FOCUS ” Les Grands Dossiers de la Géopolitique Mondiale “ L’actualité géopolitique du Pakistan

DAKAR, 28 AOUT 2026 (JVFE)—L’actualité géopolitique du Pakistan est dominée par des crises multidimensionnelles, mêlant tensions environnementales transfrontalières avec l’Inde, pourparlers politiques internes et rôle d’intermédiaire dans les crises régionales :

  • Tensions hydriques et accusations de « guerre de l’eau » contre l’Inde : Le Pakistan fait face à une situation de mousson d’une intensité inhabituelle ayant provoqué d’importantes inondations dévastatrices à travers le pays (plus de 600 morts cumulés sur la saison). Fin août 2025, le débordement des fleuves Ravi, Chenab et Sutlej à la suite de lâchers d’eau massifs en amont par l’Inde provoque la submersion de nombreuses infrastructures dans la division de Gujranwala. Les chefs politiques pakistanais qualifient publiquement ces actions indiennes de « crime de guerre de l’eau », exacerbant les tensions géopolitiques historiques entre Islamabad et New Delhi
  • Négociations politiques intérieures : Sur le plan de la stabilité interne, la journée est marquée par des négociations cruciales entre le gouvernement et le parti d’opposition PTI (Pakistan Tehreek-e-Insaf) de l’ex-Premier ministre emprisonné Imran Khan, visant à désamorcer la crise politique persistante. En parallèle, des débats houleux animent la scène publique concernant d’éventuelles modifications des unités administratives des provinces, une initiative critiquée par l’opposition comme un facteur de division sociale.
  • Rôle de médiateur régional et diplomatie du Golfe : Dans le contexte plus large de la géopolitique de l’été 2025, le Pakistan se positionne activement comme un facilitateur de dialogue. Fort de son passage remarqué à la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU en juillet 2025, Islamabad œuvre en coulisses avec la Chine pour maintenir le dialogue et proposer des cessez-le-feu temporaires face aux tensions maritimes et cinétiques qui perturbent le Moyen-Orient et le détroit d’Hormuz. Cette position stratégique préfigure la signature imminente, quelques jours plus tard en septembre 2025, d’un pacte de défense mutuelle tripartite historique à La Mecque entre le Pakistan, l’Arabie saoudite et la Turquie.

Le positionnement géopolitique actuel du Pakistan

Le pays opère un retour stratégique majeur sur l’échiquier mondial à travers trois leviers complémentaires :

  • Le Pacte de défense de La Mecque : Signé le 7 août 2026 par le Premier ministre Shehbaz Sharif, le président turc Recep Tayyip Erdoğan et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, cet accord établit une alliance militaire historique. Reposant sur un principe de défense collective similaire à l’Article 5 de l’OTAN, le pacte stipule qu’une attaque contre l’un des trois pays est considérée comme une attaque contre tous. Il combine la puissance financière saoudienne, l’industrie de défense technologique de la Turquie et les capacités humaines et de dissuasion nucléaire du Pakistan.
  • La médiation entre Washington et Téhéran : En plein cœur de la guerre actuelle qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran, Islamabad s’est imposé comme un intermédiaire diplomatique central. Profitant de l’absence de relations officielles entre Washington et Téhéran, le chef d’état-major pakistanais, Asim Munir, mène des efforts de désescalade constants pour sécuriser la région et faciliter les pourparlers.
  • L’équilibrisme face aux superpuissances : Tout en préservant ses relations historiques avec Washington et son partenariat de long terme avec la Chine (alliée de l’Iran), le Pakistan utilise sa nouvelle stature régionale pour accroître son autonomie stratégique sans s’enfermer dans un bloc exclusif.

Le Pakistan a retrouvé une importance stratégique en contrebalançant la Chine et les États-Unis, en jouant un rôle de médiateur entre Washington et Téhéran et en s’associant à l’Arabie saoudite et à la Turquie dans un pacte de défense collective. Cependant, cette influence internationale peut prévenir un isolement ou un défaut de paiement immédiats. Elle ne saurait se substituer à des institutions légitimes, à des réformes économiques, à des services publics et à la paix intérieure.

