Le Nigeria secoué par une nouvelle vague d’enlèvements de masse

DAKAR, 26 NOVEMBRE 2025(JVFE-Le Nigeria est aux prises avec une nouvelle vague d’enlèvements de masse, plus d’une décennie après que 270 adolescentes fréquentant une école de Chibok, dans le nord-est du pays, ont été emportées par des militants djihadistes.

L’attaque revendiquée à l’époque par le groupe Boko Haram avait suscité l’indignation à l’échelle internationale, mais n’avait pas été suivie d’actions permettant d’endiguer durablement le phénomène, qui suscite inquiétude et colère dans la population.

PHOTO MARVELLOUS DUROWAIYE, REUTERS

Des journaux en vente dans un étal d’Abuja, au Nigeria, font état des enlèvements récents.

En une semaine, plus de 300 élèves et enseignants fréquentant des écoles de l’ouest et du nord-ouest du pays ont été emportés.

L’Association chrétienne du Nigeria a indiqué qu’une cinquantaine des enfants enlevés dans un établissement catholique de Papiri, à 600 kilomètres d’Abuja, avaient réussi à s’enfuir, mais que le sort des autres victimes demeurait inconnu.

Une quarantaine de fidèles d’une église protestante située à Eruku, dans l’ouest du pays, ont aussi été enlevés alors que la cérémonie était rediffusée en ligne.

Le président du Nigeria, Bola Tinubu, a indiqué mardi que les membres de l’église avaient pu être secourus « grâce aux efforts » des forces de sécurité et à la « pression psychologique » exercée sur les ravisseurs.

Il a assuré dans la foulée qu’il ne « fléchirait pas » face aux groupes criminels armés et mettrait tout en œuvre pour que les 235 millions de résidants du pays le plus peuplé d’Afrique puissent vivre en toute sécurité.

Des bandits aux motivations variables

Malik Samuel, spécialiste en sécurité rattaché à Good Governance Africa, a indiqué mardi que les assurances données par le gouvernement n’étaient pas nouvelles et n’avaient pas changé sensiblement la donne sur le terrain dans les dernières années.

De nouveaux enlèvements surviennent pratiquement chaque jour. Ceux de la dernière semaine ont attiré plus d’attention en raison du nombre de personnes enlevées et du fait qu’il s’agit d’élèves.

 Malik Samuel, de Good Governance Africa

Alors que certains groupes sont motivés au moins en partie par des considérations idéologiques, plusieurs groupes armés décrits localement comme des « bandits » se livrent à des enlèvements uniquement pour faire de l’argent.

Ed Stoddard, spécialiste de la sécurité internationale rattaché à l’Université de Portsmouth, en Grande-Bretagne, note que les enlèvements surviennent aussi fréquemment à plus petite échelle.

Dans les grandes villes, il n’est pas rare que des personnes soient retenues pour quelques heures et relâchées après que la famille a versé une somme relativement minime.

La même dynamique s’applique aux enlèvements de masse même si le gouvernement nigérian ne reconnaît jamais avoir versé de rançon.

M. Samuel estime que le gouvernement a dû payer les ravisseurs responsables de l’attaque contre l’église pentecôtiste pour obtenir aussi rapidement leur libération.

Le problème des enlèvements de masse montre selon lui que les autorités sont incapables de mobiliser suffisamment de ressources pour assurer la sécurité des communautés rurales du pays.

En l’absence de forces de sécurité à proximité, les criminels ont le temps d’intervenir avec des camions et d’embarquer leurs victimes avant de se réfugier en forêt dans des environnements difficiles d’accès.

Pour chercher à corriger le problème, le président Tinubu a déclaré qu’il entendait redéployer près de 100 000 policiers, sur un total de 400 000, qui sont actuellement affectés à la protection de politiciens et de personnes privilégiées.

En raison de la corruption ambiante, il n’est pas rare que des personnes riches paient pour recevoir une protection policière alors que leur situation ne le justifie pas, note M. Samuel.

Pressions américaines

La nouvelle série d’enlèvements au Nigeria survient alors que les autorités sont sous la pression des États-Unis.

Il y a quelques semaines, le président Donald Trump a fait une sortie publique pour dénoncer le « massacre » de chrétiens au Nigeria, allant jusqu’à parler d’un génocide.

M. Stoddard note que cette description de la situation sécuritaire complexe du pays est trompeuse et ne reflète pas le fait que la violence touche des membres de toutes les communautés religieuses et non seulement les chrétiens.

Bien que les djihadistes sont susceptibles de tuer des chrétiens pour des raisons idéologiques, ils font aussi beaucoup de victimes dans les communautés musulmanes du Nord-Ouest, dit-il.

Des affrontements violents surviennent par ailleurs fréquemment dans le centre du pays entre des éleveurs musulmans et des agriculteurs chrétiens, mais ils sont motivés d’abord et avant tout par des problèmes d’accès à l’eau et aux terres, indique M. Samuel.

L’analyste s’alarme de la possibilité que Donald Trump décide d’aller de l’avant avec une action militaire inspirée d’informations erronées.

M. Stoddard voit mal pour sa part comment les États-Unis pourraient intervenir militairement dans le pays, mis à part peut-être en tentant de cibler des dirigeants djihadistes.

Une telle action ne changerait pas grand-chose à la situation puisque ces groupes sont bien implantés dans les communautés et ne centralisent pas le pouvoir à l’excès.

« Si un chef d’expérience est abattu, il sera rapidement remplacé par un autre », note le professeur.

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