DAKAR, 05 JUIN 2026 (JVFE)—La mission technique du Fonds monétaire international (FMI), annoncée à Dakar pour la semaine du 15 juin 2026, fait suite à un important remaniement gouvernemental marqué par le départ d’Ousmane Sonko de la primature pour la présidence de l’Assemblée nationale. Cette visite d’urgence intervient dans un contexte de fortes tensions budgétaires et de réajustement politique majeur au Sénégal.
Le Fonds Monétaire International (FMI) et le Sénégal sont actuellement dans une phase de négociations cruciales pour finaliser un nouveau programme de coopération économique.
Les discussions portent notamment sur l’assainissement budgétaire et la gestion de la dette publique suite à l’identification d’engagements financiers passés non déclarés.
Pour rappel, depuis la révélation, en février 2025, d’une dette publique largement sous‑estimée, le Sénégal se retrouve plongé dans une crise économique majeure. Alors que l’encours réel dépasse 100 % du PIB, des questions se posent sur le rôle du Fonds monétaire international : aurait-il ignoré des alertes ?
Que savait le Fonds monétaire international (FMI) ? Et jusqu’où va sa responsabilité dans le scandale de la « dette cachée » du Sénégal ?
Depuis la publication, en février 2025, d’un audit révélant l’état catastrophique des comptes publics du pays, le doute s’est installé. Plusieurs économistes, et notamment des anciens cadres des institutions de Bretton Woods, en sont convaincus : le FMI en savait davantage qu’il ne le reconnaît officiellement.
En décembre 2025, à Dakar, lors d’une conférence organisée par International Development Economics Associates (IDEAs), la ministre sénégalaise de la Justice, Yassine Fall, elle-même économiste, a suggéré que les torts ne se limitaient pas au seul cadre national.
Pour bien comprendre, remontons en arrière. Au début de son mandat, en avril 2024, le président Bassirou Diomaye Faye demande à la Cour des comptes de lancer un audit approfondi des finances publiques couvrant la période allant de 2019 à mars 2024.
Les conclusions font l’effet d’une déflagration : au 31 décembre 2023, l’encours réel de la dette publique atteignait près de 99,7 % du PIB (18 559 milliards de francs CFA, soit 28 milliards d’euros), contre 74 % officiellement annoncés sous la présidence de Macky Sall. L’écart est vertigineux.
La Cour des comptes a identifié des déficits budgétaires bien supérieurs aux chiffres publiés, une comptabilisation incomplète des engagements – des emprunts contractés – par l’État, des pratiques de trésorerie irrégulières et une dette bancaire hors budget…
Les auditeurs parlent explicitement de « dette cachée ».
Dans les semaines suivantes, le FMI, lié au Sénégal par un programme d’assistance financière, confirme l’existence d’engagements non déclarés pour environ 7 milliards de dollars (6 milliards d’euros) entre 2019 et 2024.
Des audits indépendants ultérieurs, dont celui du cabinet Forvis Mazars, avancent des montants encore plus élevés – plus de 11 milliards de dollars – portant la dette à 132 % du PIB fin 2024.
Pour un pays longtemps présenté comme un modèle de stabilité macroéconomique, le choc est brutal. Le Sénégal figure désormais parmi les États les plus endettés du continent africain.
La responsabilité première de ce scandale incombe à l’État sénégalais, puisque la gestion de la dette et la transmission des données budgétaires relèvent de sa compétence.
La décision de cacher des chiffres a donc été avant tout politique et administrative.
Mais le problème ne se limite pas au Sénégal. D’autres acteurs ont joué un rôle important.
Parmi eux, le FMI : pendant la période incriminée, il a approuvé, en juin 2023, un prêt majeur de 1,8 milliard de dollars, ce qui n’aurait pas été possible s’il avait pris en compte les chiffres réels.
Au total, les emprunts contractés par le gouvernement à partir de 2019 dans le cadre de plusieurs programmes du FMI dépassaient de plus de 40 % du PIB les niveaux officiellement annoncés par le Fonds.
La directrice de la communication du FMI, Julie Kozack, a précisé que les discussions visent à obtenir une compréhension partagée des perspectives économiques globales du pays.
L’arrivée du nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, impose de réévaluer la trajectoire économique nationale avec la nouvelle équipe.
Chiffrer les besoins réels de financement
Le Sénégal sort d’une période de turbulences financières exacerbée par des révélations sur la dette publique non déclarée.
La mission technique doit clarifier les besoins financiers immédiats du pays pour stabiliser sa balance des paiements.
Négocier les réformes et la restructuration de la dette
Le départ d’Ousmane Sonko – qui s’opposait fermement à la restructuration classique de la dette – ouvre une nouvelle dynamique de négociation avec l’institution financière.
Parmi les nominations les plus remarquées figure le maintien de Cheikh Diba au poste de ministre des Finances, un choix interprété comme un signal de stabilité et de continuité adressé aux partenaires économiques et financiers. Toutefois, le principal défi du nouvel exécutif demeure la relance de l’économie. Selon les données officielles, la dette publique du Sénégal avoisine 132 % du PIB. Cette situation a conduit le FMI à suspendre son programme d’assistance financière de 1,8 milliard de dollars.
Les discussions préparent le terrain pour la reprise d’un programme d’assistance financière formalisé, indispensable pour rassurer les marchés internationaux et débloquer des crédits concessionnels. Cette rencontre s’annonce comme une étape décisive pour restaurer la crédibilité financière du Sénégal auprès de ses bailleurs de fonds internationaux
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
