Trump promet des chèques de 5000 $, sans l’accord du Congrès, si les républicains remportent les élections de mi-mandat

DAKAR, 04 OCTOBRE 2026 (JVFE)—Mercredi soir, le président Donald Trump a inauguré la toute première convention du Parti républicain consacrée aux élections de mi-mandat à Dallas, au Texas, par un discours de près de deux heures centré sur sa propre personne, sur des attaques contre ses adversaires démocrates et sur des mises en garde répétées concernant une prétendue prise de pouvoir communiste aux États-Unis. Il a conclu par une promesse extraordinaire : si les républicains conservaient la direction de la Chambre des représentants et du Sénat lors des élections de novembre, il verserait une somme de 5000 dollars à chaque citoyen américain adulte.

Le discours fascisant de Trump a abordé les thèmes habituels de sa campagne politique : attaques contre les immigrés et les responsables politiques démocrates, dénonciation des personnes transgenres et mises en garde répétées contre le communisme. En exhortant l’auditoire à soutenir la campagne sénatoriale du procureur général du Texas, Ken Paxton, Trump a déclaré que l’élection de ce dernier était nécessaire pour « vaincre le communisme en Amérique et voter pour la liberté américaine ».

Exprimant la peur d’une révolution socialiste qui hante les milliardaires et les fascistes, Trump a qualifié à maintes reprises le Parti démocrate – le plus ancien parti capitaliste au monde – de parti communiste. « Ces gens sont des communistes d’extrême gauche », a-t-il affirmé. « L’establishment démocrate a été renversé et remplacé par des fous furieux et des radicaux. Ils se disent socialistes démocrates. Mais en réalité, ce sont des communistes. » Plus tard, il a averti qu’une victoire démocrate pourrait conduire le Congrès à être dirigé par ce qu’il a appelé un « caucus communiste ».

Dans ce contexte, Trump a présenté sa promesse de pots-de-vin de 5000 dollars comme le fruit du succès économique supposé de son administration.

« C’est parce que le pays se porte si bien, et parce qu’il génère tant de richesses, que je suis le seul à pouvoir vous faire cette promesse », a déclaré Trump. « Et voici ma promesse : si les républicains remportent la Chambre des représentants et le Sénat – les deux chambres –, grâce à notre immense succès économique […] je verserai un dividende de 5000 dollars à chaque citoyen adulte des États-Unis d’Amérique. »

« Tout comme une entreprise prospère distribue des liquidités à ses actionnaires. »

Compte tenu du fait que les États-Unis comptent environ 240 millions de citoyens adultes, un versement de 5000 dollars à chacun d’eux coûterait près de 1200 milliards de dollars. Dans son discours, Trump n’a présenté aucun mécanisme détaillé pour le financement ou la gestion de ces versements.

Jeudi, Trump est allé plus loin, déclarant à CBS News Texas qu’il ne pensait pas que le Congrès aurait besoin d’approuver ces paiements. Il a affirmé que le gouvernement avait engrangé des « milliers de milliards de dollars » grâce aux droits de douane et à d’autres sources de revenus, précisant que la seule condition qu’il imposerait serait que les bénéficiaires dépensent cet argent aux États-Unis. Trump n’a toutefois pas expliqué comment le gouvernement pourrait faire appliquer une telle mesure.

Cette promesse de versement en espèces faite par Trump soulève une question constitutionnelle fondamentale. L’article I, section 9 de la Constitution stipule qu’« aucun argent ne peut être retiré du Trésor, sauf en vertu de crédits stipulés par la loi ». Trump a donc proposé un versement susceptible de coûter plus de 1000 milliards de dollars, tout en affirmant que l’exécutif pourrait distribuer ces fonds sans l’autorisation du Congrès.

Cette promesse de 5000 dollars rappelle étrangement les engagements économiques de Berzelius « Buzz » Windrip, le candidat à la présidence fictif au cœur du roman de Sinclair Lewis publié en 1935, « It Can’t Happen Here » (« Impossible ici »). L’histoire dépeint une version romancée des États-Unis où Windrip, un fasciste, remporte l’élection présidentielle de 1936 notamment parce qu’il promet une allocation annuelle de 5000 dollars aux citoyens américains.

Tous deux démagogues, Windrip et Trump promettent un versement direct important aux Américains tout en se présentant – eux et leurs fidèles – comme les seuls capables de restaurer la « grandeur » du pays.

La proposition de verser 5000 dollars n’est pas la première fois que Trump défend un plan de paiements directs aux Américains qui, par la suite, ne s’est jamais concrétisé. Au début de son second mandat, il avait promu un projet de « dividende DOGE », financé par les économies censées être générées par le département de l’efficacité gouvernementale (Department of Government Efficiency). Plus tard, il a prôné le versement de 2000 dollars sous forme de remboursement de droits de douane, financé par les recettes douanières de son administration. Aucune de ces propositions n’a abouti à un versement généralisé aux Américains.

