Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE— Publié le 5 septembre 2026
Le ballet diplomatique qui s’ouvre ce week-end entre Moscou et Kiev résonne comme le moment de vérité pour la doctrine Trump de politique étrangère. En dépêchant simultanément ses deux plus proches émissaires, Steve Witkoff et Jared Kushner, dans les capitales russe et ukrainienne, le locataire de la Maison-Blanche tente le coup de poker de son second mandat : plier le destin de l’Europe sous le poids du pragmatisme économique et de la diplomatie transactionnelle.
La guerre en Ukraine illustre parfaitement le piège de la paix, car elle montre qu’une paix imposée par la force ou obtenue par la cession de territoires ne garantit jamais une stabilité durable.
Mais un an après le sommet en trompe-l’œil d’Anchorage en Alaska, la réalité du terrain se rappelle cruellement aux négociateurs. Comment parler de paix ou de « plan en 28 points » alors que les sirènes d’alerte retentissent encore à Kiev, meurtrie par une frappe chirurgicale contre le siège de ses services de sécurité ? L’appel désespéré de Volodymyr Zelensky à une trêve aérienne temporaire pour protéger la délégation américaine trahit l’asymétrie totale de cette négociation. D’un côté, une démocratie exsangue qui joue sa survie territoriale ; de l’autre, un Kremlin qui utilise les bombes comme des points de ponctuation dans ses échanges avec Washington.
L’histoire récente montre que vouloir la paix à tout prix face à un agresseur est une illusion. L’annexion de la Crimée en 2014 et les accords de Minsk n’ont pas empêché l’invasion globale de 2022. C’est le cœur même du piège : céder une partie de sa liberté ou de son territoire pour obtenir la tranquillité ne fait que repousser le conflit tout en renforçant l’agresseur. La paix ne peut pas être un simple outil de chantage.
Le plan de paix américain, dont les grandes lignes ont fuité, pose une question fondamentale : peut-on acheter la stabilité européenne en bradant le droit international ? En proposant la reconnaissance de l’annexion de la Crimée et du Donbass, le plafonnement de l’armée ukrainienne et le verrouillage définitif des portes de l’OTAN, les émissaires de Donald Trump ne proposent pas un compromis ; ils actent une capitulation en échange d’un retour aux affaires. La promesse de libérer 100 milliards de dollars d’avoirs russes pour financer la reconstruction ou l’idée de troquer la dette ukrainienne contre ses ressources en lithium et en titane relèvent d’une vision purement comptable de la géopolitique.
Ce pragmatisme cynique se heurte à deux murs invisibles mais indestructibles : l’histoire et l’honneur. Vladimir Poutine sait que le temps joue pour lui et que chaque concession occidentale renforce sa position. De son côté, Volodymyr Zelensky, dont la légitimité est contestée par Moscou, ne peut signer un tel accord sans déclencher une crise politique majeure au sein de son propre peuple.
L’optimisme affiché par Donald Trump depuis la Maison-Blanche ne doit pas masquer le piège qui se referme. Si Witkoff et Kushner reviennent les mains vides, l’escalade militaire reprendra de plus belle, légitimée par l’échec de la diplomatie. S’ils réussissent à arracher un accord forcé, ils n’auront pas créé la paix, mais simplement semé les graines du prochain conflit européen, sous l’œil inquiet d’une Union européenne réduite au statut de spectatrice payante. En affaires, un mauvais accord vaut parfois mieux qu’un procès.
Cette guerre force le monde à faire la distinction entre deux concepts philosophiques :
- La paix négative : L’absence simple de bombardements ou de combats actifs. Si l’Ukraine cessait de se battre aujourd’hui, les armes se tairaient, mais la violence systémique (occupation, perte de souveraineté, répression) continuerait.
- La paix positive : Une paix juste, basée sur le droit international, la justice et le respect des frontières. C’est la seule paix qui empêche le retour de la guerre.
Le débat juridique sur la légitimité de Volodymyr Zelensky repose sur une confrontation directe entre la Constitution ukrainienne et la législation sur l’état d’urgence, imposée par la guerre.
Les arguments en faveur de la légitimité de Zelensky (Position de Kiev et des alliés occidentaux)
- L’article 108 de la Constitution ukrainienne : Cet article stipule de manière explicite que le président en exercice continue d’exercer ses fonctions jusqu’à la prestation de serment du président nouvellement élu. La passation de pouvoir est donc une condition constitutionnelle pour la fin d’un mandat.
- La loi sur le régime juridique de la loi martiale (Article 19) : Cette loi ukrainienne interdit formellement la tenue d’élections (présidentielles, législatives et locales) tant que le pays est sous le régime de la loi martiale. L’organisation d’un scrutin est juridiquement impossible et illégale dans le contexte sécuritaire actuel.
- Le principe de continuité de l’État : En droit constitutionnel, le principe de continuité du pouvoir exécutif est suprême. Laisser la présidence vacante en temps de guerre créerait un vide juridique et institutionnel dangereux pour la survie de la nation.
Les arguments contestant sa légitimité (Position de Moscou et des détracteurs)
- L’article 103 de la Constitution ukrainienne : Cet article fixe de manière stricte la durée du mandat présidentiel à 5 ans. Le mandat initial de Volodymyr Zelensky, élu en 2019, est théoriquement arrivé à son terme au printemps 2024.
- Le silence constitutionnel sur la prolongation présidentielle : Contrairement aux élections législatives — pour lesquelles la Constitution (Article 83) prévoit explicitement une prolongation automatique du mandat du Parlement en cas de loi martiale —, le texte constitutionnel ne mentionne pas explicitement une telle dérogation automatique pour le mandat du président. Moscou utilise cette omission technique pour affirmer que les pouvoirs exécutifs auraient dû être transférés au président du Parlement ukrainien (la Verkhovna Rada).
