Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
DAKAR, 04 OCTOBRE 2026 (JVFE) – À peine trois mois après sa création sur les cendres d’une rupture fracassante avec le Pastef d’Ousmane Sonko, le nouveau parti présidentiel, Kiiraay (Les Patriotes Républicains), a investi Dakar ce samedi 3 octobre pour sa première université d’hivernage. Si l’événement se voulait une vitrine de structuration intellectuelle et d’apaisement politique, il a surtout révélé une stratégie d’hégémonie éclair qui interroge sur la réelle nature de la “rupture” promise par le régime de Bassirou Diomaye Faye.
Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a adressé un message fort à ses cadres pour structurer et élargir la formation politique. Son discours, axé sur un « souverainisme pragmatique » et une « diplomatie d’équilibre », prône l’apaisement sur la scène politique.
Supervisé par Aminata Touré, le jeune parti présidentiel (lancé le 25 juillet 2026 après la rupture officielle avec le Pastef d’Ousmane Sonko) revendique déjà le ralliement de près de 400 maires sur les 557 que compte le Sénégal, principalement issus de défections de l’ancien parti au pouvoir (APR). Plus de 500 partis et organisations auraient également fusionné en son sein.
La formation politique se prépare à lancer une vaste campagne sur le terrain pour la distribution de ses cartes d’adhésion afin de consolider sa base électorale.
Le souverainisme à l’épreuve du pragmatisme
Dans un message lu à ses cadres, le président Bassirou Diomaye Faye a tenté de théoriser le concept de « souverainisme pragmatique » combiné à une « diplomatie d’équilibre ». Pour les observateurs critiques, cette sémantique feutrée ressemble fort à un rétropédalage face aux promesses radicales et souverainistes qui avaient porté le régime au pouvoir. En prônant l’apaisement, la présidence cherche visiblement à rassurer les partenaires internationaux et les marchés financiers, quitte à diluer la ferveur patriotique originelle dans les eaux tièdes de la realpolitik.
Le retour de la transhumance de masse ?
Le chiffre brandi avec fierté par les instances du parti – supervisées par Aminata Touré – a de quoi donner le tournis, mais aussi susciter un profond malaise : Kiiraay revendique déjà le ralliement de près de 400 maires sur les 557 que compte le Sénégal. Comment un parti né le 25 juillet 2026 peut-il, en à peine dix semaines, contrôler la majorité des collectivités locales du pays ?
La réponse réside dans un phénomène bien connu des Sénégalais : la transhumance politique. Ces élus locaux proviennent massivement de l’ex-APR (Alliance pour la République) de Macky Sall. En recyclant à tour de bras le personnel politique de l’ancien régime pour asseoir sa base électorale, Kiiraay fragilise sa posture de parti de la transformation sociale. Ce ralliement opportuniste de masse, combiné à la fusion annoncée de 500 micro-partis et organisations, fait craindre la reconstruction d’un énième parti-État hégémonique, calqué sur les méthodes du passé.
Une machine électorale avant tout
Alors que le pays fait face à des défis économiques et sociaux majeurs, l’urgence de Kiiraay semble d’abord interne. L’annonce du lancement immédiat d’une campagne de distribution de cartes d’adhésion démontre que l’objectif principal de cette université d’hivernage était logistique et électoraliste : verrouiller le territoire national.
En se focalisant sur la mécanique du pouvoir et l’absorption des élites locales, le parti du président Diomaye Faye réussit certes son implantation flash, mais prend le risque de se déconnecter de sa base citoyenne. À vouloir trop vite stabiliser l’appareil d’État autour d’un consensus de façade, Kiiraay pourrait rapidement être accusé d’avoir sacrifié l’idéal de rupture sur l’autel de la conservation du pouvoir.