Le spectacle de Trump promettant 5000 dollars aux électeurs rappelle également le rôle de plus en plus direct de la fortune des milliardaires dans les élections américaines. L’exemple le plus marquant est celui d’Elon Musk qui, lors de l’élection présidentielle de 2024, a mis en place une distribution d’un million de dollars par jour via son comité d’action politique (PAC), « America PAC » ; cette somme était offerte à des électeurs inscrits, tirés au sort dans des États pivots, ayant signé une pétition en faveur du premier et du deuxième amendement de la Constitution.

L’intervention de Musk ne s’est pas arrêtée à l’élection de 2024. Lors de la campagne pour la Cour suprême du Wisconsin en 2025, il a remis deux chèques d’un million de dollars lors d’un rassemblement à Green Bay en soutien au candidat conservateur Brad Schimel, tandis que son « America PAC » offrait 100 dollars à toute personne signant une pétition dénonçant les « juges activistes ». En juillet de cette année, la Commission électorale du Wisconsin a conclu, par 5 voix contre 1, qu’il existait des motifs raisonnables de penser que Musk avait enfreint la loi de l’État sur la corruption électorale, et a transmis les plaintes aux autorités compétentes en vue de poursuites. Le 25 août, le procureur spécial chargé du dossier a annoncé qu’aucune poursuite ne serait engagée, au motif que « rien n’a été donné à des personnes en échange de leur vote ».

La loi fédérale interdit explicitement d’offrir des sommes d’argent pour inciter une personne à voter, à s’abstenir de voter, ou à voter pour ou contre un candidat particulier.

La convention républicaine s’est poursuivie jeudi à Dallas, Trump devant prononcer un nouveau discours lors de la deuxième et dernière soirée de l’événement. L’un des moments les plus marquants de la première soirée n’est toutefois pas venu d’un républicain, mais d’un sénateur démocrate.

Le sénateur démocrate de Pennsylvanie, John Fetterman, est apparu dans une vidéo préenregistrée pour présenter le sénateur républicain Dave McCormick, alors qu’il se trouvait devant une aciérie. Fetterman a qualifié McCormick de « grand Américain » et a déclaré qu’il travaillerait avec Trump pour « défendre le mode de vie lié à l’industrie sidérurgique ». Il s’est présenté comme un « démocrate guidé par le bon sens » et a déclaré : « Je serai toujours aux côtés de l’Amérique. Je rejetterai toujours les extrêmes, le socialisme et ce mode de vie anti-américain. »

McCormick a remercié Fetterman pour son « amitié » et son « courage » à la suite de cette vidéo. La Maison-Blanche a par la suite relayé cette apparition sur les réseaux sociaux, qualifiant Fetterman – en utilisant une expression d’argot Internet prisée de l’extrême droite – de « Based John Fetterman ». Fetterman a par la suite réaffirmé qu’il restait démocrate et a déclaré qu’il continuerait à soutenir le groupe parlementaire démocrate si celui-ci obtenait la majorité au Sénat.

L’apparition de Fetterman est particulièrement notable compte tenu du soutien qu’il avait reçu de la pseudo-gauche lors de sa campagne, quatre ans plus tôt. Fetterman avait auparavant soutenu la campagne présidentielle de Bernie Sanders ; lors de la campagne sénatoriale de 2022, Sanders lui avait renvoyé l’ascenseur en sollicitant activement des dons en sa faveur. Jacobin, porte-parole officieux des Socialistes démocrates d’Amérique, avait publié plusieurs articles élogieux le présentant comme un candidat populiste de gauche et, dans un titre, comme « le type de communicateur politique dont la gauche a besoin ».

Quatre ans plus tard, Fetterman apparait à la convention républicaine de Trump pour présenter un sénateur républicain et dénoncer le socialisme. Le message qu’il a délivré lors de cette convention n’était pas un appel à s’opposer à l’administration, mais une déclaration affirmant que démocrates et républicains pouvaient collaborer autour du programme de guerre commerciale de Trump.

Trump promet des chèques de 5000 $, sans l’accord du Congrès, si les républicains remportent les élections de mi-mandat

C’est une promesse particulièrement généreuse, mais sur le plan purement pratique et légal, sa mise en œuvre se heurterait à plusieurs obstacles de taille :

  • Le coût astronomique : Les États-Unis comptent environ 260 millions d’adultes. Offrir 5 000 dollars à chacun représenterait une somme totale d’environ 1 300 milliards de dollars (1,3 trillion). Même pour un milliardaire, un tel montant dépasse les fortunes professionnelles et personnelles combinées des personnes les plus riches du monde.
  • La légalité électorale : Aux États-Unis, offrir de l’argent ou des incitations financières à des citoyens en fonction du résultat d’une élection peut être assimilé à de l’achat de votes ou à une tentative illégale d’influencer le scrutin selon les lois fédérales.

S’il s’agit d’un scénario fictif ou d’une hyperbole pour exprimer un enthousiasme politique, c’est une image frappante. En revanche, s’il s’agit d’une référence à une véritable déclaration politique ou à un pari public récent, n’hésitez pas à me donner plus de détails.

JVFE vous donne les réponses détaillées aux trois questions sur la politique et le système électoral américain.

