont Rebecca Grynspan, Michelle Bachelet et Rafael Grossi.

L’accueil réservé à sa prestation oscille entre reconnaissance de ses compétences et contestation virulente :

Des manifestants de la diaspora sénégalaise se sont rassemblés devant le siège des Nations unies. Ils ont dénoncé un « bilan de fin de mandat marqué par des actes de gouvernance contrevenant aux principes démocratiques » et ont scandé des slogans le qualifiant de « dictateur ».

Contrairement aux usages, sa candidature est portée par le Burundi et non par son propre pays. Le gouvernement sénégalais actuel a officiellement précisé n’avoir jamais soutenu cette démarche.

L’Union africaine (UA) ne soutient pas non plus officiellement sa candidature. Près de 20 États africains s’y seraient opposés, révélant une fracture diplomatique majeure sur le continent. 

Pour succéder à António Guterres le 1er janvier 2027, Macky Sall fait face à trois profils de haut niveau, tous originaires d’Amérique latine :

Candidat Profil et Fonction actuelle
Michelle BacheletAncienne Présidente du Chili et ex-Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.
Rafael GrossiArgentin, actuel Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Rebeca GrynspanCostaricaine, Secrétaire générale de la CNUCED (Commerce et développement).

Si son expérience à la tête du Sénégal et de l’UA est un atout, les accusations de répression politique (2021-2024) et les récentes polémiques sur les chiffres de la dette publique sénégalaise constituent des obstacles sérieux auprès du Conseil de Sécurité. 

L’audace face à la fracture

Dans un contexte de tensions géopolitiques extrêmes — de l’Ukraine au Moyen-Orient — Macky Sall a choisi le créneau de la « médiation audacieuse ». Son discours n’était pas celui d’un bureaucrate, mais d’un ancien chef d’État rompu aux crises continentales. En prônant l’impartialité et la transparence, il s’attaque directement au mal qui ronge l’ONU : une perte de crédibilité face aux blocs de puissance.

Le paradoxe du soutien

L’ironie de cette candidature réside toutefois dans ses appuis. Porté officiellement par le Burundi, l’ancien président sénégalais navigue dans un entre-deux diplomatique singulier. Le silence relatif de l’actuel pouvoir à Dakar et l’absence d’un bloc de l’Union Africaine totalement unifié derrière lui constituent ses principaux défis. Pour gagner, Macky Sall doit convaincre qu’il n’est pas seulement le candidat de l’Afrique, mais le candidat d’un Sud global capable de parler d’égal à égal avec le Conseil de Sécurité.

Un choix de civilisation

Face à des figures de poids comme Michelle Bachelet ou Rafael Grossi, le Sénégalais joue la carte de « l’équilibre ». Son bilan à la tête du Sénégal et de l’UA plaide pour lui, mais l’ONU est un terrain où les compétences techniques s’effacent souvent devant les vetos politiques.

Si Macky Sall parvient à transformer son « grand oral » en une dynamique diplomatique irréversible, il pourrait bien devenir l’artisan d’une ONU réformée, moins centrée sur l’Occident et plus attentive aux urgences climatiques et sécuritaires du Sud. Le chemin vers la succession d’António Guterres est encore long, mais le pas franchi hier montre que l’Afrique ne veut plus seulement être entendue : elle veut diriger le dialogue mondial.

« Un jour, l’histoire aura son mot à dire, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles ou à Paris, à Washington ou à Londres… L’Afrique écrira sa propre histoire. » — Patrice Lumumba (Cité dans l’esprit de l’Afrique en quête d’autonomie).

Il est important de dire que « Si tu ne décides pas de ton destin c’est ton destin qui décide pour toi. » — Jean de La Fontaine.

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