DAKAR, 26 AOUT 2026 (JVFE)—Le président américain Donald Trump fait face à des pressions divergentes de ses alliés du Golfe concernant la gestion de la guerre avec l’Iran.
Les pays du Golfe privilégient la désescalade et la neutralité apparente tout en restant profondément divisés sur la ligne à suivre face à l’Iran.
L’Iran a mis en garde les pays de la région contre toute assistance logistique ou militaire accordée aux États-Unis, qualifiant une telle aide de participation directe aux opérations armées.

L’Arabie saoudite est confrontée à un dilemme difficile. Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur guerre contre l’Iran le 28 février, les Saoudiens ont, dans l’ensemble, tenté de rester en dehors du conflit.
Mais aujourd’hui, après avoir été attaqués de trois côtés, les Saoudiens en ont assez. Cette semaine, ils ont mené, conjointement avec les États-Unis, des frappes contre des milices iraniennes en Irak, qu’ils soupçonnent de lancer des drones en direction du Royaume.
Le sultanat d’Oman continue de jouer un rôle historique de facilitateur et de médiateur entre les différents camps, notamment pour négocier la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz
Pour l’Arabie saoudite, le dilemme consiste désormais à savoir s’il faut continuer à riposter à titre dissuasif, ou s’il vaut mieux tenter d’apaiser la situation, peut-être en versant des compensations financières à certains de leurs adversaires.
Les Émirats arabes unis (EAU) et l’Arabie saoudite naviguent entre posture offensive et diplomatie pour préserver leur sécurité face aux frappes de Téhéran et de ses proxys.

Les progrès enregistrés dans les discussions sur la réouverture du détroit d’Ormuz, ainsi que les pressions exercées par Riyad et plusieurs autres pays du Golfe en faveur d’une solution diplomatique, auraient convaincu Donald Trump de suspendre l’offensive qu’il envisageait contre l’Iran.
Ces divergences seraient intervenues avant la décision du président américain de renoncer à une nouvelle série de frappes contre la République islamique.
Des informations ont évoqué des implications militaires discrètes ou indirectes de certains pays (comme les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite) cherchant à contrer les menaces iraniennes sans l’afficher ouvertement pour éviter des représailles politiques majeures
Bien que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis partagent la volonté d’endiguer la menace iranienne, les nuances de leur diplomatie se sont accentuées au fil du conflit :
Touchés par des attaques de missiles balistiques et des pressions économiques, les autorités d’Abou Dabi ont parfois poussé Washington à adopter une ligne dure. Selon le Wall Street Journal, les Émirats estiment que le Corps des gardiens de la révolution islamique ne fera des concessions que face à une puissance militaire accrue. Ils ont mené par le passé des opérations ciblées avec les États-Unis.
Riyad privilégie une approche de désescalade globale. Tout en menant des frappes de dissuasion conjointes avec les États-Unis contre des milices pro-iraniennes en Irak, le prince héritier Mohammed ben Salmane plaide pour la voie diplomatique. Les Saoudiens redoutent qu’une guerre totale ne détruise leurs infrastructures énergétiques et ne plonge la région dans le chaos.

