Sénégal : FMI valide les consolidations globales, la Cour des Comptes déclare une sous-estimation massive des finances publiques avec un écart initial de près de 2 000 milliards FCFA sur la dette de l’État central fin 2023, un chiffre qui atteint en réalité plus de 4 200 milliards FCFA (7 milliards de dollars) sur la période 2019-2024

DAKAR, 20 JUIN 2026 (JVFE)—Dans ses récents rapports, la Cour des comptes du Sénégal a effectivement mis en lumière un écart massif dans les statistiques officielles des finances publiques, révélant une “dette cachée” ou non déclarée d’un montant dépassant largement les 2 000 milliards de francs CFA (estimée entre 4 200 et 4 700 milliards).

L’audit des comptes a révélé qu’à fin 2023, la dette publique réelle atteignait près de 100 % du PIB (soit plus de 18 000 milliards FCFA), contre environ 74 % (13 000 milliards FCFA) officiellement déclarés sous l’ancien régime de Macky Sall.

Le Fonds Monétaire International (FMI) a qualifié ces écarts de “dette cachée”. Il s’agit en réalité d’engagements financiers, de prêts contractés et de passifs non retracés dans les bilans officiels sur la période 2019-2024.

Les nouvelles autorités (notamment le Premier ministre Ousmane Sonko) ont accusé le gouvernement précédent d’avoir sciemment faussé les statistiques économiques. Cette situation a considérablement fragilisé la crédibilité budgétaire du Sénégal, poussant des institutions comme le FMI à suspendre un programme d’aide et entraînant une dégradation de la note souveraine du pays par les agences de notation.

De son côté, l’ancien président Macky Sall et certains responsables de son gouvernement réfutent le terme de “dette cachée”, rejetant la responsabilité de ces écarts sur une simple divergence d’appréciation comptable et sur les pratiques de l’époque.

La Cour des comptes du Sénégal a officiellement validé l’existence d’une sous-estimation massive des finances publiques. Son rapport de conformité budgétaire confirme un écart initial de près de 2 000 milliards FCFA sur la dette de l’État central fin 2023, un chiffre qui atteint en réalité plus de 4 200 milliards FCFA (7 milliards de dollars) sur la période 2019-2024 selon les consolidations globales validées par le FMI.

Cette situation engendre de vifs débats politiques et des ajustements économiques majeurs.

Les faits validés par la Cour des comptes

  • L’écart initial constaté : Fin 2023, la dette publiée par l’ancien ministère des Finances affichait 13 773 milliards FCFA. L’audit de la Cour des comptes a révélé un encours réel de 15 664 milliards FCFA pour l’État central, soit une différence immédiate de 1 891 milliards FCFA.
  • L’explosion du ratio d’endettement : En intégrant le secteur parapublic et les prêts projets non enregistrés, la dette réelle a bondi à 99,7 % du PIB fin 2023, contre les 74 % initialement déclarés. Le Fonds monétaire international (FMI) estime même cet endettement global à 132 % du PIB fin 2024.
  • Les mécanismes de dissimulation : L’écart s’explique par des prêts contractés directement par des ministères ou agences publiques sans inscription dans la dette centrale, ainsi que l’utilisation de circuits hors budgétaires (comme le compte CAP/Gouvernement).

Les arguments des défenseurs de l’audit (Régime actuel)

  • Transparence et vérité des prix : Le Premier ministre Ousmane Sonko et le gouvernement défendent ces révélations comme une opération de vérité indispensable pour assainir l’économie nationale.
  • Fin du signal erroné aux marchés : Les autorités rappellent que cacher cette dette permettait à l’ancien régime de continuer à emprunter à des taux artificiellement bas en masquant le déficit réel.
  • Responsabilisation judiciaire : Des députés de la majorité parlementaire ont réclamé des poursuites pour haute trahison contre les anciens hauts dirigeants pour falsification de données budgétaires.

Les arguments de la défense (Ancien régime et détracteurs)

  • Un “Misreporting” technique plutôt qu’un détournement : L’ancien président Macky Sall et ses partisans réfutent le terme de “dette cachée”. Ils soutiennent qu’il s’agit d’écarts de périmètres comptables (retards de consolidation des entreprises publiques) et non d’une évaporation de fonds.
  • Des actifs bien réels : Les économistes et l’opposition libérale rappellent que ces sommes correspondent à des investissements visibles (infrastructures, autoroutes, TER, projets énergétiques) qui enrichissent le patrimoine de l’État.
  • Conséquences économiques néfastes : Les critiques accusent la méthode de communication du gouvernement d’avoir déclenché une crise de confiance inutile, ayant entraîné la dégradation de la note souveraine du Sénégal par S&P et Moody’s, renchérissant ainsi le coût des futurs emprunts

La position d’Ousmane Sonko concernant la dette du Sénégal s’articule autour du refus de la restructuration, de la mise en cause de l’ancien régime pour “dette cachée/odieuse”, et de la promotion de solutions endogènes pour éviter le surendettement extérieur.