Dernières projections et sondages pour les élections de mi-mandat de 2026

À l’approche du scrutin de novembre 2026, la tendance nationale montre une forte dynamique en faveur du Parti démocrate, portée par une baisse de la popularité de l’administration Trump.

Le Vote National Générique

Le vote national générique (qui mesure la préférence globale des électeurs pour le Congrès) montre une avance substantielle pour les démocrates :

  • Moyenne RealClearPolling (au 28 septembre 2026) : Les démocrates mènent avec 50,6 % contre 42,3 % pour les républicains (+8,3 points d’écart).
  • Moyenne FiftyPlusOne (au 3 octobre 2026) : Les démocrates sont estimés à 50,8 % contre 43,1 %.
  • Popularité de Donald Trump : Un sondage Reuters/Ipsos récent évalue son taux d’approbation à seulement 32 %.

Chambre des représentants

Le contrôle de la Chambre semble très favorable aux démocrates.

  • Projections : Les démocrates n’ont besoin que d’un gain net de 3 sièges pour reprendre la majorité. Les analystes s’attendent à ce qu’ils basculent la Chambre avec une marge confortable de sièges.
  • Marchés de prédiction : Sur la plateforme Polymarket, les parieurs attribuent une probabilité de 91 % à une reprise de la Chambre par les démocrates.
  • Classement Cook Political Report : Sur les 435 sièges, seuls 22 sont classés comme de parfaits “Toss-ups” (indécis).

Sénat

La carte électorale du Sénat (35 sièges en jeu) est plus complexe. Bien que la dynamique nationale favorise les démocrates, les républicains (qui détiennent actuellement une majorité de 53-47) restent en position de force pour conserver de justesse la chambre haute.

  • Le consensus général : Les analystes de Wolfe Research et les principaux prévisionnistes (Cook, Sabato, The Economist) penchent majoritairement pour un Congrès divisé : la Chambre aux mains des démocrates et le Sénat conservé par les républicains (avec 50 ou 51 sièges).
  • Les États clés (“Toss-ups”) : Le Cook Political Report identifie sept sièges cruciaux et indécis : l’Alaska, l’Iowa, le Maine, le Michigan, le New Hampshire, l’Ohio et le Texas.
  • La surprise potentielle : Au Texas, un bastion républicain historique, le démocrate James Talarico mène face au républicain Ken Paxton (47,6 % contre 44,7 %) selon les moyennes de sondages arrêtées fin septembre.
  • Marchés de prédiction : Les chances d’un “Grand Chelem” démocrate (reprise simultanée de la Chambre et du Sénat) sont évaluées à environ 65 % sur Polymarket au 4 octobre 2026.

Le fonctionnement du financement des campagnes électorales aux États-Unis

Le financement politique américain repose sur une dualité entre l’argent versé directement aux candidats et l’argent dépensé de manière indépendante.

  • Les contributions directes (“Hard Money”) : Les particuliers peuvent donner de l’argent directement au comité de campagne d’un candidat. Ces montants sont strictement plafonnés par la loi fédérale et font l’objet d’une transparence totale auprès de la FEC (Federal Election Commission). Les entreprises et les syndicats ont l’interdiction stricte de faire des dons directs aux candidats.
  • Les PACs traditionnels (Political Action Committees) : Ce sont des comités formés par des entreprises, des syndicats ou des groupes d’intérêt. Ils collectent des fonds limités auprès d’individus (salariés, membres) pour les reverser ensuite directement aux candidats qu’ils soutiennent.
  • Les Super PACs (“Soft Money”) : Nés en 2010 suite à l’arrêt historique Citizens United v. FEC de la Cour suprême, les Super PACs peuvent lever et dépenser des sommes illimitées auprès de particuliers, d’entreprises ou de syndicats. La seule contrainte légale est qu’ils ne doivent pas se coordonner directement avec l’équipe de campagne du candidat qu’ils soutiennent. Ils financent principalement des publicités télévisées et des campagnes de dénigrement contre l’adversaire.

Les règles strictes entourant les dons et incitations financières lors des scrutins

Le droit électoral américain punit sévèrement toute tentative d’altérer l’intégrité du vote par des moyens financiers.

  • L’interdiction absolue de l’achat de votes : La loi fédérale (titre 18 du Code des États-Unis, section 597) stipule que quiconque effectue ou propose une dépense à une personne soit pour voter, soit pour s’abstenir de voter, s’expose à des amendes et à des peines d’emprisonnement.
  • La notion “d’incitation illégale” : Offrir une récompense financière, des cadeaux, ou l’accès à une loterie (comme cela a parfois été frôlé ou contesté lors de précédents scrutins par des hommes d’affaires) conditionné au fait d’aller voter ou au résultat d’un candidat/parti est illégal au niveau fédéral si le scrutin inclut un candidat à un poste fédéral (Sénat, Chambre, Présidence).
  • La transparence et le contrôle de la FEC : Chaque dollar dépensé pour influencer une élection fédérale doit être tracé. Tout citoyen ou organisation qui distribuerait de l’argent de manière occulte en dehors des structures enregistrées (comités de campagne ou PACs officiels) violerait les lois sur la divulgation obligatoire des dépenses électorales.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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