DAKAR, 02 AOUT 2026 (JVFE)—Le Grand Magal de Touba est célébré aujourd’hui même, ce dimanche 2 août 2026 (18 Safar 1448 de l’Hégire). Cet événement commémore le départ en exil au Gabon du théologien Cheikh Ahmadou Bamba en 1895, le fondateur de la confrérie musulmane des Mourides.A l’occasion du 18 Safar (Magal de Touba), les fidèles ont pris d’assaut les différents mausolées regroupés autour de la grande mosquée de Touba.
Ce choix fort a été validé par le Comité d’organisation et annoncé par son porte-parole, Serigne Bassirou Mbacké Abdou Khadre
Les objectifs de ce thème
- Retour aux sources : Remettre au premier plan le sens moral, éthique et purement spirituel du pèlerinage.
- Préservation de la Cité sainte : Réaffirmer le respect strict des règles de la ville de Touba (interdiction des comportements ou commerces illicites)
- Responsabilité des médias : Exhorter la presse et les réseaux sociaux à privilégier les récitals du Coran, l’éducation et l’héritage de Cheikh Ahmadou Bamba plutôt que les contenus futiles.
Le Magal de Touba commémore le départ en exil du Cheikh Ahmadou Bamba. fondateur du mouridisme, l’une des confréries soufies les plus influentes du pays.
C’est le plus grand rassemblement religieux du Sénégal et l’un des plus importants pèlerinages musulmans d’Afrique de l’Ouest.
Le Magal est à la fois un moment de ferveur spirituelle, d’expression culturelle, de solidarité communautaire et de dynamisme économique, mobilisant des ressources colossales sur une courte période.
Célébré chaque année au 18 Safar du calendrier hégirien, il commémore le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie soufie du Mouridisme.
Arrêté par l’administration coloniale française en 1895, il a été déporté au Gabon et accusé de vouloir fomenter une rébellion.
Mais pour les mourides, commémorer cet exil est un acte de foi, une fête pour rendre grâce à Dieu car selon les récits historiques, Cheikh Ahmadou Bamba ou Serigne Touba a considéré son exil non pas comme une punition, mais plutôt comme un moyen d’ascension spirituelle
Dans la Genèse, il est dit à Adam : ” maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de la vie […] A la sueur de ton front tu mangeras ton pain jusqu’à ce que tu retournes au sol “.

Ces trois termes ” al kasbou “, ” al amal ” et ” al khidmat “, constituent les trois logiques de travail des mourides.
Cette philosophie du travail ne doit pas se limiter aux mourides ,tout le monde doit s’en approprier .c’est un modèle qui réussit et qui devrait inspirer les étudiants ,les chercheurs ,nos politiques.
La construction de la Grande Mosquée de Touba est une épopée humaine et spirituelle s’étalant sur plus de trente ans, financée exclusivement par le travail et les dons des fidèles mourides.


L’histoire de ce chef-d’œuvre architectural s’articule autour de quatre grandes étapes :
1. La genèse et les blocages coloniaux (1926)
Le projet est initié par Cheikh Ahmadou Bamba lui-même en 1926, un an avant son rappel à Dieu. Confronté aux réticences de l’administration coloniale française qui voyait d’un mauvais œil l’expansion de la confrérie, son premier fils, Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacké, réussit à obtenir un bail foncier officiel de 400 hectares pour bâtir la cité sainte.
2. La pose de la première pierre et les épreuves (1932 – 1941)
La première pierre est posée le 4 mars 1932 par le premier Khalife. Les défis logistiques sont colossaux : Touba est alors un village isolé en pleine brousse, dépourvu de voies d’accès.
- Le Khalife fait construire, à ses frais, une voie ferrée de fortune connectant la ville de Diourbel à Touba pour acheminer le matériel et les pierres.
- Les travaux sont brutalement stoppés en 1941 en raison de la Seconde Guerre mondiale et des pénuries de matériaux.
3. La reprise et l’inauguration (1949 – 1963)
Sous l’impulsion du deuxième Khalife, Serigne Fallou Mbacké, le chantier redémarre en 1949. Plus de 1,8 million d’heures de travail bénévole sont fournies par les fidèles. Le monument est officiellement inauguré le 7 juin 1963, devenant le cœur spirituel du pays et abritant le mausolée de Cheikh Ahmadou Bamba.
4. L’architecture actuelle et ses extensions
D’une superficie au sol de 8 790 m², l’édifice mélange styles byzantin et arabo-islamique, revêtu de marbres précieux et d’albâtre.
- Les Minarets : Elle compte aujourd’hui 7 minarets. Le plus haut d’entre eux culmine à 86,80 mètres et s’appelle Lamp Fall, érigé en hommage au plus illustre disciple du Cheikh, Cheikh Ibrahima Fall. []
- Rénovations : En mars 2026, de grands travaux d’extension ont été lancés pour surélever les plafonds, moderniser les structures et rehausser les plus petits minarets.
L’essentiel de l’édition 2026
- Affluence massive : Plus de 6 millions de pèlerins venus du Sénégal et de la diaspora convergent vers la ville sainte de Touba.
- Célébrations : La journée est rythmée par des récitals du Coran, le chant des khassaïdes (poèmes de Cheikh Ahmadou Bamba) et des prières collectives.
- Dispositif étatique : Près de 5 000 policiers sont déployés aux côtés de drones pour sécuriser l’événement.
- Économie : JVFE estime l’impact macroéconomique à près de 630 milliards de FCFA injectés dans l’économie nationale.

