DAKAR, 22 JUIN 2026 (JVFE)—Les États-Unis et l’Iran ont tenu dimanche une première session de négociations, après la signature d’un accord-cadre pour mettre fin à la guerre. Les deux pays ont notamment évoqué le Liban et le détroit d’Ormuz. Les pourparlers, organisés en Suisse, doivent durer toute la semaine.
La première séance de négociations historiques au Bürgenstock (Suisse) s’est achevée peu après 3h00 du matin dans la nuit du dimanche 21 au lundi 22 juin en Suisse, débouchant sur la signature d’une « feuille de route » majeure entre l’Iran et les États-Unis pour parvenir à un accord définitif sous 60 jours après déminage.. Menées sous l’égide du Pakistan et du Qatar, ces discussions hautement stratégiques visent à mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient.
Ils se sont aussi accordés sur la mise en place d’une « ligne de communication » pour sécuriser le transit dans le détroit d’Ormuz et sur une « cellule de gestion des conflits » pour mettre fin aux affrontements au Liban, ont annoncé les médiateurs pakistanais et qatarien.

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf (à gauche), serre la main du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (à droite) à Zurich
Les principales avancées obtenues
Les discussions entre les deux pays sont fragiles, mais elles avancent. Jusqu’aux premières heures de la matinée, lundi, les États-Unis et l’Iran ont tenu leurs premiers pourparlers en Suisse pour mettre fin à la guerre, après la signature du protocole la semaine dernière. Washington et Téhéran se sont d’abord entendus “sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d’un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques”, qui vont durer toute la semaine à travers des groupes de travail, ont écrit les médiateurs pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint.
Une « cellule de gestion des conflits », incluant la République du Liban et animée par les pays médiateurs, a été créée pour garantir une cessation immédiate des opérations militaires.
Le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, s’est félicité de la levée du blocus sur les exportations de pétrole, du déblocage d’avoirs gelés et du lancement d’un plan massif de reconstruction estimé à au moins 300 milliards de dollars.
Dans l’accord-cadre préliminaire, Téhéran s’engage formellement à ne pas fabriquer ni développer d’armes nucléaires.
Des tensions persistantes en coulisses

Le vice-président américain JD Vance (à gauche), le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (au centre) et le Premier ministre du Qatar, Sheikh Mohammed Al-Thani, à l’ouverture des pourparlers du Burgenstock, près de Lucerne, en Suisse, le dimanche 21 juin 2026. via REUTERS – FABRICE COFFRINI
L’autre point de tension est le cessez-le-feu fragile au Liban, encore bombardé ces derniers jours par Israël. Les deux pays “se sont accordées sur la création d’une cellule de gestion des conflits, rassemblant les parties et la République du Liban, et animée par les médiateurs, afin de garantir le respect de la cessation des opérations militaires au Liban”, ont ajouté les médiateurs. L’Iran exige que le cessez-le-feu concerne aussi le Liban, mais le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou a assuré que l’armée ne se retirerait pas du sud du pays.
Le ministre des Affaires étrangères iranien s’est par ailleurs félicité que “les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques ne sont plus restreintes, le blocus est levé, certains avoir gelés sont débloqués, et un plan de reconstruction et de développement majeur de l’Iran a été lancé”. Ce plan doit être d’un montant d'”au moins 300 milliards de dollars”, selon le protocole d’accord.
Les avancées obtenues tranchent avec le climat des négociations : seule une réunion directe a eu lieu entre les États-Unis et l’Iran, les représentants iraniens refusant de poursuivre les discussions après de nouvelles menaces de Donald Trump de bombarder l’Iran.
Malgré des avancées qualifiées de « progrès encourageants » par les médiateurs, l’atmosphère est restée électrique. La délégation iranienne a expressément refusé de poser pour une photographie officielle avec les représentants américains (menés par le vice-président JD Vance et Jared Kushner).
De plus, des frictions subsistent avec Israël : le Premier ministre Benjamin Netanyahou a déjà averti que l’armée israélienne resterait positionnée dans le sud du Liban « aussi longtemps que nécessaire », ce qui pourrait fragiliser l’application du cessez-le-feu.
Concernant le détroit d’Ormuz, une “ligne de communication” est créée entre les deux pays afin “d’éviter les incidents et d’assurer un passage sûr pour les navires commerciaux”. Pas d’informations en revanche sur l’état actuel du détroit, que l’Iran dit avoir refermé samedi après des attaques israéliennes au Liban contre le Hezbollah, son allié. Le trafic commercial doit être pleinement rétabli dans un délai de 30 jours suivant le déminage du détroit, d’après le protocole d’accord, mais Téhéran entend imposer des “droits de redevance” pour les services fournis sur ce passage qui “ne reviendra pas à la situation d’avant-guerre”, avait prévenu le négociateur iranien en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.
Selon l’agence officielle iranienne Irna, la délégation iranienne a quitté la table des pourparlers en Suisse au bout de seulement une heure et vingt minutes dimanche, en réaction à ‘la publication d’un message insultant du président des Etats-Unis’. Mais les négociations ont continué par l’intermédiaire des médiateurs.
Le coup d’éclat iranien était dû à un message du président américain Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, dans lequel il enjoignait Téhéran d’empêcher ses alliés au Liban, en référence au mouvement chiite du Hezbollah, de ’causer des problèmes’, sans quoi les Etats-Unis reprendraient leurs frappes.
‘Ils feraient mieux de peser leurs mots; nos forces armées sont prêtes à leur répondre autrement’, avait rétorqué sur X l’influent chef de l’équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf.
En vertu du protocole d’accord du 17 juin, les deux parties doivent ‘se garder de menacer d’avoir recours à la force l’une contre l’autre’ lors des discussions. Ces dernières doivent aboutir, sous un délai de 60 jours renouvelables, à un accord final pour mettre un terme au conflit au Moyen-Orient, déclenché par des frappes israélo-américaines sur l’Iran le 28 février et qui a causé des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.
Les différends portent aussi sur le programme nucléaire de Téhéran, qui empoisonne les relations bilatérales depuis des décennies.
Selon la télévision d’Etat iranienne, il n’en a pas été question pendant la première session de discussions. Cette même source a affirmé que la délégation iranienne avait refusé de poser pour une photographie avec la délégation américaine, qui outre JD Vance comprend l’émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner.
‘Nous avons mené des discussions approfondies sur tous les aspects de l’accord sur le nucléaire’, a affirmé au contraire dans les premières heures de lundi un haut-diplomate américain à Bürgenstock.
Prochaines étapes
Les discussions se poursuivent dès cette semaine dans le complexe hôtelier suisse à travers des sessions techniques approfondies. L’objectif final reste de faire entériner un traité global de paix par une résolution contraignante du Conseil de sécurité de l’ONU avant la fin du délai des 60 jours.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
