DAKAR, 18 février 2026(JVFE)–Le FONGIP, le PAMECAS et la SAED ont lancé, ce mercredi 18 février 2026, la campagne de riziculture de saison sèche chaude 2026 à Savoigne, dans la région de Saint-Louis.
Savoigne est une localité sénégalaise située dans la région de Saint-Louis, connue pour être un pôle agricole actif, notamment dans la riziculture irriguée, avec des initiatives de développement .
Historiquement, ce village a été établi en 1964 comme un centre de formation agricole et de service civique encadré par l’armée.
Ceux, et ils sont rares, qui ont entendu parler du village de 2 000 habitants, situé à une trentaine de kilomètres au Nord de Saint-Louis, l’associent à l’usine de conditionnement de tomates qui en jouxte l’entrée. Savoigne, qui a fêté le 11 novembre ses 51 ans, est pourtant bien plus que cela : le résultat de la politique de développement national et d’animation rurale lancée par le président sénégalais Léopold Sédar Senghor après l’indépendance du pays en août 1960.
La promotion de l’agriculture, la lutte contre l’exode rural et la mobilisation de la jeunesse – les moins de 25 ans représentent 60 % de la population totale au Sénégal dans les années 1960 – constituent les maîtres mots du projet de développement sénégalais.
C’est dans ce cadre que l’armée nationale, incarnée en particulier par son chef d’état-major, le général Jean Alfred Diallo, propose en 1964 la création d’un village pilote dans la région de Saint-Louis. L’objectif initial est de prodiguer à une centaine de jeunes pionniers une triple formation agricole, intellectuelle et militaire.
Sur le papier, le projet est ambitieux : un chantier-école est installé dans la région de Savoigne, encadré et supervisé par l’armée. Après deux années, le chantier doit se transformer en un village coopératif dans le cadre de l’animation rurale, pierre angulaire du plan de développement des autorités sénégalaises de l’époque. Les pionniers sont censés acquérir quelques parcelles de terres qu’ils s’engagent à cultiver et à faire prospérer.
En octobre 1964, un appel est lancé dans le journal Dakar Matin, proche du pouvoir « senghorien ». Les jeunes hommes célibataires âgés entre 16 et 20 ans sont appelés à venir s’engager pour le chantier de Savoigne. « Devenir un citoyen utile capable d’assurer son destin individuel », telle est la maxime que ne cessent de répéter les promoteurs du projet. 150 pionniers sont alors recrutés, principalement dans la région de Podor, au nord du pays, frappée depuis le début des années 1960 par une grande sécheresse. Les jeunes recrues débarquent à Savoigne le 11 novembre 1964, où 500 hectares de terrains attendent d’être cultivés.
- La vie au camp

Un groupe des pionniers des années 1964
Une discipline de caserne règne sur le camp. Un lieutenant de l’armée sénégalaise fait office de commandant de la compagnie, secondé par deux adjudant-chefs. Le chantier-école est divisé en tro
Le petit-déjeuner rapidement avalé, les jeunes sont répartis pour la journée à diverses tâches (cultures, travaux publics, intendance) jusqu’à la fin de l’après-midi. La journée se termine par des cours d’alphabétisation jusqu’à la nuit tombée.
Les week-ends sont chômés à tour de rôle par les sections de pionniers. C’est le temps des permissions, les jeunes peuvent enfin quitter leur uniforme militaire pour des vêtements civils et rejoindre Saint-Louis pour la journée. Des photos récupérées à Savoigne montrent les pionniers en tenue citadine, chemise ouverte, lunettes de soleil et jeunes filles au bras.is sections de cinquante recrues dirigées par trois sergents.
Malick Bâ, ancien pionnier vivant maintenant à l’entrée du village, se rappelle de l’emploi du temps réglé comme une horloge. Les recrues sont réveillées au clairon à 6 heures du matin pour arroser les cultures. S’en suit un footing et quelques exercices entre 7 heures et 8 heures du matin, avant de se rassembler sur la place centrale du camp pour un appel sous le drapeau.
