Bénin-Niger : le “dialogue” reprend le chemin de la confiance sans “confrontation”

DAKAR, 22 JUIN 2026 (JVFE)—Pendant deux jours à Cotonou, le Bénin et le Niger ont choisi la voie du dialogue, de l’écoute et de la responsabilité. Après plusieurs mois de tensions, les délégations des deux pays se sont retrouvées autour d’une même ambition : renouer les liens historiques qui unissent leurs peuples et construire les conditions d’une coopération renouvelée.

Le processus de normalisation diplomatique entre le Bénin et le Niger franchit une étape historique , tournant définitivement la page de trois années de fortes tensions politiques et économiques. Porté par l’alternance politique au Bénin, le dialogue direct se substitue désormais à la confrontation

Le dégel amorcé par le Président Romuald Wadagni

La dynamique de réconciliation a été enclenchée directement après l’investiture du nouveau chef de l’État béninois, Romuald Wadagni, en mai 2026.

Dès le 2 juin 2026, le président béninois s’est rendu en personne au Niger pour s’entretenir avec le chef de la transition nigérienne, le Général Abdourahamane Tiani.

En amont, la junte nigérienne avait envoyé son Premier ministre, Ali Mahamane Lamine Zeine, assister à l’investiture de Wadagni à Cotonou, marquant un premier pas vers la décrispation.

Des comités techniques pour acter la réouverture de la frontière et Continuité des efforts entrepris ces dernières semaines pour renforcer les relations bilatérales

Accueillis à l’aéroport international Bernardin Gantin de Cadjèhoun par une délégation béninoise, les représentants nigériens prennent part à une plateforme de dialogue qui s’inscrit dans la continuité des efforts entrepris ces dernières semaines pour renforcer les relations bilatérales. Cette rencontre intervient après un premier cycle de discussions jugé productif par les deux parties et traduit la volonté commune de poursuivre la dynamique de rapprochement engagée entre Cotonou et Niamey. 

À l’ouverture des travaux, le ministre béninois en charge de l’intégration africaine, Olushegun Adjadi Bakari, chef de la délégation béninoise, a souligné l’importance de cette nouvelle étape dans le processus de négociation. « Cette rencontre est la suite logique des travaux de nos comités respectifs sanctionnés par un communiqué indiquant clairement les avancées qu’il y a eues », a-t-il déclaré. Il a également réaffirmé l’engagement de la partie béninoise à faire aboutir les efforts déjà consentis. « La délégation béninoise est fortement engagée pour que les efforts constatés se concrétisent dans le sens voulu par nos deux hautes autorités », a-t-il ajouté.

Pour la délégation nigérienne, conduite par le général Mohamed Toumba, ministre d’État chargé de l’Intérieur, ce deuxième cycle de négociations constitue l’illustration concrète de la nouvelle dynamique impulsée par les plus hautes autorités des deux pays. « Les échanges entre les deux présidents le 2 juin ont ouvert une nouvelle voie ; celle du dialogue et des échanges fraternels », a affirmé le chef de la délégation nigérienne, saluant l’évolution positive des relations entre les deux États.

Ces négociations trouvent en effet leur prolongement dans la visite effectuée à Niamey, le 2 juin dernier, par le président béninois Romuald Wadagni. Cette mission avait permis de réactiver les canaux de communication entre les deux capitales et de créer les conditions favorables à la reprise des discussions sur les questions d’intérêt commun. Depuis cette rencontre au sommet, les initiatives se sont multipliées de part et d’autre afin de renforcer la coopération bilatérale et de favoriser la recherche de solutions concertées aux préoccupations partagées. 

Parmi les principaux sujets inscrits à l’ordre du jour figure la question de la réouverture de la frontière entre le Bénin et le Niger. Ce dossier demeure au cœur des attentes des populations et des opérateurs économiques des deux pays. La reprise normale de la circulation des personnes et des biens apparaît comme un enjeu majeur pour la relance des échanges commerciaux et le renforcement de l’intégration sous-régionale.

Pour concrétiser ce retour à la confiance, des délégations ministérielles et des comités d’experts des deux nations se sont réunis en conclave à Cotonou.

