DAKAR, 30 Septembre 2026 (JVFE)—Le 30 septembre 2026 marque précisément les quatre ans de pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré à la tête du Burkina Faso, après avoir pris les rênes du pays par un coup d’État le 30 septembre 2022.
Le 30 septembre 2022, il y a tout juste quatre ans, le capitaine Ibrahim Traoré accédait au pouvoir par la force au Burkina Faso.
Il était alors âgé de 34 ans, au moment du coup d’État qui a renversé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, lui aussi arrivé au pouvoir par un putsch.

Cette date anniversaire de l’an IV de sa gouvernance coïncide également avec la célébration nationale de la grande « Nuit de la Révolution progressiste populaire » (RPP). En atteignant cette longévité politique, Ibrahim Traoré affiche une durée de direction équivalente à celle de son modèle idéologique, Thomas Sankara (1983-1987).
Au cours d’une interview accordée dimanche dernier aux journalistes de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB), le média d’État, Ibrahim Traoré a affiché son autosatisfaction. Il a affirmé que l’armée avait reconquis plusieurs zones du territoire burkinabè qui étaient contrôlées ou sous la menace des groupes djihadistes.
Le numéro un burkinabè a également égrené une série d’actions qui auraient contribué, selon lui, à améliorer les conditions de vie de ses compatriotes : le renforcement des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), la relance de projets industriels, la nationalisation de certaines ressources minières et le développement des infrastructures à travers des programmes comme Faso Mêbo, entre autres.
Ses quatre années au pouvoir ont également été marquées par la rupture avec l’ancienne puissance colonisatrice, la France, le rapprochement du Burkina Faso avec la Russie et un engagement renforcé au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Bilan, acquis et réalisations revendiqués
JVFE met en avant plusieurs avancées structurelles durant ce mandat :
- Souveraineté économique et minière :
Récemment marqué par l’inauguration de la toute première raffinerie d’or nationale, RAFFINOR-BF, visant à raffiner les métaux précieux directement sur place plutôt que de les exporter bruts.
- Autosuffisance alimentaire : Les programmes agricoles de l’initiative présidentielle ont permis d’atteindre des résultats majeurs pour la résilience alimentaire du pays.
- Infrastructures et énergie : Injection massive de fonds (dont 250 milliards de francs CFA pour les projets énergétiques en 2026) afin d’assurer l’autonomie industrielle du pays.
Défis persistants et contexte sécuritaire
D’un autre côté, des analyses d’agences telles que l’AFP (via TV5MONDE) rappellent que cette quatrième année s’inscrit dans un contexte particulièrement complexe :
- Menace djihadiste et tensions : Le pays fait face à une crise sécuritaire chronique et à des déplacements internes de populations significatifs. La vigilance reste maximale suite au démantèlement récent de complots internes visant la déstabilisation des institutions.
- Militarisation et réalignement diplomatique : Le pouvoir s’est durci avec la rupture définitive des liens traditionnels avec la France au profit de l’Alliance des États du Sahel (AES) et d’un rapprochement stratégique avec la Russie.
Pour rappel, la charte révisée de la transition adoptée lors des assises nationales prolonge officiellement la direction militaire d’Ibrahim Traoré pour une durée supplémentaire, maintenant son mandat à la tête de l’État jusqu’en 2029.
Toutefois, le bilan est plus sombre en ce qui concerne la démocratie et les droits humains. Plusieurs voix critiques des militaires au pouvoir sont en prison. Certains ont même été envoyés de force en première ligne contre les groupes djihadistes.
On peut notamment citer le cas de maître Guy Hervé Kam, avocat burkinabè et figure de la société civile. Il est incarcéré depuis janvier 2024.
Des organisations de défense des droits de l’Homme, comme Human Rights Watch, la Fédération internationale des droits de l’Homme ou encore l’Organisation mondiale contre la torture, dénoncent régulièrement la répression contre les journalistes, les défenseurs des droits humains, les responsables associatifs et les opposants politiques.
Ces organisations font état d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées.
On observe également un rétrécissement de l’espace civique, avec la dissolution des formations politiques.
Enfin, comme dans les autres pays de l’AES , la transition militaire en cours se prolonge sans calendrier précis.
Après avoir estimé que la démocratie était inadaptée face aux priorités sécuritaires de son pays, le capitaine Ibrahim Traoré a récemment annoncé l’élaboration d’une nouvelle Constitution destinée à “réorganiser totalement” l’État.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