La situation géographique du Pakistan, son arsenal nucléaire, ses forces armées et sa flexibilité diplomatique en font un pays trop important pour que les grandes puissances l’ignorent. Par conséquent, la Chine, les États-Unis, l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Iran et les bailleurs de fonds internationaux ont tous intérêt à ce que le Pakistan continue de fonctionner.

Cette valeur stratégique porte ses fruits.

Le Pakistan a accueilli des pourparlers directs entre les États-Unis et l’Iran en avril 2026.

Par la suite, il a adhéré à l’Accord de défense conjointe de La Mecque avec l’Arabie saoudite et la Turquie. Parallèlement, Islamabad continue de rechercher les investissements chinois via le Corridor économique Chine-Pakistan et l’intérêt américain pour les minéraux, les technologies et la coopération en matière de sécurité.

Néanmoins, l’accès diplomatique ne saurait se substituer au redressement national. Le Pakistan demeure confronté à une assiette fiscale restreinte, un endettement important, un faible niveau d’investissement, un développement humain insuffisant, l’exclusion politique et un terrorisme virulent. Dès lors, la véritable question est de savoir si Islamabad peut transformer l’attention stratégique qu’il suscite en un État capable, productif et légitime.

Tout porte à croire que la géopolitique permet au Pakistan de gagner du temps. Toutefois, jusqu’à présent, elle ne remédie pas aux causes de sa fragilité.

Le Pakistan demeure néanmoins fragile et dépendant d’un soutien extérieur. Les leviers géopolitiques peuvent lui apporter des ressources financières, une force de dissuasion et une marge de manœuvre diplomatique. Seules des réformes internes permettront de transformer cette protection temporaire en une capacité étatique durable.

Cependant, le pays présente de sérieuses faiblesses en matière de finances publiques, de légitimité politique, de sécurité intérieure et de développement humain.

Le PIB réel a progressé de 3,7 % au cours de l’exercice 2025-2026, tandis que les réserves de la Banque d’État ont atteint 15,1 milliards de dollars américains au 17 avril 2026. En conséquence, la situation économique immédiate s’est améliorée.

Néanmoins, l’investissement total n’a représenté que 14,38 % du PIB. La dette publique s’élevait également à 70,7 % du PIB à la fin de l’exercice 2025.

Le ratio impôts/PIB s’est amélioré pour atteindre 11,2 % au cours de l’exercice 2025. Malgré cela, l’État manque toujours de recettes suffisantes pour financer des services publics modernes.

Les dépenses d’éducation et de santé représentaient chacune environ 0,8 % du PIB au cours de l’exercice 2025. De plus, 28 % des enfants n’étaient toujours pas scolarisés.

Le Pakistan a enregistré 1 139 décès liés au terrorisme lors de 1 045 incidents en 2025, selon l’Indice mondial du terrorisme 2026.

Les pourparlers américano-iraniens d’Islamabad et l’accord de La Mecque prouvent que le Pakistan dispose d’une réelle influence diplomatique. Cependant, aucun de ces événements ne génère automatiquement des investissements, de la stabilité ou la confiance du public.

Une fragilité maîtrisée demeure l’issue la plus plausible à court terme : le Pakistan évite l’effondrement mais reste dépendant du FMI, de la Chine, du soutien des pays du Golfe et des envois de fonds.

Le Pakistan a d’abord rétabli sa marge de manœuvre financière. Il a ensuite utilisé les conflits régionaux et les partenariats sécuritaires pour regagner du terrain sur le plan diplomatique. Cependant, cette séquence ne prouve pas que le succès diplomatique ait entraîné la stabilisation économique. Par exemple, la discipline du FMI, les transferts de fonds, la politique monétaire et les refinancements extérieurs ont également joué un rôle majeur.

le Pakistan conserve un important levier géopolitique

La géographie demeure son atout permanent

Le Pakistan relie l’Asie du Sud à la Chine, à l’Asie occidentale et à la mer d’Arabie. Il partage également des frontières avec l’Afghanistan et l’Iran, et ses ports permettent d’assurer des liaisons maritimes vers l’Asie centrale.