L’impact direct sur les décisions de Donald Trump
Cette diplomatie active des pays du Golfe a lourdement pesé sur les choix de la Maison-Blanche :
- Suspension des frappes de grande envergure : Donald Trump a admis avoir annulé une campagne de bombardements massifs après avoir consulté les dirigeants du Golfe, notamment le prince héritier saoudien. Ces derniers l’ont convaincu qu’un accord négocié était préférable à une escalade incontrôlable.
- Recherche d’un cessez-le-feu : Sous la pression conjointe de Riyad, d’Abou Dabi et de Doha, les États-Unis ont prolongé des initiatives de cessez-le-feu et de blocage naval pour amener l’Iran à négocier.
Un impératif de survie collective
Face à la prolongation de la guerre, une transition pragmatique s’opère. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis maintiennent un dialogue étroit avec Washington, tout en explorant, via des médiateurs comme Oman ou l’Irak, des mécanismes de sécurité régionale partagés pour forcer Téhéran à respecter la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Il existe globalement deux camps dans le conflit qui ravage le Golfe et d’autres régions du Moyen-Orient depuis maintenant cinq mois.
D’un côté, on trouve l’Iran et son Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). À leurs côtés se trouvent les Houthis au Yémen, un groupe tribal qui a pris le contrôle d’une grande partie du pays en 2014.
L’Iran soutient également les Forces de mobilisation populaire en Irak, ce groupe paramilitaire qui aurait mené 30 frappes de drones contre l’Arabie saoudite et qui fait désormais l’objet de représailles.
Il y a enfin le Hezbollah au Liban, qui reste une force puissante mais qui fait actuellement profil bas.
De l’autre côté de ce conflit se trouvent les États-Unis, avec les forces extrêmement puissantes de leur Commandement central (Centcom), ainsi que – à des degrés divers – les États arabes du Golfe et la Jordanie. Israël reste un allié proche des États-Unis, mais ne participe pas activement à cette guerre pour l’instant.
L’Iran a récemment concentré ses attaques de drones et de missiles sur la Jordanie, le Koweït et Bahreïn, tout en prenant pour cible tout navire marchand qui tente de se faufiler dans le détroit d’Ormuz en contournant les nouvelles règles et les nouveaux itinéraires imposés par l’Iran.
L’implication des milices irakiennes et des Houthis au Yémen est un phénomène relativement récent qui montre comment, en l’absence d’un accord de paix durable entre les États-Unis et l’Iran, la région risque de s’enliser de plus en plus dans un conflit qui ne cesse de s’étendre.
Plusieurs raisons expliquent pourquoi l’Arabie saoudite tente de ne pas se laisser entraîner dans un conflit à grande échelle.
Son dirigeant de facto, le prince héritier Mohammed ben Salmane, relativement jeune, a engagé le pays dans une voie connue sous le nom de « Vision 2030 ».
Son objectif est de diversifier l’économie du Royaume afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des recettes pétrolières et de créer des industries nationales dynamiques et modernes, capables d’offrir des emplois valorisants aux centaines de milliers de diplômés et de jeunes sortant du système scolaire qui affluent chaque année sur le marché du travail.
Une partie de la « Vision 2030 » consiste à attirer les investissements étrangers. Une autre partie consiste également à construire des infrastructures telles que des centres de données, qui sont vulnérables aux attaques.
Cela ne fonctionnera pas si l’Arabie saoudite se retrouve confrontée à une menace persistante et à long terme, qu’il s’agisse de drones lancés depuis sa frontière sud par les Houthis au Yémen ou de missiles balistiques tirés directement par l’Iran.
En septembre 2019, les Saoudiens ont subi un choc désagréable.
Alors que leurs relations avec l’Iran étaient au plus bas, les Saoudiens ont découvert au réveil qu’une milice irakienne agissant pour le compte de l’Iran avait lancé une flotte de drones contre deux de leurs installations pétrolières les plus stratégiques, à Abqaiq et à Khurais.
À l’époque, certains avaient laissé entendre que l’attaque provenait des Houthis au Yémen, mais je me suis rendu sur place immédiatement après et j’ai pu clairement constater que les impacts sur les superstructures étaient tous orientés vers le nord.
Cette attaque a paralysé la moitié des exportations pétrolières saoudiennes pendant plusieurs jours et a fait prendre conscience à Riyad à quel point ses infrastructures nationales essentielles sont vulnérables aux attaques.
Lundi, des images satellites ont montré que le site pétrolier d’Abqaiq avait été frappé par des drones lancés une nouvelle fois par des milices irakiennes agissant pour le compte de l’Iran.
Et puis il y a le pétrole, qui reste le moteur de l’économie saoudienne.
L’Iran a riposté aux attaques américaines et israéliennes de février en fermant de fait le détroit d’Ormuz, une voie maritime cruciale entre l’Iran et le Golfe par laquelle transitaient 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
En réponse, les Saoudiens ont pompé autant de pétrole que possible – environ cinq millions de barils par jour – via leur oléoduc est-ouest jusqu’à leur terminal d’exportation situé sur la mer Rouge, sur la côte opposée, à Yanbu.
De là, le pétrole était chargé sur des pétroliers qui mettaient le cap vers le sud, en direction de la mer d’Arabie, puis vers les marchés asiatiques.
Jusque-là, tout allait bien.
Mais le 13 juillet, les Saoudiens ont bombardé l’aéroport de Sanaa, situé juste à la périphérie de la capitale yéménite. Le gouvernement yéménite soutenu par l’Arabie saoudite a revendiqué cette frappe, affirmant vouloir empêcher un avion iranien d’atterrir. En représailles, les Houthis ont attaqué les aéroports régionaux saoudiens d’Abha et de Jizan.
Plus inquiétant encore pour Riyad, les Houthis ont commencé à attaquer la marine marchande saoudienne en mer Rouge, rendant extrêmement dangereux le passage des navires dans l’étroit détroit de Bab el-Mandeb, à l’extrémité sud de la mer Rouge. Cela a pour effet d’étouffer les exportations de pétrole saoudien vers l’Asie.
L’Arabie saoudite a passé sept ans à tenter de contraindre les Houthis à la soumission par des frappes aériennes, sans y parvenir.
La guerre qui a fait rage à travers le Yémen a constitué l’une des pires catastrophes humanitaires de notre époque et ses effets se font encore sentir aujourd’hui.
En 2022, l’Arabie saoudite a accepté une trêve précaire avec les Houthis et des informations ont fait état de paiements, mais aujourd’hui, le pays le plus riche de la région, l’Arabie saoudite, est à nouveau confronté à la menace d’attaques de drones et de missiles provenant de son voisin du sud, parallèlement à des attaques en provenance de l’Irak au nord.
L’Arabie saoudite privilégie une diplomatie de médiation et de dialogue pour apaiser les tensions régionales, notamment avec l’Iran et sur les dossiers du Moyen-Orient.
Les axes de la diplomatie saoudienne
- Apaisement régional : Riyad cherche à éviter toute escalade militaire, en particulier dans le Golfe et avec l’Iran, en prônant des solutions négociées.
- Position internationale : L’Arabie saoudite développe une stratégie de multi-alignement pour s’imposer comme une puissance d’équilibre entre les grands blocs (États-Unis, Chine, Europe).
- Soutien à la cause palestinienne : Le royaume réaffirme régulièrement son attachement à la solution à deux États et à la paix régionale.
Partenariats stratégiques
- Coopération européenne : L’Arabie saoudite collabore étroitement avec des pays comme la France sur les dossiers sécuritaires, énergétiques, technologiques et culturels (notamment le projet d’AlUla).
- Diversification : Cette orientation diplomatique s’inscrit en parallèle avec la mise en œuvre de la Vision 2030, qui nécessite un environnement régional stable pour attirer les investissements étrangers et développer le tourisme.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