Le président de l’Assemblée nationale sénégalaise, Ousmane Sonko, interviewé par France 24 et RFI à Dakar, le 14 juin 2026

Malgré un niveau d’endettement public très élevé (estimé à plus de 130 % du PIB selon les chiffres révisés), Ousmane Sonko exclue catégoriquement de restructurer la dette du pays.

PROS juge que la dette reste « viable ». Il soutient que le Sénégal a la capacité d’honorer ses engagements grâce à ses propres efforts de redressement budgétaire. Il conteste ainsi les préconisations du FMI qui, lors de ses missions, avait suggéré d’envisager une restructuration.

La dénonciation de la “dette cachée” et “odieuse”

Ousmane Sonko a mis au jour une situation financière héritée de l’administration précédente qu’ils qualifient de tromperie budgétaire. Il accuse l’ancien régime d’avoir dissimulé l’ampleur des emprunts. Face à ce constat, il n’a pas hésité à relancer le débat sur l’annulation de la dette dite « odieuse ». Cela implique des prêts contractés dans des conditions contestables, dont la responsabilité incombe selon lui aux créanciers et à l’ancien régime, plutôt qu’aux intérêts du peuple sénégalais.

Pour faire face au déficit sans dépendre des institutions financières internationales, le gouvernement doit miser sur ses propres ressources :

Recours au marché financier sous-régional et à l’épargne de la diaspora plutôt que d’alourdir la dette extérieure

Réduction du train de vie de l’État.

Suppression de niches fiscales et meilleure mobilisation des recettes locales (taxes diverses, élargissement de l’assiette fiscale).

La crise des finances publiques liée au scandale de la “dette cachée” a profondément bouleversé l’environnement macroéconomique du Sénégal, modifiant à la fois ses perspectives de croissance et sa trajectoire budgétaire.

Voici une analyse croisée des nouvelles prévisions de croissance et des mesures de redressement budgétaire mises en œuvre en collaboration avec le FMI.

Perspectives de croissance : Un ralentissement marqué

Malgré le dynamisme initial attendu grâce au secteur des hydrocarbures, l’économie réelle subit le contrecoup du choc financier.

  • Révision drastique à la baisse : Les prévisions de croissance pour 2026 ont été fortement dégradées par le FMI et la Banque mondiale, dégringolant d’une prévision initiale de 5 % pour s’établir autour de 2 % à 2,2 %.
  • Impact du gel des financements : La suspension temporaire du programme du FMI a provoqué un double choc. Le tarissement des flux financiers extérieurs pèse sur l’investissement public et l’activité des entreprises.
  • Perspectives à moyen terme : La reprise sera lente. Les projections de la Banque mondiale anticipent une croissance modérée de 2,6 % en 2027 et 3 % en 2028, des niveaux bien inférieurs aux performances des années précédentes.

Redressement budgétaire : Les mesures pour éponger le déficit

Avec une dette consolidée culminant désormais à 132 % du PIB fin 2025 et un service de la dette absorbant près de 70 % des recettes de l’État en 2026, les autorités n’ont d’autre choix que d’opérer un ajustement sévère.

  • Réduction progressive des déficits : L’État s’est engagé dans une trajectoire de consolidation stricte validée par le FMI. Le déficit global, qui atteignait 13,4 % du PIB en 2024, devrait être ramené à 7,8 % en 2025, puis à 5,4 % dans le projet de loi de finances 2026.
  • Nouvel accord avec le FMI : Les autorités s’efforcent de sceller un nouvel accord et d’obtenir un emprunt de plus de 700 millions de dollars afin de reconstituer des marges de manœuvre financières et de regagner en crédibilité auprès des bailleurs.
  • Hausse de la fiscalité vs Austérité : Pour mobiliser des ressources propres, l’exécutif mise sur une augmentation des recettes fiscales. En parallèle, le gouvernement opère un ajustement sur les finances publiques qui entraîne le gel ou l’arrêt temporaire de certains programmes sociaux.
  • Stratégie sur la dette (Reprofilage) : Plutôt qu’une restructuration stricte – qui risquerait de déstabiliser le secteur bancaire de l’UEMOA détenteur d’une large part des titres – le gouvernement privilégie une stratégie de reprofilage ou de rééchelonnement afin de lisser les remboursements.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *