Alamein : un mini-sommet de crise ce dimanche 4 octobre 2026

 DAKAR, 04 OCTOBRE 2026 (JVFE)—Ce sommet quadripartite se tient en effet à Alamein. Il réunit les dirigeants de quatre nations clés pour coordonner leurs positions face à l’isolement croissant de l’Éthiopie dans la Corne de l’Afrique :

Il réunit les présidents égyptien, érythréen et somalien, ainsi que le chef de l’armée soudanaise, matérialisant l’isolement diplomatique régional de l’Éthiopie.

  • Abdel Fattah al-Sissi (Président de l’Égypte, hôte du sommet).
  • Isaias Afwerki (Président de l’Érythrée).
  • Hassan Sheikh Mohamud (Président de la Somalie).
  • Abdel Fattah al-Burhane (Chef des Forces armées soudanaises – SAF).

Pour rappel,le 4 novembre 2020, une guerre éclate entre le gouvernement fédéral éthiopien et le Front de Libération du Peuple du Tigré (FLPT). Deux ans plus tard, la possibilité d’un accord de paix redonne espoir, tandis que les mémoires sont marquées par le demi-million de victimes.

Ce qu’il faut avant tout bien comprendre c’est que les troupes éthiopiennes avec le soutien érythréen et le FLPT (Front de Libération du Peuple du Tigré) ont commis des massacres et autres horreurs.  En fin d’année dernière, le 2 novembre, un accord de paix a été signé. Il ressemble cependant plus à un cessez-le-feu, ce qui va figer la situation probablement encore longtemps. Un accord de paix à proprement dit entrainerait des enquêtes internationales, chose qu’ils ne souhaitent pas. Il y a eu tellement d’horreurs pendant cette guerre que l’Occident serait obligé d’ouvrir des enquêtes sur différents crimes de guerre. J’ai bien compris sur place que ni l’Éthiopie ni le Tigrée souhaitent montrer qu’ils ont eu les mains sales.

À la suite de cet accord, les affrontements ont cessé : les zones du nord, auparavant en zone rouge, sont aujourd’hui à un niveau de vigilance bien moindre, ça n’est plus du tout comme avant. Le problème actuel n’est pas la guerre, mais le siège et l’asphyxie économique imposés par le gouvernement éthiopien dans la région du Tigré. Les voies ne sont cependant pas accessibles pour autant. Pendant la guerre, la région nord et les différentes zones occupées étaient inaccessibles, et le sont toujours malgré le cessez-le-feu et la paix en vigueur. Le gouvernement éthiopien exerce une certaine pression économique et territoriale sur le Tigrée, rien ne rentre. Face à la famine et au manque important de médicament, nous avons aujourd’hui affaire à un exode rural massif vers les grandes villes, des populations qui espèrent pouvoir faire face à la famine dans les grandes villes du Tigré. 

La ville de Mekele était avant la guerre enviable par toute l’Éthiopie, économiquement et technologiquement. Mais l’afflux massif des populations à drastiquement fait chuter le niveau de vie, certains pleins d’essence se négocie à près de 600$.

Ce n’est pas une question religieuse : les chrétiens représentent près de 60% de la population, au sein desquelles 59% sont orthodoxes tawahedo et seulement 1% sont catholiques, suivis par les musulmans à 35%, le reste se divisant en de nombreuses religions polythéistes. 

Dans tout cela les Tigréens représentent 6 millions de personnes, soit environ 5% de la population éthiopienne. 

Pour comprendre ce conflit, il faut reprendre le contexte politique antérieur. Historiquement ce sont les Tigréens qui détenaient le pouvoir, comme les Pachtounes en Afghanistan ou les Perses en Iran, c’est ce que l’on peut définir comme « la race des seigneurs ». C’est eux qui sont à l’origine de l’Éthiopie historique. Quand on parle des Éthiopiens, on dit que ce sont des Habesha, ils s’identifient à part du continent africain. Ils ne se considèrent pas comme des noirs, mais ils considèrent les autres ainsi, alors qu’étymologiquement « Éthiopie » signifie en grec : « visage brûlé ». Les Tigréens ont créé l’Éthiopie historique, c’est à nuancer pour l’Éthiopie actuelle ou moderne (depuis le XIXe siècle), même s’ils avaient le pouvoir jusqu’à encore récemment.