Par conséquent, les puissances extérieures ne peuvent l’ignorer. Les États-Unis attachent une grande importance aux voies de communication et de sécurité à proximité de l’Afghanistan et de l’Iran. La Chine a besoin de routes stables pour le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) et d’une protection pour ses projets. Parallèlement, les États du Golfe valorisent les capacités militaires, la main-d’œuvre et les liens de défense de longue date du Pakistan.

La géographie confère donc une pertinence récurrente. Cependant, elle ne garantit pas la prospérité. Les ports et les axes de communication ne créent de richesse que si la sécurité, les infrastructures, l’administration douanière et les règles commerciales fonctionnent de manière fiable.

Le pouvoir nucléaire et militaire empêche la marginalisation stratégique

La capacité nucléaire du Pakistan contribue à ce que son instabilité intérieure attire l’attention internationale. De plus, son armée nombreuse et expérimentée lui confère un rôle dans la lutte contre le terrorisme, la gestion des crises et la sécurité du Golfe.

Cela crée une puissante incitation externe : les grandes puissances peuvent critiquer le Pakistan, mais elles veulent aussi empêcher une escalade incontrôlée, une prolifération ou un effondrement de l’État.

La force militaire ne constitue pourtant qu’une partie de la puissance nationale. Elle peut défendre l’État et influencer la diplomatie. Elle ne peut, à elle seule, élargir l’assiette fiscale, assurer l’éducation des enfants ou développer des exportations compétitives.

Le Pakistan peut travailler à la fois avec la Chine et les États-Unis.

La Chine demeure le partenaire stratégique le plus important du Pakistan. Elle fournit du matériel de défense, soutient le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) et lui apporte un appui diplomatique. Les États-Unis, quant à eux, offrent un accès aux marchés occidentaux, aux financements, aux technologies et à l’influence politique.

En pratique, le Pakistan peut offrir des services différents à chacun. Pékin bénéficie d’un soutien à long terme et d’un accès aux infrastructures. Washington obtient une coopération sélective sur l’Afghanistan, l’Iran, le terrorisme, la sécurité nucléaire et la gestion des crises régionales. Néanmoins, ces deux relations ne sont pas équivalentes. La Chine constitue un pilier stratégique pour le Pakistan, tandis que les États-Unis demeurent une option tactique.

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont apporté à plusieurs reprises leur aide au Pakistan par le biais de dépôts, d’infrastructures pétrolières, de promesses d’investissement et d’un soutien politique. De plus, des millions de travailleurs pakistanais dans les pays du Golfe génèrent des transferts de fonds essentiels.

Parallèlement, la relation s’étend du sauvetage financier à la défense, aux mines, à l’agriculture, à la logistique et à l’investissement. Cependant, les gouvernements du Golfe exigent de plus en plus des projets commercialement viables. Par conséquent, la solidarité religieuse à elle seule ne garantira pas de futurs renflouements.

Le plus grand succès diplomatique récent du Pakistan remonte à avril 2026. Selon le ministère des Affaires étrangères, des délégations américaine et iranienne ont tenu des pourparlers directs à Islamabad les 11 et 12 avril. Des responsables civils et militaires pakistanais ont joué un rôle de médiateur.

Les pourparlers n’ont pas permis de régler le conflit. Ils ont néanmoins démontré que le Pakistan pouvait communiquer simultanément avec Washington, Téhéran, Pékin et les capitales du Golfe. Cette capacité a renforcé la prétention d’Islamabad au statut de puissance moyenne.

Néanmoins, la médiation n’est qu’un atout temporaire. Sa durée dépend de la perception qu’ont les parties de l’utilité du médiateur. Par ailleurs, le Qatar et Oman possèdent une plus grande expérience en matière de médiation et des moyens financiers supérieurs. Le Pakistan ne peut donc considérer un événement diplomatique isolé comme une promotion durable. Le communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères confirme le rôle du Pakistan.

Le pacte de La Mecque renforce le rôle du Pakistan en matière de sécurité.

Le 7 août 2026, le Pakistan, l’Arabie saoudite et la Turquie ont signé l’Accord de défense conjointe de La Mecque. La déclaration publique stipule qu’une attaque armée contre l’un des membres sera considérée comme une attaque contre les trois. L’accord promet également une coopération renforcée en matière de défense.

