DAKAR, 13 NOVEMBRE 2025(JVFE)-Le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, a salué des « discussions constructives » avec le chef de l’armée soudanaise, le général Abdel Fattah al-Burhane, mardi à Port-Soudan, capitale provisoire du pays déchiré par plus de deux ans de guerre.
« Je me réjouis des discussions constructives » avec le général Burhane « cet après-midi, visant à garantir que nous puissions continuer à opérer partout au Soudan, de manière neutre, indépendante et impartiale, pour tous ceux qui ont un besoin urgent de soutien international », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée par le Conseil de souveraineté présidé par le chef de l’armée.
La guerre qui en découle est d’une extrême brutalité : massacres ethniques, viols systématiques, villages incendiés. Selon l’ONU, le conflit aurait fait près de 400 000 morts et provoqué le déplacement de plus de 4 millions de personnes, soit un tiers de la population.
Le dirigeant de facto du Soudan depuis le coup d’État de 2021, a de son côté souligné « la nécessité pour les agences onusiennes de respecter la souveraineté et les intérêts du Soudan », puis a réaffirmé après la rencontre son « engagement à coopérer avec l’ONU » dans un communiqué du Conseil de souveraineté.
Le troisième plus grand pays d’Afrique est ensanglanté depuis avril 2023 par une lutte pour le pouvoir opposant l’armée aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), tous deux accusés d’exactions.
Au premier jour de sa visite au Soudan, Tom Fletcher a également rencontré le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelaty, et son homologue soudanais, notamment pour discuter de la question humanitaire, selon un communiqué officiel égyptien.
Il a dit sur X vouloir « faire pression » pour garantir « l’accès et le financement nécessaires » aux équipes humanitaires au Soudan.
M. Burhane a aussi rencontré mardi le directeur adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM), Carl Skau, qui s’est dit « déterminé à poursuivre le travail dans les endroits les plus difficiles d’accès ».
Le gouvernement soudanais avait expulsé en octobre deux hauts responsables du PAM, les qualifiant de « persona non grata », bien que l’agence onusienne ait averti que les besoins humanitaires au Soudan n’avaient « jamais été aussi grands », avec plus de 24 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire accrue.
Poursuite des combats
Les FSR ont affirmé la semaine dernière soutenir une proposition internationale de trêve humanitaire – ce à quoi l’armée n’a pas réagi – mais ont intensifié leur offensive dans la grande région centrale et stratégique du Kordofan.
Depuis la chute aux mains des paramilitaires fin octobre de la ville d’El-Facher, dernier bastion de l’armée dans le Darfour, dans l’ouest du Soudan, plus de 88 000 habitants – dont les trois quarts étaient déjà des déplacés – ont fui la ville et ses environs, selon l’Organisation internationale pour les migrations.
D’après Anna Mutavati, directrice régionale de l’ONU Femmes pour l’est et le sud de l’Afrique, « les femmes fuyant El‑Facher ont enduré la famine […] les déplacements, les viols et les bombardements. »
« Des femmes enceintes ont accouché dans les rues alors que les derniers hôpitaux de maternité restants ont été pillés et détruits », a-t-elle déclaré mardi depuis Genève.
Depuis la chute d’El-Facher, les combats se sont intensifiés au Kordofan voisin, région pétrolifère devenue le nouvel épicentre de la guerre.
Lundi, les FSR ont affirmé que leurs combattants avaient été déployés « en grand nombre » dans la ville de Babanusa, pour s’emparer de la seule ville du Kordofan-Ouest contrôlée par l’armée.
Babanusa, carrefour stratégique entre le Darfour et le Kordofan, est un important nœud ferroviaire reliant l’ouest du pays à Khartoum.
Les bénévoles de la Cellule d’intervention d’urgence de Babanusa l’avaient décrite dimanche comme « une ville fantôme », affirmant que l’ensemble de ses 177 000 habitants l’avaient désertée.
Au Kordofan-Nord, les FSR ont pris fin octobre la ville de Bara et massé leurs forces autour de la capitale régionale, El-Obeid, où une attaque a fait au moins 40 morts, selon un communiqué de l’ONU publié mercredi.
Près de 38 000 personnes ont depuis fui la région, toujours selon l’ONU.
Le conflit au Soudan a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé près de 12 millions de personnes et provoqué, selon l’ONU, la pire crise humanitaire au monde.
Le pays est divisé entre les zones tenues par l’armée, au nord, à l’est et au centre, et celles tenues par les FSR à l’ouest et au sud.