Ils ont tenté de reprendre le pouvoir qui leur avait été confisqué, et ils en ont payé le prix fort.

Il ne faut cependant pas oublier en fond de tableau le conflit qui concerne les retenues d’eau faites en amont des chutes du Nil, la source de ce fleuve se trouvant en Éthiopie. Mais aussi les projets de barrages qui sont censés ralentir le débit d’eau des pays situés en aval de ces retenues, comme le Soudan et surtout l’Égypte. L’Égypte avait par ailleurs marqué son opposition à ces barrages, et avait donc soutenu le FLPT afin de ralentir le projet.

Les grands enjeux de cette rencontre à huis clos :

L’alliance face à l’Éthiopie : Ce mini-sommet intervient dans un contexte de rupture diplomatique brutale entre l’Éthiopie et l’Érythrée, doublée d’une expulsion croisée de diplomates entre Le Caire et Addis-Abeba.

La sécurité de la mer Rouge et du Nil : L’Égypte s’inquiète des velléités éthiopiennes sur le Nil (Grand barrage de la Renaissance – Gerd), tandis que la Somalie conteste le rapprochement d’Addis-Abeba avec la région séparatiste du Somaliland pour obtenir un accès portuaire.

L’internationalisation du conflit soudanais : Le général soudanais al-Burhane cherche à bloquer le soutien éthiopien présumé à ses rivaux, les paramilitaires des FSR.

Le conflit en Éthiopie a franchi une nouvelle étape critique début octobre 2026 avec une reprise massive des combats dans le nord du pays et une rupture diplomatique complète avec l’Érythrée voisine. Les troupes fédérales éthiopiennes viennent de faire leur entrée dans Mekele, la capitale de la région du Tigré.

Reprise des combats et situation sur le terrain

Après plusieurs mois de tensions croissantes, les hostilités ont repris de plus belle à la fin du mois de septembre 2026. Le conflit oppose principalement :

  • L’armée fédérale éthiopienne, dirigée par le Premier ministre Abiy Ahmed.
  • Le TPLF (Front de libération du peuple du Tigré), qui avait repris le contrôle de fait de la région du Tigré en avril dernier en chassant l’administration intérimaire fédérale.
  • Les milices nationalistes Fano de l’État voisin de l’Amhara, également en rupture avec le pouvoir central.

Le 3 octobre 2026, les forces fédérales éthiopiennes sont entrées dans Mekele, la capitale régionale, après que les forces tigréennes ont largement abandonné la ville. Parallèlement, des explosions d’origine encore indéterminée ont retenti dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, maintenant le pouvoir sous haute tension.

Rupture avec l’Érythrée et tensions régionales

Alors que l’Érythrée avait soutenu le gouvernement éthiopien contre le TPLF lors du précédent conflit (2020-2022), les relations se sont totalement dégradées.

  • Rupture diplomatique : Le 1er octobre 2026, l’Érythrée a officiellement rompu ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie. Cette décision fait suite à l’expulsion de diplomates érythréens par Addis-Abeba, qui accusait Asmara d’actes d’hostilité.
  • Accès à la mer Rouge : L’Érythrée accuse l’Éthiopie de convoiter son port d’Assab pour s’offrir un accès souverain à la mer, tandis que l’Éthiopie accuse l’Érythrée de collusion avec le TPLF et les milices Fano.

3. Risque d’embrasement régional dans la Corne de l’Afrique

Le conflit éthiopien s’articule désormais autour d’alliances transnationales complexes qui menacent de déstabiliser toute la région :

  • Accusations de l’Éthiopie : Addis-Abeba accuse conjointement l’Érythrée, l’Égypte et l’armée régulière soudanaise (SAF) de soutenir les rebelles du TPLF.
  • Guerre par procuration au Soudan : Des combattants tigréens réfugiés au Soudan (formant l’Armée 70) combattent aux côtés des forces régulières soudanaises. En retour, l’Éthiopie est suspectée d’apporter son soutien aux paramilitaires des FSR (Forces de soutien rapide), rivaux des SAF au Soudan.
  • Le différend du Nil et de la Somalie : L’Égypte s’oppose toujours fermement à l’Éthiopie au sujet du Grand barrage de la Renaissance (Gerd). De son côté, la Somalie s’est rapprochée de ce bloc anti-éthiopien en raison des velléités d’Addis-Abeba de reconnaître la région séparatiste du Somaliland en échange d’un accès portuaire.