Le débat juridique sur la légitimité de Volodymyr Zelensky repose sur une confrontation directe entre la Constitution ukrainienne et la législation sur l’état d’urgence, imposée par la guerre.
Les arguments en faveur de la légitimité de Zelensky (Position de Kiev et des alliés occidentaux)
- L’article 108 de la Constitution ukrainienne : Cet article stipule de manière explicite que le président en exercice continue d’exercer ses fonctions jusqu’à la prestation de serment du président nouvellement élu. La passation de pouvoir est donc une condition constitutionnelle pour la fin d’un mandat.
- La loi sur le régime juridique de la loi martiale (Article 19) : Cette loi ukrainienne interdit formellement la tenue d’élections (présidentielles, législatives et locales) tant que le pays est sous le régime de la loi martiale. L’organisation d’un scrutin est juridiquement impossible et illégale dans le contexte sécuritaire actuel.
- Le principe de continuité de l’État : En droit constitutionnel, le principe de continuité du pouvoir exécutif est suprême. Laisser la présidence vacante en temps de guerre créerait un vide juridique et institutionnel dangereux pour la survie de la nation.
Les arguments contestant sa légitimité (Position de Moscou et des détracteurs)
- L’article 103 de la Constitution ukrainienne : Cet article fixe de manière stricte la durée du mandat présidentiel à 5 ans. Le mandat initial de Volodymyr Zelensky, élu en 2019, est théoriquement arrivé à son terme au printemps 2024.
- Le silence constitutionnel sur la prolongation présidentielle : Contrairement aux élections législatives — pour lesquelles la Constitution (Article 83) prévoit explicitement une prolongation automatique du mandat du Parlement en cas de loi martiale —, le texte constitutionnel ne mentionne pas explicitement une telle dérogation automatique pour le mandat du président. Moscou utilise cette omission technique pour affirmer que les pouvoirs exécutifs auraient dû être transférés au président du Parlement ukrainien (la Verkhovna Rada).
Le piège de la paix réside aussi dans le confort des nations lointaines. Pour les pays occidentaux, la tentation de pousser à un cessez-le-feu rapide pour stabiliser l’économie ou retrouver un quotidien normal est forte. Cependant, accepter une paix injuste en Ukraine enverrait le signal mondial que la force brute l’emporte sur le droit, ouvrant la porte à d’autres conflits majeurs dans le monde (notamment à Taïwan ou dans d’autres zones de tension).
Pour Thomas d’Aquin (XIIIe siècle), la paix est le but ultime, mais elle ne se résume pas à l’absence de combat. Si la paix est injuste, la guerre peut devenir un devoir moral. Dans sa Somme théologique, il fixe trois conditions strictes pour qu’une guerre soit considérée comme juste, lesquelles s’appliquent directement au conflit en Ukraine :
La guerre ne peut être menée par des individus privés, mais par une autorité publique qui défend le bien commun. En l’espèce, l’État souverain ukrainien dispose de la légitimité internationale et constitutionnelle pour ordonner la défense de son territoire.
Il faut que ceux que l’on attaque l’aient mérité en raison d’une faute. L’Ukraine se trouve dans une situation de légitime défense face à une agression caractérisée et une violation de sa souveraineté, ce qui valide la cause juste.
Le but caché ne doit pas être la vengeance, la gloire ou le gain territorial, mais l’établissement d’une paix meilleure et plus juste. Pour l’Ukraine, l’intention est la restauration du droit et de la sécurité de ses citoyens, tandis que le “piège de la paix” thomiste consisterait à accepter une trêve qui laisserait subsister l’injustice et la tyrannie.
Emmanuel Kant (XVIIIe siècle) aborde la question sous un angle plus juridique et moral dans son projet Vers la paix perpétuelle. Kant n’est pas un pacifiste naïf ; il refuse catégoriquement les traités de paix hypocrites qui cachent des ambitions futures.
Kant écrit qu’« aucun traité de paix ne doit être considéré comme valable, si l’on y réserve secrètement de la matière pour une guerre future ». Si l’Ukraine signait aujourd’hui une paix en cédant ses territoires sous la contrainte, ce ne serait selon Kant qu’un simple armistice, un sursis, et non une véritable paix. C’est la définition philosophique exacte du piège de la paix.
: « Aucun État ne doit s’ingérer de force dans la constitution et le gouvernement d’un autre État. » Kant considère que violer la souveraineté d’un peuple est un crime contre la raison. Dès lors, la résistance ukrainienne n’est pas seulement un acte politique, c’est un impératif moral pour défendre le droit international.
Pour Kant, la paix durable ne peut exister que si les États sont des républiques (des démocraties) qui respectent le droit international au sein d’une société des nations. Une paix négociée avec un régime autocratique qui piétine ces règles est, par nature, instable et dangereuse.
La guerre doit continuer jusqu’à ce que la justice soit rétablie et l’agresseur puni ou repoussé.
Il ne peut y avoir de paix sans le respect absolu de la souveraineté ukrainienne et du droit international.
En géopolitique, un mauvais traité est souvent le prélude d’une guerre plus grande encore.
« Une paix qui découle de la peur n’est qu’un sursis, un piège où l’on abandonne sa liberté pour un semblant de sécurité. »Winston Churchill
Accepter la paix à n’importe quel prix (comme la soumission ou le compromis avec l’injustice) mène souvent à un conflit encore plus grave à long terme.
Éviter la confrontation immédiate en fermant les yeux sur un problème ne fait que renforcer le danger futur.