Pour le Pakistan, cet accord présente trois avantages. Premièrement, il renforce ses relations avec l’Arabie saoudite. Deuxièmement, il l’intègre à l’industrie de défense turque et à son influence régionale. Enfin, il positionne Islamabad comme un acteur de sécurité en dehors de l’Asie du Sud. Toutefois, la déclaration publique ne dévoile ni système de commandement, ni règles de déploiement, ni financement, ni étendue de la défense collective. Elle n’établit pas non plus publiquement de garantie nucléaire pakistanaise. Par conséquent, l’accord constitue un cadre stratégique, et non une alliance de type OTAN ayant encore fait ses preuves.

L’Indice mondial du terrorisme 2026 classe le Pakistan comme le pays le plus touché par le terrorisme. On y a recensé 1 139 décès et 1 045 incidents en 2025. Par ailleurs, le Tehrik-e-Taliban Pakistan et les groupes armés baloutches continuent d’exercer une pression constante sur les provinces de Khyber Pakhtunkhwa et du Baloutchistan.

Par conséquent, les opérations militaires restent nécessaires contre les organisations armées. Toutefois, la force seule ne saurait remédier à l’exclusion politique, aux griefs provinciaux, aux retards de développement, aux sanctuaires transfrontaliers et à la méfiance du public. Le Pakistan a besoin d’une stratégie intégrée en matière de sécurité, de politique, de diplomatie et d’économie.

La reconnaissance internationale ne peut pas fabriquer la légitimité.

De même, la légitimité politique repose sur une concurrence crédible, le respect des procédures légales, l’égalité devant la loi, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse. Elle ne saurait provenir de rencontres avec de puissants dirigeants étrangers.

Le Premier ministre Shehbaz Sharif gère l’administration civile et la diplomatie. Parallèlement, le maréchal Asim Munir domine la politique de sécurité et exerce une influence croissante sur les décisions stratégiques et économiques.

En pratique, ce dispositif permet une coordination à court terme. Il contribue à faire respecter les mesures du FMI, à rassurer les partenaires étrangers et à limiter les conflits au sein de la structure dirigeante.

Cependant, une gouvernance dominée par l’armée engendre des risques à long terme. Elle affaiblit la responsabilité civile, restreint la concurrence politique et place les forces armées au cœur des enjeux économiques. En cas de ralentissement de la croissance ou de recrudescence de la violence, l’armée risque alors d’être tenue responsable d’échecs qui auraient été pris en charge par les gouvernements civils.

Par conséquent, les leviers géopolitiques peuvent protéger l’ordre établi sans pour autant renforcer l’État sous-jacent. Ils peuvent également engendrer un aléa moral : les partenaires étrangers empêchent l’effondrement du pays car il revêt une importance stratégique, tandis que les élites nationales retardent les réformes car elles s’attendent à un nouveau sauvetage.

En mai 2026, le FMI a achevé le troisième examen du FME et le deuxième examen du SFR. En conséquence, le total des décaissements au titre de ces deux mécanismes a atteint environ 4,8 milliards de dollars américains.

Toutefois, le programme du FMI préconise toujours un élargissement de l’assiette fiscale, une concurrence accrue, une réforme des entreprises publiques, des systèmes énergétiques viables, de meilleurs services publics et des mesures anticorruption.

Le Pakistan devrait donc considérer le soutien du FMI comme un pont vers l’indépendance plutôt que comme un modèle économique permanent.

Accroître les capacités d’investissement et d’exportation

Le taux d’investissement du Pakistan, qui représente 14,38 % du PIB, demeure trop faible pour permettre un développement rapide. Le pays a besoin d’un approvisionnement énergétique fiable, d’une fiscalité prévisible, d’une réglementation industrielle stable, d’une main-d’œuvre qualifiée et d’exportations compétitives.

Le CPEC, les capitaux du Golfe et les intérêts miniers occidentaux peuvent apporter leur contribution. Toutefois, le Pakistan doit exiger une valorisation locale, des contrats transparents, des transferts de technologie et la création d’emplois. Faute de quoi, les projets stratégiques risquent d’engendrer des dettes et des enclaves isolées plutôt qu’un développement généralisé.