Le ministre nigérien de l’Intérieur et de la Sécurité, le Général Mohamed Toumba, s’est déplacé au Bénin pour codiriger les séances de travail.

Les experts ont planché à huis clos sur des projets d’accords cruciaux touchant à la sécurité, la défense, la diplomatie et l’économie.

  • La frontière en ligne de mire : Clôturé à la mi-juin, le premier cycle technique a jeté les bases logistiques et sécuritaires indispensables pour rouvrir la frontière terrestre. Le Niger exigeait jusqu’alors des garanties formelles concernant la sécurité transfrontalière et la lutte contre le terrorisme.

Des enjeux économiques et sécuritaires majeurs

La fin de ce bras de fer répond à une nécessité vitale pour les deux pays frères

Avant la crise de 2023, le Niger représentait près de 80 % du volume de transit du port de Cotonou.

  • Manne pétrolière : La sécurisation des relations garantit la pérennité de l’exploitation du Pipeline Bénin-Niger pour l’exportation du brut nigérien.
  • Front commun sécuritaire : Les deux capitales ont acté le besoin d’unir leurs forces militaires pour combattre efficacement la menace djihadiste et le banditisme transfrontalier dans la sous-région.

Les conclusions des experts ont été transmises aux autorités exécutives, ouvrant prochainement la voie à une visite officielle de réciprocité du Général Tiani au Bénin pour sceller définitivement cet accord de paix.

Conduites par le Général de division Mohamed TOUMBA, Ministre d’État chargé de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l’Administration du territoire du Niger, et par Olushegun ADJADI BAKARI, Ministre béninois chargé de l’Intégration africaine, les discussions ont permis d’aborder avec franchise les préoccupations des deux parties et d’identifier des pistes concrètes pour relancer les échanges.

La sécurité, préoccupation partagée par les deux États, a occupé une place centrale dans les travaux. Mais au-delà des enjeux techniques, c’est surtout la volonté commune de rétablir la confiance, de faciliter la circulation des personnes et des biens et de redonner un nouvel élan aux relations entre les deux pays qui a marqué ces échanges.

Les échanges ont permis d’enregistrer des avancées importantes sur plusieurs sujets d’intérêt commun, notamment la fluidification du transit, le renforcement de la coopération sécuritaire et la préparation d’une normalisation progressive des relations économiques entre les deux pays.

Enfin, la délégation nigérienne a proposé la création d’une cellule bilatérale de renseignement destinée à renforcer la coopération sécuritaire face aux défis transfrontaliers. Cette structure permettrait notamment une meilleure coordination dans la lutte contre le terrorisme, les trafics illicites et les autres menaces affectant la stabilité de la zone.

En engageant ce deuxième cycle de négociations stratégiques, Cotonou et Niamey confirment leur volonté de maintenir un cadre de dialogue permanent et constructif. Les deux parties affichent leur détermination à poursuivre les discussions dans un esprit d’écoute mutuelle et de responsabilité partagée afin de parvenir à des solutions durables aux défis communs.

Cette nouvelle séquence diplomatique apparaît ainsi comme une étape décisive dans la normalisation et la consolidation des relations bénino-nigériennes. À travers le dialogue, la confiance et la coopération, les deux pays entendent bâtir un partenariat renouvelé au service de leurs intérêts communs et du bien-être de leurs populations.

Au-delà des accords et des mécanismes envisagés, un message fort s’est dégagé de cette rencontre : celui de deux nations qui, malgré les épreuves récentes, demeurent unies par l’histoire, la géographie et les liens humains séculaires qui rapprochent leurs peuples.

Les conclusions des travaux seront soumises à l’appréciation des plus hautes autorités des deux pays. Une prochaine rencontre à Niamey est d’ores et déjà envisagée afin de poursuivre cette dynamique positive et d’approfondir les progrès accomplis.

À Cotonou, le dialogue a repris ses droits. Et avec lui, l’espoir d’un rapprochement durable, fondé sur la confiance, le respect mutuel et l’intérêt des populations béninoise et nigérienne.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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