Signification culturelle et religieuse
En wolof, le terme magal signifie « célébrer » ou « magnifier ». Plutôt que de pleurer les épreuves subies face aux autorités coloniales françaises, le Cheikh a demandé à ses fidèles de rendre grâce à Dieu en ce jour précis. Le pèlerinage repose sur trois piliers : la dévotion spirituelle, l’hospitalité généreuse (les célèbres Berndé, des repas massifs offerts à tous) et le renforcement des liens fraternels.

Après le rappel à Dieu de Cheikh Ahmadou Bamba en 1927, la confrérie des Mourides a été dirigée par ses fils (les Khulafas de la lignée directe), puis par ses petits-fils. Chacun a marqué l’histoire de la communauté et le développement de la ville sainte de Touba.
Voici l’histoire chronologique des Khalifes généraux des Mourides :
L’ère des fils (1927 – 2007)
- Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacké (1927 – 1945) : Premier Khalife. Il a posé la première pierre de la Grande Mosquée de Touba et a tracé les voies de chemin de fer pour acheminer les matériaux de construction.
- Cheikh Mouhamadou Falilou Mbacké (1945 – 1968) : Deuxième Khalife. Il a inauguré la Grande Mosquée en 1963. Il a donné à Touba son statut moderne et sa configuration urbaine.
- Cheikh Abdoul Ahad Mbacké (1968 – 1989) : Surnommé le “Bâtisseur”. Il a modernisé Touba, interdit les pratiques illicites dans la ville sainte (drogue, alcool, jeux de hasard) et construit la grande bibliothèque (Khizanatou).
- Cheikh Abdou Khadre Mbacké (1989 – 1990) : Surnommé “l’Imam des Imams”. Son magistère fut le plus court (11 mois). Il était resté toute sa vie l’imam de la Grande Mosquée, très axé sur la spiritualité.
- Cheikh Saliou Mbacké (1990 – 2007) : Dernier fils de Serigne Touba. Grand éducateur, il a créé de vastes daaras (écoles coraniques) agricoles, notamment à Khelcom. Il a mené d’immenses travaux de rénovation et d’extension de la ville.
L’ère des petits-fils (Depuis 2007)
- Cheikh Mouhamadou Lamine Bara Mbacké (2007 – 2010) : Premier petit-fils à accéder au khalifat. Il a assuré la transition générationnelle avec sagesse.
- Cheikh Sidy Mouhamadou Mokhtar Mbacké (2010 – 2018) : Il a marqué son khalifat par ses efforts constants pour unifier les différentes confréries musulmanes du Sénégal. Il a initié la construction de la gigantesque mosquée Massalikoul Jinaan à Dakar.
- Cheikh Serigne Mountakha Mbacké (Depuis 2018) : Khalife actuel. Connu pour son ascétisme et son immense érudition. Il a inauguré Massalikoul Jinaan en 2019 et a fondé le Complexe universitaire Cheikh Ahmadou Bamba (CCAB) de Touba pour moderniser l’enseignement mouride.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