Réparer le contrat social provincial

Le Baloutchistan et le Khyber Pakhtunkhwa ne peuvent être considérés uniquement comme des zones de sécurité. L’État doit améliorer la représentation politique, le partage des recettes locales, les services de police, le système judiciaire, l’éducation et les infrastructures.

De plus, les projets miniers et d’aménagement de corridors nécessitent une participation locale significative. La sécurité sans consentement peut certes contenir la violence temporairement, mais elle met rarement fin à l’insurrection de façon permanente.

Investir dans le personnel

Le Pakistan doit augmenter progressivement mais résolument ses dépenses en matière d’éducation et de santé. L’éducation des filles, les soins de santé primaires, la nutrition, la formation professionnelle et la formation technique liée à l’emploi doivent être prioritaires.

Ces investissements prendront du temps. Néanmoins, ils constituent la seule voie durable permettant de passer d’une rente stratégique à une capacité de production.

D’un côté, la visibilité internationale du Pakistan est renforcée par des jalons diplomatiques clés : l’accord de La Mecque, la reprise des engagements avec les États-Unis et le rôle de médiateur de l’Iran. De l’autre, ces avancées ne résolvent pas les fragilités structurelles internes du pays, notamment sa crise économique persistante et l’instabilité de ses institutions.

L’Inde ne devrait ni minimiser ni exagérer le redressement diplomatique du Pakistan. L’accord de La Mecque, l’engagement américain et la médiation iranienne accroissent la visibilité du Pakistan. Toutefois, ils ne lèvent pas ses obstacles économiques et institutionnels.

L’Inde devrait tout d’abord suivre de près l’évolution de l’accord de La Mecque. Toutefois, la déclaration publique ne prouve pas que l’Arabie saoudite ou la Turquie aient accepté une protection nucléaire automatique du Pakistan.

Deuxièmement, New Delhi devrait approfondir ses relations directes avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Turquie, l’Iran et l’Asie centrale. Un engagement plus large réduit la capacité du Pakistan à se présenter comme le seul pont sud-asiatique vers le monde musulman.

Troisièmement, l’Inde devrait miser sur sa taille économique, sa technologie, sa connectivité et sa fiabilité pour être compétitive, plutôt que sur des prédictions d’effondrement du Pakistan.

De plus, l’Inde doit maintenir une solide capacité de lutte contre le terrorisme et une communication de crise efficace. La présence d’un voisin fragile doté de l’arme nucléaire accroît les risques de violence terroriste, d’erreurs d’appréciation et d’escalade incontrôlée.

Enfin, l’Inde devrait faire la distinction entre les citoyens, les institutions civiles et l’appareil militaire du Pakistan. La stabilité régionale à long terme exige un Pakistan pacifique et économiquement viable, même si l’Inde défend fermement ses intérêts nationaux.

Analyse critique de l’argumentation du Financial Times

L’article du Financial Times identifie à juste titre le Pakistan comme une puissance charnière. Il met également en lumière la contradiction entre ambition diplomatique et troubles intérieurs. De plus, sa métaphore du tableau des risques explique pourquoi la situation géographique et les relations du Pakistan sont si importantes.

Toutefois, cet argument confère à la diplomatie un pouvoir excessif. Organiser des pourparlers témoigne d’un accès privilégié, mais non d’une maîtrise des résultats. De même, la signature d’un pacte de défense révèle une intention politique, et non une intégration militaire avérée. Enfin, l’intérêt manifesté pour le secteur minier et les éloges stratégiques ne sauraient se traduire par un investissement finalisé.

Cette tribune risque en outre de considérer l’activisme militaire à l’étranger comme une réussite nationale sans en mesurer le coût institutionnel. Un État se renforce lorsque le pouvoir s’exerce par le biais d’institutions responsables. À l’inverse, une diplomatie menée par l’armée peut centraliser l’autorité tout en affaiblissant les capacités civiles.

Plus important encore, le Pakistan n’est pas confronté à un choix entre démocratie et État. Un État durable requiert à la fois des capacités et une légitimité. Sacrifier la démocratie au profit de l’ordre peut certes instaurer un contrôle temporaire, mais risque d’exacerber les griefs qui alimentent l’instabilité future.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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