Réactions internationales

Face au risque d’une crise humanitaire majeure, le département d’État américain a appelé fermement à la retenue mutuelle et au respect de l’intégrité territoriale.

Face à la reprise brutale des hostilités et au risque d’une guerre régionale majeure dans la Corne de l’Afrique, la communauté internationale exprime une vive inquiétude et tente de s’organiser pour désamorcer la crise.

Le Département d’État américain a publié un communiqué officiel très ferme :

Washington demande instamment à l’Éthiopie et à l’Érythrée de faire preuve d’une « retenue maximale » et de privilégier immédiatement la voie du dialogue.

Les États-Unis ont fermement insisté sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États voisins, condamnant l’escalade.

Le gouvernement américain insiste sur le fait que la Corne de l’Afrique ne peut absolument pas surmonter un « autre conflit militaire et une nouvelle crise humanitaire ».

Par la voix de son porte-parole Stéphane Dujarric, l’ONU a partagé ses profondes inquiétudes quant au risque d’embrasement transfrontalier :

L’organisation suit avec préoccupation les récents développements, en particulier la rupture totale des relations diplomatiques entre Asmara et Addis-Abeba.

 L’ONU exhorte les dirigeants à la coopération internationale et au règlement pacifique des différends afin de protéger la stabilité des voies commerciales et la sécurité des populations civiles.

Alors qu’elle est réunie en Égypte pour son sommet semestriel de coordination à Alamein, l’Union Africaine s’efforce de jouer un rôle de médiateur :

Elle a officiellement appelé l’Éthiopie, l’Érythrée et l’Égypte à faire preuve de retenue pour éviter une contagion régionale.

Les instances de l’UA plaident pour la mise en place en urgence d’un nouveau processus de médiation inclusif pour réengager les parties sur la base des accords de paix passés.

La réponse la plus concrète et concertée de la région se déroule aujourd’hui même à Alamein, en Égypte. Le mini-sommet quadripartite à huis clos scelle un isolement diplomatique régional pour le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, l’Égypte et ses alliés (Érythrée, Somalie, armée soudanaise) s’unissant pour contrer les ambitions éthiopiennes sur la mer Rouge et sur le partage des eaux du Nil.

L’Arabie saoudite suit les développements en Éthiopie avec une « grande préoccupation ». Positionné juste en face de la Corne de l’Afrique, le royaume de Riyad se retrouve face à une équation géopolitique hautement stratégique et complexe.

Le gouvernement saoudien a formellement réagi en appelant l’ensemble des belligérants à la retenue :

Riyad demande l’arrêt immédiat des combats et exhorte les parties à revenir à un processus de paix négocié.

Le royaume insiste sur la protection absolue des populations civiles et l’ouverture immédiate de corridors humanitaires.

Riyad refuse pour le moment de s’aligner ouvertement, car le royaume possède des intérêts majeurs des deux côtés de la mer Rouge :

L’Arabie saoudite maintient une relation de partenariat historique et cruciale avec l’Égypte, et soutient activement le général al-Burhane à la tête de l’armée régulière au Soudan. Les diplomates s’accordent à dire que Riyad partage l’objectif de limiter l’influence déstabilisatrice de l’Éthiopie dans l’environnement de la mer Rouge.

En parallèle, l’Arabie saoudite a massivement investi sur le plan économique en Éthiopie ces dernières années et souhaite préserver un canal de discussion avec le Premier ministre Abiy Ahmed.

Pour le prince héritier Mohammed ben Salmane, la priorité absolue reste la stabilité du commerce maritime mondial via le détroit de Bab al-Mandeb et le canal de Suez. Toute extension du conflit éthiopien menacerait directement la sécurité maritime et l’ambiance économique nécessaire aux grands projets saoudiens de la Vision 2030. C’est d’ailleurs dans cette optique de sécurisation que l’Arabie saoudite a signé début août un pacte de défense mutuelle à La Mecque (le Makkah Pact) avec la Turquie et le Pakistan.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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