Les travaux engagés à Savoigne se répartissent entre les chantiers de travaux publics (routes, bâtiments administratifs, puits) et les chantiers agricoles. La plus grosse construction des pionniers est sans nul doute la réalisation d’un pont traversant la rivière Lampsar et pouvant supporter plus de quinze tonnes de charge. Malgré la mort d’une recrue qui se noya pendant la réalisation des travaux, l’ouvrage est inauguré en grande pompe par le président Senghor en personne, en juillet 1965.
Au niveau agricole, les résultats sont notables. Dans une zone entourée de nombreux marigots, Savoigne offre un endroit propice pour tout un ensemble de cultures. C’est plus de 11 km de digues qui sont érigées pour préparer le terrain aux cultures et à la production de plusieurs tonnes annuelles de riz paddy, tomates, pommes de terre et autres fruits (ananas et bananes principalement).
Au titre des accords de coopération entre la France et le Sénégal signés après l’indépendance, Erwan le Menn, ingénieur agronome breton, est envoyé à Savoigne pour former les pionniers aux techniques agricoles.
Cependant, après deux années d’expérience, les autorités sénégalaises jugent le passage de témoin encore prématuré. Les habitations ne sont pas terminées, la formation agricole reste rudimentaire et de nombreux pionniers sont jugés encore trop jeunes pour être livrés à eux-mêmes.
Le 7 novembre 1966, soit une semaine avant la libération théorique du chantier, le commandant du camp prévient les recrues que l’encadrement militaire et le chantier sont prolongés d’un an. Les pionniers se sentent trahis. Après consultation de l’ensemble des jeunes, soixante se déclarent volontaires pour continuer l’expérience, quarante sollicitent des délais pour consulter leurs parents, et le reste du camp se déclare hostile à cette mesure, réclamant l’autonomie effective du village, sans plus de délais.
Au lendemain de cette décision, un mouvement de fronde s’organise. Les pionniers refusent de se rendre au travail, et dans la nuit du 7 au 8 novembre 1966, plusieurs parcelles de cultures sont mises à sac. Près d’une cinquantaine de pionniers sur 150 quittent finalement le village.
- Agriculture et Développement : Le village est le site de campagnes rizicoles importantes, soutenu par le PAMECAS, le FONGIP et la SAED, promouvant la culture irriguée et la double culture.
- Histoire : En 1964, Savoigne a été transformée en village coopératif (chantier école) pour former des jeunes pionniers à l’agriculture et à la discipline, transformant des terres en parcelles cultivables.
- Géographie et Climat : Situé dans la zone sahélienne près de Saint-Louis, le climat est de type désertique chaud et sec (
), avec une température moyenne annuelle de
et de faibles précipitations.
- Culture : La zone est connue pour ses statues (Saint Blaise Statues) dans la vallée du fleuve, à proximité des sites touristiques comme le parc du Djoudj.
Savoigne se trouve au nord-ouest du Sénégal, dans une région caractérisée par des dunes fixées par des acacias épineux et une forte activité rizicole le long du fleuve Sénégal
Voici les détails clés de cette initiative :
- Financement et surface : Un financement de 148 millions de FCFA a été mobilisé pour cultiver 350 hectares à Savoigne.
- Mécanisme global : Cette action s’inscrit dans un dispositif plus large de 2,5 milliards de FCFA dédié à la riziculture irriguée, visant à soutenir tant les producteurs que les rizeries.
- Modernisation : Le projet prévoit le financement de mini moissonneuses-batteuses pour faciliter les récoltes et encourager la double culture.
- Objectifs : L’initiative vise à accroître la productivité rizicole, sécuriser les remboursements de crédits et renforcer la commercialisation du paddy.
Cette campagne locale complète le lancement national effectué le 24 janvier 2026 par le ministre de l’Agriculture, Mabouba Diagne, qui ambitionne de mettre en valeur 53 000 hectares dans la vallée du fleuve Sénégal pour cette saison.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

